Avant même sa prestation de serment, en janvier 2017, la présidence de Donald Trump s’annonçait comme un désastre historique.

Philippe Cantin Philippe Cantin
La Presse

Dans cette chronique, m’accrochant à un vague espoir, j’avais néanmoins souhaité que ses décisions causent un minimum de dommages. Ce vœu ne s’est pas matérialisé.

En quatre ans, les États-Unis ont perdu leur influence positive dans le monde et les injustices se sont multipliées dans tout le pays. Le climat est devenu toxique au point où, stimulés par les paroles de Trump, des centaines de ses partisans extrémistes ont envahi le Capitole le 6 janvier dernier dans une attaque frontale contre la démocratie.

PHOTO SAUL LOEB, AGENCE FRANCE-PRESSE

Donald Trump

Dans mes pires craintes à propos de la présidence Trump, je ne croyais pas que les choses iraient jusque-là. Avec le recul, mon attitude était naïve. Toute sa vie, Trump a triché et contesté les décisions lui déplaisant. Pourquoi agir différemment avec le résultat de l’élection présidentielle ?

Ce politicien souvent irresponsable, qui a demandé à son ministre de la Justice de déposer des accusations criminelles contre Joe Biden en pleine campagne électorale, mérite d’être blâmé par tous les gens férus de justice et d’équité. À midi ce mercredi, son séjour à la présidence des États-Unis sera terminé. Enfin.

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Au cours des quatre dernières années, le sport n’a pas échappé aux efforts répétés de Trump pour diviser la société américaine, accentuer les tensions raciales et insulter les gens ne pensant pas comme lui.

Dans sa chute, il entraîne deux légendes, Bobby Orr et Jack Nicklaus, qui l’ont appuyé à quelques jours du scrutin. « Le genre de coéquipier que je veux », a écrit à son propos l’ancienne étoile des Bruins de Boston, une phrase désormais accrochée à son palmarès.

Orr et Nicklaus auraient pu désavouer Trump après l’assaut du Capitole, à l’image de certains de ses ministres. Ils ont choisi le silence. Si les dirigeants du Tournoi des Maîtres avaient du cran, ils retireraient à Nicklaus l’honneur de donner le coup de départ du tournoi chaque année. Malgré ses six titres à Augusta, sa présence sera désormais gênante.

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De tous les sports touchés par le virus Trump, le golf se retrouve dans la position la plus délicate. Sa grande vedette, Tiger Woods, a couru à la Maison-Blanche pour être honorée par le président après sa victoire à Augusta en 2019. Et le nom de Woods demeure inscrit à titre de concepteur d’un terrain de la Trump Organization en développement à Dubaï.

Woods, comme d’autres golfeurs, a évoqué son respect pour l’institution de la présidence américaine afin de justifier ses liens avec Trump. Belle façon de ne pas se mouiller.

Si Tiger Woods s’était montré aussi peu audacieux sur le terrain durant sa carrière, il ne serait pas devenu pareil champion.

Deux autres légendes du golf, Gary Player et Annika Sorenstam, ont accepté une distinction remise par Trump le lendemain de l’insurrection au Capitole. Aveuglés par leur besoin de reconnaissance, ils ont abandonné leur dignité. L’histoire se souviendra d’eux pour leur appui tacite à un homme luttant contre le verdict démocratique.

Contrairement à ces deux-là, Bill Belichick a refusé la même récompense. Pas question de se coller à Trump dans ces circonstances. Le coach des Patriots de la Nouvelle-Angleterre, stratège émérite, a deviné le piège.

Dans ces abracadabrants derniers jours, une bonne nouvelle : la PGA a annoncé que son championnat de 2022 – un des quatre tournois majeurs de la saison – ne serait pas disputé sur le terrain de Trump, au New Jersey. Selon The New York Times, celui-ci a très mal accepté la nouvelle. La PGA a justifié son choix en disant que la protection de son image de marque et de sa réputation était primordiale.

Quand même le golf largue Trump, c’est signe que la rédemption n’est pas pour demain.

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Le départ de Trump représente une bouffée d’air frais pour la NBA, la WNBA et la NFL. Durant sa présidence, il a insulté ses artisans de toutes les manières. Son beau-fils, l’ineffable Jared Kushner, en a remis une couche l’été dernier au plus fort des manifestations en faveur du mouvement Black Lives Matter.

La LNH ? Personnellement, je n’oublierai pas de sitôt la visite des Penguins de Pittsburgh à la Maison-Blanche quelques jours après une terrible charge de Trump.

Dans un discours en septembre 2017, le président a insulté les joueurs de la NFL s’agenouillant durant l’hymne national américain pour protester contre la brutalité policière et les injustices raciales. Quelques heures plus tard, il a dénoncé Stephen Curry et les Warriors de Golden State, champions de la NBA, qui ont écarté l’idée d’être reçus à la Maison-Blanche. À ce moment précis, l’absence de solidarité des Penguins envers leurs collègues des autres sports a été consternante.

Cela dit, l’été dernier, les joueurs de la LNH se sont joints à la cause Black Lives Matter, montrant ainsi une certaine progression sociale.

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Plusieurs athlètes et entraîneurs se sont tenus debout durant la présidence Trump.

PHOTO MARK J. TERRILL, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

LeBron James

Saluons leur courage et leurs convictions en cette journée où le soleil se lève enfin : LeBron James, Megan Rapinoe, Colin Kaepernick, Gregg Popovich, Steven Kerr et les joueuses du Dream d’Atlanta (WNBA), qui ont contribué aux deux victoires démocrates lors des élections sénatoriales du 5 janvier dernier en Géorgie. Leur prise de parole a avant tout fait mal à la républicaine Kelly Loeffler, ironiquement une propriétaire de l’équipe.

Durant ces quatre années, ces hommes et ces femmes ont été un rayon de lumière.

À midi, en ce mercredi, Joe Biden sera le président des États-Unis. Cela signifie que diviser les gens, insulter ses adversaires, mentir pour parvenir à ses fins et attaquer la démocratie américaine ne sera plus la politique du président des États-Unis.

C’est la fin du cauchemar.