(Washington) Les sportives transgenres peuvent-elles être bannies des compétitions féminines ? Une cour d’appel fédérale examinait lundi ce sujet délicat qui suscite des passions très politiques aux États-Unis.

Charlotte PLANTIVE
Agence France-Presse

À l’avant-veille de cette audience, l’icône transgenre et athlète olympique Caitlyn Jenner a brouillé les cartes, en plaidant contre l’inclusion dans le sport universitaire féminin des athlètes qui s’identifient comme femmes, mais sont nées de sexe masculin.

« C’est une question d’équité », a lancé à un journaliste de TMZ cette membre du clan Kardashian qui, des années après sa médaille d’or olympique, a effectué en 2015 sa transition devant les caméras de télévision, contribuant à donner de la visibilité à une minorité jusque-là peu représentée.

PHOTO DAMIAN DOVARGANES, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Caitlyn Jenner à Los Angeles, en janvier 2020

« Je suis contre la présence de garçons biologiques dans des compétitions scolaires de filles », a poursuivi cette militante républicaine qui vient de se lancer dans la course pour le poste de gouverneur de Californie. « Ce n’est pas juste et nous devons protéger les sports féminins dans nos écoles. »

Une loi de l’Idaho en cause

Des arguments similaires ont été avancés par les élus républicains de l’État de l’Idaho qui, au début de 2020, ont été les premiers à adopter une loi interdisant aux étudiantes transgenres de participer aux épreuves féminines dans le sport universitaire, extrêmement populaire aux États-Unis.

Les défenseurs des personnes transgenres ont accusé les auteurs de la loi d’inventer un problème là où il n’y en a pas, afin de mobiliser les électeurs et donateurs les plus conservateurs, et ce, au détriment de jeunes déjà vulnérables.

« C’est une solution qui cherche son problème », a déclaré lors d’un point de presse Chase Stragio, avocat de l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU).

Les jeunes transgenres font face à tellement de discrimination qu’ils ne font pas de sport, ils ont déjà du mal à finir leurs études.

Chase Stragio, avocat de l’Union américaine pour les libertés civiles

L’entrée en vigueur de la loi de l’Idaho a été bloquée l’été dernier par un tribunal fédéral en partie sur ce motif.

« Il semble que les femmes transgenres n’ont pas “remplacé” et ne vont pas ‟remplacer” les femmes cisgenres [dont l’identité et le genre sont identiques] dans l’athlétisme », car elles représentent « moins de 0,5 % de la population », a estimé le juge David Nye, en relevant que les archives parlementaires de l’Idaho ne recensaient aucun cas d’athlète femme évincée par une personne transgenre.

Sa décision n’a pas empêché la loi de prospérer : des textes comparables ont été introduits ces derniers mois dans une vingtaine d’États républicains, notamment en Floride la semaine dernière. En parallèle, plusieurs États conservateurs, comme l’Arkansas, ont pris des mesures pour priver les mineurs transgenres des traitements hormonaux nécessaires à leur transition.

Dans ce contexte, la décision de la cour fédérale d’appel saisie du dossier est très attendue.

En amont, chaque camp a engrangé ses soutiens, avec le revirement notable du gouvernement fédéral : l’administration du démocrate Joe Biden a retiré l’appui apporté par son prédécesseur Donald Trump à l’Idaho.

« Je veux juste être comme elles »

Une coalition d’athlètes, dont la joueuse de tennis Billie Jean King, la joueuse de soccer Megan Rapinoe ou la basketteuse Candace Parker, est de son côté intervenue en faveur de Lindsay Hecox, une étudiante transgenre de l’Idaho qui a saisi la justice pour faire valoir ses droits.

« Je veux juste pouvoir courir, avoir une équipe, des amis qui me soutiennent », a expliqué en amont de l’audience Lindsay Hecox, 20 ans, qui souhaite intégrer l’équipe de cross-country de l’Université de Boise.

« Je n’essaie pas de prendre des bourses, des trophées ou des places aux autres filles », a-t-elle ajouté devant une caméra de l’ACLU, qui la représente. « Je veux juste être comme elles. Je suis comme elles ! »