Après une retraite de deux ans, la nageuse Alyson Ackman, de Pointe-Claire, rêve de se qualifier pour sa première équipe olympique.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

(Toronto) Douze nageurs de Pointe-Claire effectuaient une petite activation musculaire, vendredi après-midi. Masques au visage, même s’ils s’échauffaient devant le stationnement du Best Western Plus Executive Inn de Scarborough.

L’entraîneur-chef Martin Gingras donnait lui-même l’exemple. Après un an et demi de pandémie, ses athlètes sont rompus aux mesures sanitaires, appliquées avec particulièrement de rigueur à la piscine de Pointe-Claire, paraît-il.

« On doit encore mettre des lunettes de protection en tout temps », a illustré Gingras, pour qui le protocole implanté aux Essais olympiques, qui s’ouvrent samedi au Centre sportif panaméricain de Toronto, est presque de la petite bière.

« On a essayé de développer une habitude avec les athlètes. Personnellement, je ne veux pas baisser la garde tant et aussi longtemps que les essais ne sont pas passés. Si un athlète contracte quelque chose ici, je vais m’en vouloir toute ma vie. »

Les 12 nageurs sont arrivés à bord de leur propre voiture et logent dans des chambres individuelles. Un traiteur s’occupe des repas. Parmi eux, Alyson Ackman est peut-être la mieux placée pour se classer dans l’équipe d’ici à mercredi.

À 28 ans, elle en sera à ses quatrièmes sélections olympiques. La dernière fois, en 2016, ça ne s’était pas très bien passé. Surtout entre les deux oreilles.

« J’étais coincée dans une immense ornière sur le plan de la santé mentale, a-t-elle expliqué après avoir fait un automassage. J’étais vraiment dure envers moi-même. Rien de ce que je faisais n’était suffisant. J’ai donc eu le sentiment de ne pas avoir tenté de faire de mon mieux parce que je n’étais simplement pas à mon mieux. »

Tout le monde a tenu pour acquis que la bachelière en kinésiologie à l’Université de la Pennsylvanie se retirerait.

« Je n’avais pas de plans de retraite ni n’envisageais d’arrêter de nager, je ne suis juste jamais retournée. Je venais de terminer ma dernière année, j’étais diplômée et personne ne s’attendait à ce que je continue de nager. Personne ne m’a dit de revenir, je ne suis donc jamais revenue. »

Une partie de moi savait que j’avais quelque chose d’autre à donner au sport, mais je n’étais pas passée par-dessus mon problème de santé mentale.

Alyson Ackman

Elle est donc repartie en Pennsylvanie, s’est mariée avec un Américain, a obtenu sa carte verte et a travaillé comme entraîneuse personnelle.

Coach Ackman

L’année suivante, elle s’est mise à enseigner la natation dans une école secondaire. Elle n’a pu s’empêcher de replonger pour leur montrer comment faire. Après l’avoir d’abord taquinée, les coachs là-bas lui ont permis de reprendre l’entraînement en février 2018.

L’été suivant, elle s’est requalifiée pour les sélections nationales. Techniquement, elle aurait dû participer aux Mondiaux de 2019 en Corée du Sud, mais les entraîneurs ont préféré l’envoyer aux Jeux panaméricains de Lima, où elle a remporté une première médaille internationale dans une distance individuelle (bronze au 400 m libre) et deux autres en relais.

« Aux Championnats du monde de 2015, je n’étais allée que pour le relais et je n’avais pas eu autant de plaisir. Aux Panams, mes temps n’ont pas été fantastiques, mais je me souviens qu’ils ont dit que ce n’était pas tant à propos des chronos que des médailles dans une épreuve internationale. J’étais donc très heureuse et fière. »

Honnêtement, je me suis éclatée et je me suis plus sentie comme moi-même qu’en 2015, où j’avais toute cette pression en route vers une année olympique.

Alyson Ackman

Native de Montréal, Ackman a passé sa petite enfance dans la région de Saint-Sauveur. À 5 ans, elle a déménagé à Pembroke, en Ontario, où elle a commencé à nager. À 15 ans, elle est revenue à Montréal pour s’entraîner à Pointe-Claire. « Je me considère comme un hybride entre le Québec, l’Ontario et les États-Unis, où je vis maintenant. »

Avant le début de la pandémie mondiale, en février 2020, elle a rejoint Pointe-Claire en Floride pour un stage avant les Essais olympiques pour Tokyo. Trois heures après son retour en Pennsylvanie, elle a appris que son club fermait en raison d’une éclosion de COVID-19. Elle a donc conduit jusqu’à Montréal, où elle a eu l’occasion de ne faire qu’une seule séance d’entraînement avant le confinement généralisé…

Durant les premiers mois, Ackman est revenue dans sa famille à Pembroke, où elle a maintenu la forme pendant quelques mois. « Les chiffres de la COVID étaient tellement mauvais aux États-Unis, en particulier dans la région de Philadelphie, que j’ai décidé de rester au Canada pour m’entraîner pendant l’année. J’ai fini par louer un appartement à Pointe-Claire. »

Faute de pouvoir vivre avec son mari, elle s’est acheté un chien, dont elle montre la photo sur son téléphone. Oliver, un Goldendoodle noir, est devenu son « meilleur buddy ». L’éloignement s’est avéré difficile, mais son amoureux a pu la retrouver occasionnellement au printemps.

Reconnaissante pour les efforts de la Fédération de natation du Québec et de Pointe-Claire, elle a pu recommencer à nager le 15 juin. L’accès à un bassin de 50 m, ce qu’elle n’avait pas aux États-Unis, a été un avantage.

« Avec Martin, on a travaillé sur des détails pour les consolider quand je ressens de la fatigue. »

L’année supplémentaire lui a surtout permis de travailler sur les aspects psychologiques avec une conseillère en performances de Vancouver. Conserver son calme sera son grand défi à Toronto, où son programme est copieux avec les 100, 200, 400, 800 et 1500 m.

« Maintenant qu’on est ici, je freake un peu, mais j’essaie seulement de transformer toute cette énergie en enthousiasme. Faire cette entrevue m’aide à réaliser tout le chemin parcouru. Je suis prête à nager vite et je pense que je vais surprendre quelques personnes. »

« Aly » a été la dernière à rentrer dans l’hôtel, comme si elle ne voulait pas que ça se termine.

Ce samedi : 100 m papillon, 100 m dos, 400 m libre, hommes et femmes. En webdiffusion à partir de 17 h 20 sur SRC et CBC.