Chaque semaine, les journalistes des Sports de La Presse répondent à une question dans le plaisir, et un peu aussi dans l’insolence

Publié le 28 mars 2021

Frédérick Duchesneau

Dans mon cas, ce n’est pas un seul objet, mais une boîte d’objets. Je m’explique. À l’époque – je ne peux pas croire que je suis rendu au stade d’utiliser cette expression –, Le Journal de Montréal publiait chaque année le répertoire des adresses de toutes les équipes professionnelles. Donc, au début de chaque saison, je rédigeais une lettre générique avec des « fill in the blanks » que j’envoyais à chacune des équipes des sports qui m’intéressaient alors. Hockey et baseball, oui, football, parfois. Bref, je demandais toujours sensiblement la même chose : photo d’équipe, photos de mes quelques joueurs préférés du club, autocollant, fanion. Si je me souviens bien, c’était pas mal ça. Environ deux semaines après l’envoi des lettres, le retour de l’école pour constater le contenu de la boîte aux lettres était assurément l’un des moments forts de la journée… De mémoire, environ les deux tiers des équipes répondaient. Certaines très généreuses, d’autres, que je méprisais, très cheap. Pour les besoins de la cause, je suis allé rouvrir cette boîte rangée au fond du cabanon. Un véritable tour de machine à voyager dans le temps.

Mathias Brunet

PHOTO YVES BEAUCHAMPS, ARCHIVES LA PRESSE

Steve Shutt lors d’une partie entre le Canadien et les Maple Leafs de Toronto, au Forum de Montréal, le 30 mars 1977

C’est un objet de collection que j’aurais pu chérir longtemps. Quelque part au cours de l’hiver 1984, au début de l’adolescence, mon grand ami Emmanuel Fernandez, sur qui je pouvais tirer des centaines de balles orange par jour dans notre ruelle, à Outremont, m’avait invité à rejoindre son oncle au bureau ce midi-là. Manu n’avait pas un oncle ordinaire et le bureau n’avait rien d’ordinaire. Son oncle, Jacques Lemaire, le frère de sa mère, Muguette, dirigeait le Canadien et son bureau était situé dans les entrailles du mythique Forum de Montréal. Je me souviens de la grosse machine à Coke dans le bureau du coach. Lemaire nous en avait offert un. J’étais très impressionné de savoir qu’un être humain pouvait avoir accès à une quantité illimitée de boissons gazeuses gratuites dans sa pièce de travail. Puis l’ancienne gloire du Canadien devenue entraîneur nous a donné chacun un bâton. J’ai hérité de celui de Steve Shutt, déjà 400 buts au compteur. Que font deux gamins passionnés de hockey avec un bâton neuf entre les mains ? Ils ne le gardent pas précieusement pour leurs vieux jours. Ils l’utilisent dès le lendemain dans la ruelle. Deux ou trois jours plus tard, le bâton était détruit. Je ne me rappelle même pas où j’ai jeté les restes du bâton… Emmanuel est devenu Manny par la suite, il a atteint la LNH et il a même joué pour son oncle pendant cinq ou six ans avec le Wild du Minnesota. Je lui ai écrit cette semaine pour lui demander s’il se rappelait le propriétaire du bâton dont il avait hérité. Il n’en avait aucune idée. Heureusement, il est gaucher. Il n’a pas commis le sacrilège de massacrer un bâton de Guy Lafleur…

Richard Labbé

PHOTO FOURNIE PAR RICHARD LABBÉ

La collection de petits casques de football de la NFL du début des années 1980 de notre journaliste

Bon, une autre question qui n’a rien de facile. Ma collection de cartes de hockey Vachon du début des années 1980 est dans la conversation, parce que jadis, je vous le jure, il n’y avait rien de plus excitant que d’ouvrir une boîte de Jos Louis et de tomber sur une carte du gardien John Garrett, des Canucks de Vancouver, en action avec son chandail en V. Mais si j’avais à trancher, et j’ai à le faire puisque c’est le but, je vais y aller avec ma collection de petits casques de football de la NFL du début des années 1980, dans le temps des 28 clubs. Dans mon cas, il fallait aller à l’entrée du Zellers, au chic centre commercial du Domaine, pour trouver ces fabuleux casques, tous entassés dans une machine distributrice en vitre, à 25 cents le coup. Je dois admettre que mon légendaire sens de la perspicacité s’est développé dans l’entrée de ce Zellers, en tentant de trouver des façons ingénieuses de faire pencher la machine du bon bord pour qu’elle crache un casque manquant à ma collection. Au bout de plusieurs semaines et environ 50 $ dépensés en 25 cents, j’ai fini par avoir tous les casques… sauf celui des Rams de Los Angeles, que personne du quartier n’avait jamais vu de ses yeux. Existait-il vraiment ? Environ 20 ans plus tard, Gaétan Lauzon, légendaire pupitreur de La Presse, m’a donné le casque manquant à ma collection. Il aurait pu me donner un rein que je n’aurais pas été plus heureux.

