(Birmingham) « J’ai déjà l’argent, le bronze, je veux faire mieux et gagner ». Aligné samedi sur 100 m à Birmingham, au Royaume-Uni, le Canadien Andre De Grasse, à la motivation intacte, dit à l’AFP viser un titre mondial en juillet, un an après son premier or olympique à Tokyo.

Publié le 20 mai
Robin GREMMEL Agence France-Presse

« Les Mondiaux (à Eugene, en Oregon, du 15 au 24 juillet) sont mon objectif principal, j’aimerais être champion sur 100 m, et pourquoi pas sur 200 m. Je m’alignerai sûrement sur les deux épreuves à nouveau, en plus du relais 4 x 100 m. J’ai déjà l’argent (200 m en 2019), le bronze (100 m en 2015 et 2019, 4 x 100 m en 2015), je veux faire mieux et gagner », indique-t-il.

Neuf mois après avoir conquis le titre suprême sur 200 m à Tokyo, le sprinteur canadien assure à l’AFP qu’il n’est pas rassasié, et affiche ses ambitions à 27 ans, au pic de sa carrière.

Après les Jeux, il a tout de même pris le temps de couper presque deux mois. Cette pause deux fois plus longue qu’habituellement lui a permis de passer du temps en famille avec trois enfants à la maison : le premier fils de sa compagne (Nia Ali, championne du monde du 100 m haies de retour au plus haut niveau cette saison), leur fille de trois ans, et leur fils né peu de temps avant les JO.

« Pour l’instant il rampe un peu partout, bientôt il va marcher, voilà ce qui a changé depuis les Jeux ! J’ai fait aussi plus de publicités, j’ai de nouveaux contrats, c’est un nouveau territoire pour moi, mais ça m’a amusé », explique De Grasse.

Travailler « le départ »

Samedi, le Canadien dispute à Birmingham en Ligue de diamant son deuxième 100 m de l’année face à une opposition relevée, avec notamment son partenaire d’entraînement américain Trayvon Bromell ou son compatriote Aaron Brown. La semaine dernière, il avait fait sa rentrée internationale sur 200 m à Doha avec une modeste 4e place en 20 sec 15 (2,1 m/s de vent).

« J’utilise les événements avant les Mondiaux pour travailler certains points. À Doha j’ai travaillé l’endurance de vitesse sur 200 m, ici je veux travailler mon départ et la phase d’accélération », décrypte-t-il. « Je veux arriver à mon top à Eugene. Chaque année je travaille sur des nouveautés, j’essaie de m’améliorer. Cette année c’est particulièrement sur mon départ », indique le natif de Scarborough.

« Je sais que si je parviens à être toujours à hauteur après 30 m de course, alors j’ai de bonnes chances de l’emporter. Sur 200 m je suis en place, mais mon coach voudrait de meilleurs virages, souligne-t-il ».

Pour garder l’envie de gagner, De Grasse regarde avec appétit ses concurrents, notamment le phénomène américain Erriyon Knighton, 4e du 200 m des JO et auteur d’un chrono époustouflant fin avril à seulement 18 ans (19 sec 49, 4e performeur de l’histoire).

« J’ai vu sa course, c’est une bonne course, sourit De Grasse. Il est très jeune et talentueux. J’espère qu’il va parvenir à éviter les blessures, que je puisse l’affronter encore quelques années ».

Comme De Grasse, Knighton est un athlète filiforme, loin des boules de muscles plus courantes dans les années 2000.  

« L’athlétisme évolue, il y a quelques années les sprinteurs étaient plutôt bodybuildés. Aujourd’hui il y a des gars comme nous, plus fins, mais tout aussi rapides. C’est intéressant », note le Canadien.

« Pression »

Et comme De Grasse après les Jeux de 2016, Knighton enfile désormais le costume du « nouveau Usain Bolt », alors qu’il bat tous les records de jeunes de la légende jamaïcaine.

« Il faut qu’il reste lui-même. C’est ce que je me suis dit à moi-même à l’époque. Cette histoire de “nouveau Bolt” ça met la pression », affirme son aîné.

De Grasse était devenu connu aux yeux du grand public en échangeant un sourire en pleine demi-finale olympique du 200 m avec Sa Majesté Usain Bolt à Rio en 2016.

« J’ai un peu souffert de cela. Avant mon titre, on m’associait toujours à Usain Bolt, “Oh c’est le gars qui a couru avec Usain Bolt”. Je n’étais pas un anonyme pourtant ! Je veux laisser ma propre trace, qu’on se souvienne de moi comme d’un champion olympique », confie le triple médaillé de Rio.

« Mais c’était tout de même un bon moment », admet-il. « Je serai content de le raconter à mes enfants plus tard, j’étais jeune et j’ai quand même défié l’homme le plus rapide du monde. Peut-être qu’à la retraite j’imprimerai cette photo ».