Après le coureur Charles Philibert-Thiboutot il y a trois semaines, le skieur acrobatique Mikaël Kingsbury déplore le maintien de la quarantaine de deux semaines pour les athlètes de retour de voyage.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

En temps normal, Mikaël Kingsbury préparerait son sac de skis pour un stage sur neige en Oregon dans deux semaines. Il sortira plutôt son maillot pour des entraînements sur rampe d’eau.

Fatigué de la quarantaine de deux semaines à laquelle les voyageurs qui rentrent au Canada doivent se plier, le champion olympique de ski acrobatique a décidé d’annuler sa participation à un camp de l’équipe canadienne au mont Hood, plus tard ce mois-ci.

Le faible dénivelé offert à la piste de la station Timberline, ouverte toute l’année, a fait pencher la balance. Kingsbury a jugé plus utile de poursuivre son entraînement en salle dans un gym privé de Saint-Henri et à la rampe d’eau de Lac-Beauport, où il pratique ses sauts.

« Je reviens d’un camp à Canmore, à Sunshine, où j’ai fait la job que je voulais, a-t-il expliqué jeudi au téléphone. Le camp au mont Hood, ce serait du pareil au même. Je sens que j’ai atteint mes objectifs. Je n’ai pas le goût de faire de quarantaine pour ça. »

Kingsbury s’est soumis à trois quarantaines strictes de deux semaines la saison dernière. Une après sa fracture de deux vertèbres dorsales, subie en Finlande avant le début de la saison. Une autre après ses deux victoires à la Coupe du monde de Deer Valley, où il a fait sa reprise. Une dernière à son retour des Championnats du monde d’Almaty, au Kazakhstan, où il a ajouté deux couronnes à son tableau de chasse.

Une quatrième pour neuf jours de ski au mois de juin ? Non merci, même si les Jeux olympiques de Pékin approchent à grands pas.

« Je trouve ça un peu lourd à vivre », a expliqué Kingsbury. Le séjour à l’hôtel en attendant le résultat d’un test négatif à la COVID-19 et les 14 jours à la maison doivent se faire loin de ses proches, sans quoi ceux-ci doivent être assujettis aux mêmes conditions d’isolement, a-t-il souligné.

Le champion olympique déplore que le gouvernement canadien n’accorde pas d’exemption aux athlètes, souvent complètement vaccinés, qui rentrent de compétitions où ils sont généralement assujettis à des conditions sanitaires très strictes. Il cite les Mondiaux d’Almaty, où il était testé « toutes les 48 heures » et ne côtoyait que 10 membres de son équipe.

« Quand tu rentres au pays, tu dois refaire un test, aller à l’hôtel, te mettre en quarantaine, t’isoler pendant deux semaines. C’est rough. Je compatis avec les athlètes d’été qui doivent vivre ça présentement. Les Jeux sont dans un mois et demi. »

Sérieusement, c’est vraiment poche de la part du gouvernement du Canada de faire ça aux athlètes. C’est juste dommage quand tu vois ce qui se passe dans les autres pays.

Mikaël Kingsbury

Le skieur de 28 ans ajoute que s’il partait aux États-Unis, il n’aurait qu’à passer un test de dépistage avant de prendre l’avion et pourrait ensuite s’adonner à ses activités dès l’atterrissage. La Finlande, en novembre, offrait des conditions presque aussi souples aux étrangers.

« Au point où on en est, je ne comprends pas. Je ne connais pas les pourcentages, mais beaucoup de monde est vacciné. Je comprends les quarantaines, ça empêche les gens de voyager au Mexique. »

Les athlètes, on ne s’en va pas à Cancún. On va dans des endroits bien plus stricts qu’au Québec. Donnez-nous un petit break quand on rentre à la maison. On veut s’entraîner pour des évènements importants.

Mikaël Kingsbury

Fâché, Mikaël Kingsbury, qui n’a pas l’habitude de donner dans les coups de gueule ? « Non, je suis juste tanné », a-t-il précisé, soucieux de ne pas se mettre dans l’embarras et surtout désolé pour ses amis des sports d’été.

« Je sais et je suis sûr que des personnes font leur possible pour nous aider. Je les remercie. Mais ce n’est pas assez. »

Le coureur Charles Philibert-Thiboutot, actuellement en Europe pour tenter de se qualifier pour Tokyo, avait lui aussi déploré une « situation exécrable » pour les athlètes canadiens dans La Presse il y a trois semaines.

Lisez l’article « La situation est exécrable »

Kingsbury demande à Patrimoine Canada, duquel relève le secteur sportif, une « exemption » pour les athlètes qui rentrent de l’étranger pour des compétitions ou l’entraînement. Il est prêt à s’astreindre à des tests à tout moment à son retour.

À l’automne, il compte bien remiser son maillot et « chasser la neige », probablement pour des séjours de trois semaines à un mois en Europe. Avec l’espoir que la situation s’améliore et que ses revendications trouveront une oreille attentive dans le milieu politique.