Katerine Savard le souligne avec un sourire en coin : elle ne sera pas la plus vieille nageuse canadienne aux Championnats du monde et aux Jeux du Commonwealth, l’été prochain.

Publié le 12 avril
Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

« Au-delà de l’âge, je me dis que j’ai le potentiel de me classer [dans l’équipe], peu importe ce que les gens disent, a indiqué Savard lundi. Ça fait 13 ans que je suis là. Je ne pense pas qu’il y a beaucoup de monde qui peut en dire autant. J’ai le droit d’en être fière. »

À 28 ans – elle en aura 29 ce printemps –, la nageuse montréalaise s’est qualifiée pour ses cinquièmes Championnats du monde en grand bassin (Budapest, du 18 au 25 juin) et ses quatrièmes Jeux du Commonwealth (Birmingham, du 28 juillet au 8 août).

En 2018, elle avait refusé sa sélection pour l’Australie, laissant passer la chance de défendre son titre au 100 m papillon acquis quatre ans plus tôt en Écosse. Elle était alors en méforme et en proie à une grande remise en question. L’an dernier, elle a rebondi avec force pour participer à ses troisièmes Jeux olympiques à Tokyo.

Ce qui pouvait paraître comme son chant du cygne olympique semble aujourd’hui moins évident. Pour le moment, elle s’interdit de se projeter jusqu’à Paris en 2024.

« La fameuse question ! Honnêtement, je ne me la pose pas moi-même, car me mettre des attentes me fait peur. J’ai l’impression que si je donne une année précise [pour la retraite], ça va me nuire plus qu’autre chose. »

À Victoria, Savard faisait face à tout un défi au 100 m papillon. L’hyper favorite était la championne olympique en titre, Maggie Mac Neil, qui l’a effectivement emporté malgré une fracture à un coude subie quelques semaines plus tôt aux Championnats de la NCAA.

PHOTO KAMRAN JEBREILI, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Maggie Mac Neil

La seconde prétendante n’était nulle autre que Penny Oleksiak, médaillée d’argent olympique de 2016, qui s’était désistée l’an dernier. La Torontoise de 21 ans s’est finalement contentée de nager une seule longueur avant de sortir de l’eau et de se concentrer sur les épreuves de crawl (deuxième au 100 m et au 200 m).

Oleksiak avait prévenu Savard durant l’échauffement, mais la Québécoise ne s’attendait quand même pas à la voir sortir de l’eau après 50 m.

En préliminaires, Savard a réussi son meilleur temps de l’année (57,86 s), ce qui l’a mise en confiance pour la finale et installée au huitième rang mondial. « Ça m’a vraiment rassurée. Je me suis dit : si jamais je me fais battre avec un temps comme ça, ce sera simplement parce qu’elles sont meilleures. »

Derrière Mac Neil (57,13 s), elle a enregistré un chrono de 58,01 s pour maintenir à distance sa principale rivale, sa coéquipière olympique Rebecca Smith, troisième en 58,76 s.

Le lendemain, elle a réalisé qu’elle était exténuée. Pourtant, trois semaines plus tôt à Québec, elle avait fait des temps similaires sans être reposée et avec un horaire de compétition plus chargé.

Le fait que ce soient des essais, qu’il y ait un enjeu, j’étais tellement stressée dans les jours précédents. Je m’étais mis beaucoup de pression. Involontairement, ça m’a brûlée.

Katerine Savard

Avec une meilleure gestion de ses émotions, Savard estime qu’elle pourrait se rapprocher de son record personnel de 57,27 s, réalisé en 2014.

« Entre 2016 et 2021, mon meilleur temps était de 1 min 01, 1 min 02. J’étais vraiment loin. Aux Olympiques, j’ai fait 57,5. Là, ça fait plusieurs fois que je m’en approche. Je peux me permettre d’y croire. »

Cinquième aux Championnats du monde de 2015, la native de Pont-Rouge vise la demi-finale aux Mondiaux de Budapest. « C’est ce qui est réaliste pour moi. Pour le reste, on verra. » L’absence de Mac Neil, de la Suédoise Sarah Sjöstrom et de l’Australienne Emma McKeon modifiera considérablement le portrait de cette course en Hongrie.

Malgré sa fatigue, Savard a pris le quatrième rang tant au 100 m qu’au 200 m libre, ce qui la qualifie pour ces épreuves aux Mondiaux et aux Jeux du Commonwealth.

Savard ne sera pas seule pour ces compétitions : sa coéquipière de CAMO Mary-Sophie Harvey a également obtenu son billet en terminant deuxième du 200 m quatre nages individuel. L’athlète originaire de Trois-Rivières a amélioré de près d’une seconde son propre record provincial réalisé trois semaines plus tôt à Québec. Elle pointe au septième rang mondial pour la saison 2021-2022. Limitée aux préliminaires du relais 4 X 200 m aux Jeux de Tokyo, elle aura enfin l’occasion de plonger pour une épreuve individuelle dans un grand championnat.

Autre objet de réjouissance pour Savard : la sélection de deux autres Québécois dans les équipes canadiennes. Patrick Hussey (Mondiaux et Jeux du Commonwealth) et Eric Brown (Commonwealth), deux représentants du Club de Pointe-Claire, seront de la partie l’été prochain. Brown a amélioré ses records provinciaux aux 400 m, 800 m et 1500 m, tandis qu’Hussey s’est imposé au 200 m papillon. James Dergousoff, un Britanno-Colombien qui nage à l’Université Laval, a également été retenu.

Natation Canada a annoncé la nomination de 31 athlètes pour les Championnats du monde de paranatation programmés au Portugal en juin. Les médaillés paralympiques Aurélie Rivard et Nicolas-Guy Turbide mèneront une délégation dont près du tiers provient du Québec.