Chaque semaine, les journalistes des Sports de La Presse répondent à une question dans le plaisir, et un peu aussi dans l’insolence

La Presse

Katherine Harvey-Pinard

C’était il y a trois ans. J’assistais à mon premier match de baseball professionnel à vie dans le plus vieux stade du baseball majeur... le mythique Fenway Park. Ce soir-là, j’ai rencontré le Monstre vert. Et Boston, aussi, que je n’avais jamais vu. Belle journée de premières, non ? On s’est acheté deux billets pour le match le jour même. Les Red Sox l’ont emporté face aux Braves d’Atlanta. On a chanté l’hymne du Fenway Park, Sweet Caroline, en huitième manche. « Good times never seemed so good ! So good ! So good ! So good ! » Sublime, le stade a été classé monument historique en 2012 – 100 ans après sa construction –, avec raison. Je n’ai certainement pas vu autant de stades que mes collègues, mais celui-là m’a vraiment éblouie, en grande partie en raison de l’expérience que j’y ai vécue. Je garde d’ailleurs en souvenir une photo de fin de soirée du Fenway Park plein à craquer.

Mathias Brunet

PHOTO JUSTIN EDMONDS, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le Coors Field Stadium de Denver, toujours aussi magnifique

On a achevé la construction du Coors Field Stadium de Denver le 26 avril 1995. Moins de trois mois plus tard, j’y étais pour couvrir une série de trois matchs entre les Expos et les Rockies. J’étais habitué aux vieux stades mythiques où se mélangeaient des odeurs de pop-corn, de bière et... d’égouts. Le Coors Field sentait le neuf et était d’une beauté à couper le souffle. Il fallait y être pour apprécier tout le charme de l’endroit. Il avait été bâti à l’ancienne et on avait réussi à recréer l’ambiance d’antan. Les gradins étaient de nouveau bondés ce week-end-là et la foule, enthousiaste au possible, réagissait même aux fausses balles dans le filet arrière !

Si le stade lui-même m’impressionnait, la vue aussi était quelque chose. Des gradins, on pouvait voir, au loin, les Rocheuses. J’étais un peu jaloux des gens de Denver. Ils accueillaient un nouveau club de balle. Ils avaient déjà les Broncos de John Elway dans la NFL et les Nuggets dans la NBA. Et voilà qu’ils arrachaient un club de hockey à Québec. On y avait présenté quelques nouveaux joueurs de l’Avalanche avant l’un des matchs. Ils avaient été accueillis dans l’indifférence. L’annonceur maison avait même rebaptisé Joe Sakic... Joe Kasic. Vingt-cinq ans plus tard, Sakic n’a plus besoin de présentations à Denver...

Simon Drouin

PHOTO ROBERT MAILLOUX, ARCHIVES LA PRESSE

Stéphan Lebeau et Vincent Damphousse, du Canadien, affrontent Raymond Bourque et John Blue, des Bruins de Boston, au Forum de Montréal, le 17 février 1993.

Pour le hockey, le Forum de Montréal ou le vieux Garden de Boston et sa patinoire de 191 pi sur 83 pi. J’ai eu la chance d’y voir deux matchs, dont le tout dernier, contre le Canadien. Normand Léveillé avait foulé la glace au bras de Raymond Bourque, un moment magique. Pour le baseball, le Dodger Stadium, dans le Chavez Ravine au crépuscule, au bras de sa blonde, avec une margarita et un sac de pinottes. Pour le ski alpin, Wengen avant Kitzbühel, pour la majesté des lieux, la paroi intimidante de l’Eiger, le train à crémaillère, le saut à Tête de chien et le Canadian Corner qui suit. On finit ça avec des collègues devant une raclette et une bouteille de blanc, à se faire raconter les exploits des Crazy Canucks.

