Le Vendée Globe est entré dans sa phase décisive, samedi, avec le passage du cap Horn par les meneurs Yannick Bestaven et Charlie Dalin. Bestaven, sur Maître CoQ IV, a été le premier à franchir la longitude du cap tant redouté par les marins, à 8 h 42 (heure normale de l’Est), une dizaine d’heures avant Dalin (Apivia).

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Dans une vidéo, le meneur de 48 ans n’a pas caché sa satisfaction et son soulagement. « Ça fait plaisir dans ce monde cruel parce que là, les conditions sont compliquées depuis 12 heures et ça va continuer encore un peu, donc ce n’est pas encore la délivrance, mais ça sent la remontée vers la maison et la fin des mers du Sud. »

Bestaven a mis 55 jours à atteindre le cap Horn, loin du record de 47 jours établis en 2016 par le vainqueur de la dernière édition, Armel Le Cléac’h. « J’aurais aimé le voir [le cap Horn], malheureusement je suis passé 80 milles au sud, il va falloir que je revienne ! Passer le cap Horn, c’est déjà quelque chose pour un marin, sur un premier tour du monde en solitaire, encore plus, mais en tête du Vendée Globe, c’est dingue ! »

Bestaven, qui avait dû abandonner quelques heures après le départ du Vendée Globe de 2008, sa seule autre participation à l’épreuve, réalise un superbe sans-faute jusqu’ici. Après s’être dérouté, avec Jean Le Cam et Boris Hermann, pour porter secours au naufragé Kevin Escoffier, il a su trouver les meilleures options pour revenir sur les meneurs, Dalin et Thomas Ruyant (LinkedOut), puis prendre la tête de la course.

« Il a fallu croire en mes options et en ma route, sans me soucier de ce que pouvaient faire mes concurrents, a-t-il expliqué. Il fallait être têtu, notamment quand je suis resté le long de la zone des glaces. Je ne pensais pas qu’on pouvait aller chercher si loin dans le corps humain pour surmonter physiquement et moralement tout le stress, le froid, l’humidité, la solitude. »

Il y a eu des moments magiques et d’autres très durs comme quand le bateau s’est complètement couché et est parti au tas, en pleine nuit. J’étais sur le pont à me demander ce que je faisais là.

Yannick Bestaven, skipper du Maître CoQ IV

Bestaven et Dalin ont profité de leurs positions à l’avant d’une dépression pour surfer vers le cap Horn. Les skippers français ont bravé des conditions dantesques pour pousser leurs monocoques à fond et creuser un écart de plus de 400 milles nautiques sur leurs poursuivants.

« Ce matin, je me croyais en surf tracté, a raconté Bestaven. C’est énorme, je pense qu’il y avait bien huit mètres, parfois dix mètres de vague, c’étaient des montagnes d’eau. Là, ça s’est un peu calmé, c’est tout gris, blanc d’écume partout, il n’y a que les albatros que ça fait marrer, apparemment. C’est une mer que l’on ne voit qu’ici.

« Dans une dizaine d’heures, on va pouvoir remonter un petit peu à gauche. Le vent va mollir et ça ne fera pas de mal, car il y a une inspection générale du bateau à faire. Avant de repartir pied au plancher, il va falloir tout vérifier et réparer quelques trucs. »

PHOTO SEBASTIEN SALOM-GOMIS, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Yannick Bestaven

Soulagé de laisser derrière lui les terribles mers du Sud, Bestaven va maintenant devoir composer avec la pression d’être meneur et, après les tempêtes, ce sont les zones de calme qu’il devra éviter. Et même s’il bénéficiera d’un crédit de 10 heures et 15 minutes, en compensation pour sa participation au sauvetage d’Escoffier, il sait que l’arrivée est encore loin. « La remontée semble un peu compliquée, car il y a des zones d’anticyclones qui bloquent bien la route, a-t-il d’ailleurs convenu. On verra bien, on prendra ce qu’il y a à prendre. »

Notons toutefois que sept des huit vainqueurs du Vendée Globe avaient été les premiers à franchir le cap Horn.

Compliqué pour les autres concurrents

Après la déroute rapide des principaux favoris, Alex Thomson et Jérémie Beyou, ce Vendée Globe est sans doute le plus disputé de l’histoire. Derrière les deux meneurs, pas moins de neuf skippers sont regroupés sur moins de 300 milles et ils restent à l’affût, prêts à profiter du moindre faux pas de Bestaven ou de Dalin.

Pour le moment, c’est toutefois le groupe de poursuite qui doit affronter les conditions les plus difficiles. Après avoir poussé les meneurs, la dépression est arrivée au cap Horn et c’est dans la tempête que les prochains concurrents vont à leur tour entrer dans l’Atlantique.

Le Français Damien Séguin (Apicil), excellent quatrième pour sa première participation, tout près de Ruyant, a résumé l’état d’esprit général. « Moralement, ça va, car je sais que le cap Horn est devant moi et qu’après ça, je vais pouvoir mettre le clignotant à gauche et commencer à remonter.

PHOTO FRED TANNEAU, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le Français Damien Séguin avant le départ en septembre

« C’est ce qui me fait tenir en ce moment, car les conditions ne sont pas des plus faciles à vivre : il fait froid, c’est humide, il y a du vent, la mer est démontée, donc, en termes de navigation, on a connu mieux. J’ai un peu hâte que ça se termine parce que c’est long et je ne suis pas un grand fan du froid et de l’humidité. Me dire que dans quelques jours je serai le long du Brésil en short et t-shirt, ça me fait tenir dans les moments compliqués. »

Pas moins de 27 des 33 concurrents sont encore en course, mais le Français Sébastien Destremau (Merci), qui ferme la marche à plus de 6700 milles du meneur, a indiqué samedi qu’il allait probablement abandonner après avoir été accablé par les ennuis techniques depuis le départ.