Guillaume Lefrançois

PHOTO FOURNIE PAR GUILLAUME LEFRANÇOIS

Le bock de bière aux couleurs des Red Sox que notre journaliste s’est procuré au Quincy Market, à Boston

En mai 2000, mon chum Mitcher et moi prenions la route de Boston, du haut de nos 17 ans, dans sa magnifique Buick Skyhawk 1986 deux tons (gris et rouille). Le but du voyage : retourner dans cette ville pour laquelle j’avais eu un coup de cœur l’année précédente, lors d’un voyage scolaire de cinquième secondaire. Mais aussi, assister à un match entre les Red Sox et les Blue Jays de Toronto avec Pedro Martinez au monticule pour Boston. C’était le début de ma décennie d’amour pour les Red Sox, en parallèle avec un détachement graduel pour les agonisants Expos. Cet amour venait en partie de mon admiration pour Martinez et pour la ville de Boston. Mais n’oublions pas le bock de bière aux couleurs des Red Sox que je me suis procuré au Quincy Market cette fois-là. Le bock n’est pas signé et ne vaut pas plus que les 10 $ que j’ai payés pour l’acheter. Mais c’était le premier de ce qui est devenu une belle collection, et assurément celui qui me tient le plus à cœur.

Simon-Olivier Lorange

PHOTO TIRÉE D’AMAZON

Le masque de Jocelyn Thibault dans la collection de McDonald’s

Le masque de Jocelyn Thibault était l’un des plus cool de la LNH au milieu des années 1990, et personne ne me fera dire le contraire. Autant dans son design (hommage à Jacques Plante) que dans son moulage, c’était du bonbon pour les jeunes partisans. Nulle surprise, alors, que le masque portant la mention « T-BO » sur le côté ait été la pièce maîtresse de ma collection de répliques distribuées dans les restaurants McDonald’s, qui comprenait également ceux de Félix Potvin, Mike Richter, Ed Belfour, Bill Ranford et John Vanbiesbrouck. Pour la petite histoire, je préférais le masque de panthère de Mark Fitzpatrick, mais c’est quand même le « Beezer » qui a mené son équipe en finale de la Coupe Stanley : visiblement, McDo a préféré cet argument au mien… Dans tous les cas, je constate aujourd’hui sur Amazon que j’aurais pu obtenir 70 $ pour ma collection si elle n’avait pas été perdue au détour d’un déménagement. Surtout, j’aurais bien aimé garder le masque de Thibault, ne serait-ce que pour avoir le plaisir de le voir prendre la poussière sur le coin de mon bureau après toutes ces années.

Michel Marois

PHOTO ROBERT MAILLOUX, ARCHIVES LA PRESSE

Todd Ewen (à droite), joueur du Canadien, s’en prend à un joueur des Bruins de Boston au Forum de Montréal, le 17 février 1993.

Je ne suis pas collectionneur, mais j’ai longtemps conservé mes accréditations, et je garde encore celles de quelques reportages – aux tournois de Wimbledon ou de Roland-Garros, aux Grands Prix de Monaco ou Suzuka, à St. Andrews ou à la Coupe America, par exemple. J’ai aussi une photo d’un « scrum » où on me devine à côté d’Ayrton Senna. Le seul véritable objet de collection que j’ai eu en ma possession est un chandail de Todd Ewen, joueur du Canadien au tournant des années 1990. Je ne l’ai toutefois conservé que quelques heures, le temps de le porter dans les gradins du vieux Garden de Boston pendant un match pour un reportage sur la rivalité avec les Bruins. Le truc, c’est que c’était vraiment « LE » chandail d’Ewen, qui avait été retiré de la formation ce soir-là. Eddy Palchak, le préposé à l’équipement du Canadien, m’avait assuré quelques jours plus tôt qu’il aurait un chandail pour moi, mais je n’aurais jamais cru qu’il pigerait parmi ceux de l’équipe. Et, comme Ewen était le « goon » du Canadien à l’époque, le bon vieux Eddy devait aussi se douter que je serais pris à partie par des partisans des Bruins. Il m’avait avoué après le match qu’à ses débuts, dans les années 1960, « il aurait fallu aller [me] chercher dans les gradins » ! Quand Ewen a quitté le Canadien, Palchak m’a offert l’un de ses chandails, mais je lui ai plutôt proposé de le remettre à l’un des jeunes chasseurs d’autographes qui attendaient les joueurs chaque jour au Forum et qui adulaient le bagarreur. Moi, j’aurai toujours mes souvenirs.

Alexandre Pratt

PHOTO FOURNIE PAR ALEXANDRE PRATT

La carte de Mark Messier de la série Kraft, en 1987

Comme presque tous les enfants des années 1980, je collectionnais les cartes de hockey. Mes préférées ? Celles de la série Kraft, en 1987. Elles étaient dessinées à la main, et elles ne montraient que des joueurs des équipes canadiennes. Le problème ? On ne pouvait pas les acheter au dépanneur. Enfin, si, mais pas dans un paquet, comme les O-Pee-Chee : elles étaient insérées dans les boîtes de Kraft Dinner, les emballages de fromage en tranches et les sacs de guimauves. Cet hiver-là, j’ai eu ma dose de sel et de sucre pour toute une vie ! Le pire ? Je ne retrouve plus ma série…