Richard Labbé

PHOTO KIM KLEMENT, USA TODAY SPORTS

L’aréna du Lightning à Tampa

Les arénas et les villes de la Ligue nationale de hockey sont presque tous dignes d’intérêt, et j’ai même des collègues qui rêvent de passer plusieurs jours à Buffalo (salut, Guillaume !). Mais pour mon argent, je dirais que c’est l’aréna du Lightning à Tampa qui se rapproche le plus de la perfection. En premier parce qu’il est situé en plein centre-ville, tout près des hôtels, et qu’il est possible d’y aller très facilement en marchant, ce qui est un gros plus selon mes critères. Ensuite parce que l’endroit y est convivial, et qu’il n’est pas rare que le menu des médias soit truffé de délicatesses locales, comme le pouding aux pêches du Sud, qu’il faut avoir goûté au moins une fois dans sa vie. Et puis finalement, après le match, on peut aller discuter de philosophie orientale entre collègues autour d’une bonne bière locale tout près de l’eau. En plus, si on est chanceux, on va croiser Jon Cooper, le coach du Lightning, qui est un chic type dans la vie de tous les jours. La météo ? Toujours la même : ensoleillé avec risque de palmiers. On comprend tous les joueurs québécois de vouloir aller jouer là.

Simon-Olivier Lorange

PHOTO TIRÉE DE WIKIPÉDIA

Le stade Vicente Calderón de Madrid... avant sa démolition

Sur le plan personnel, j’hésite entre deux expériences aux opposés du spectre. Le Staples Center, résidence des Kings de Los Angeles, est magnifique, mais quand j’y suis passé en octobre 2014, c’était plate à mort. En contrepartie, le stade Vicente Calderón de Madrid, aujourd’hui démoli, n’avait rien de distinctif. Mais le match de soccer auquel j’ai pu y assister au printemps 2016 reste à ce jour mon expérience sportive en « présentiel » la plus mémorable. La rencontre était sans importance au classement de la Liga, mais l’Atlético, club local, disait au revoir à ses partisans avant de disputer au cours des jours suivants la finale de la Ligue des champions à Milan. Les joueurs ont fait le tour du terrain pendant 20 minutes après le sifflet final sous les chants de leurs infatigables partisans. Le simple fait d’écrire ces lignes me donne encore des frissons. Autrement, sur le plan professionnel, impossible de rester de glace devant la galerie de la presse luxueuse et flambant neuve du Madison Square Garden. Remarquez, lorsqu’un aréna est rénové à un coût dépassant le milliard US, on s’attend à un beau résultat !

Alexandre Pratt

PHOTO KYLE TERADA, USA TODAY SPORTS

Vue de l’Oracle Park, domicile des Giants de San Francisco

L’Oracle Park, domicile des Giants de San Francisco. Laissez aux autres les sièges derrière le marbre, et achetez des billets au balcon, du côté du troisième but. La vue sur la baie de San Francisco y est spectaculaire. Vous pouvez marcher sur la clôture du champ droit, monter à bord d’un tramway et, si vous avez moins de 14 ans, glisser dans une bouteille géante de Coca-Cola haute de 14 m. Et si vous avez vraiment envie de l’expérience ultime, vous pouvez toujours réhypothéquer votre maison et louer la loge McCovey, construite dans la clôture du champ droit. Littéralement.

Jean-François Tremblay

PHOTO GUILLAUME LEFRANÇOIS, LA PRESSE

Le T-Mobile Arena de Vegas avant le premier match de la série entre le Canadien et les Golden Knights, le 14 juin 2021

J’ai toujours accueilli avec un sourire en coin l’idée du hockey dans le désert. J’ai vu le fiasco perpétuel des Coyotes. J’ai eu le malheur d’assister à un match sur place à Sunrise, en Floride, avec l’aréna dans le stationnement du Carrefour Laval local. J’avais mes appréhensions avec les Golden Knights de Vegas. Mais tout ça est disparu après une seule visite au T-Mobile Arena. Il n’y a aucun, et je dis bien aucun aréna qui fait autant vibrer dans tout le hockey. Montréal, c’est bien, Toronto, c’est correct, Nashville, on commence à jaser. Mais Vegas ? Rien comme ça. L’énergie, le spectacle, la foule passionnée et hétéroclite, les voyageurs du monde entier. Un match des Golden Knights de Vegas est devenu un évènement dans la ville des évènements. Un des billets les plus chauds en ville. Et en plus, c’est une équipe amusante à regarder jouer, remplie de Québécois sympathiques depuis ses débuts, et avec un encadrement favorable aux journalistes. Difficile à jouer contre, comme dirait l’autre.