Votre petit Messi disputera-t-il bientôt un match de soccer ?

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Non. Mais à partir du 20 mai, il pourra faire du kayak. De l’aviron. Du tennis. Du golf. Du vélo. De l’athlétisme. De la randonnée équestre. De la voile. Du kitesurf. (OK, peut-être pas de kitesurf.)

Pas assez de choix ? Au contraire, je trouve que c’est un menu pantagruélique. Surtout dans un foyer d’éclosion comme Montréal, cinquième ville avec le plus de morts de la COVID-19 proportionnellement à la population.

Pas au Canada.

Pas en Amérique du Nord.

Dans le monde.

Alors on est un peu mal placés pour faire la fine bouche. D’ailleurs, quand on se compare, on se console. En Angleterre, seuls les gens habitant sous un même toit peuvent jouer au tennis ou au golf ensemble. Ici, cette contrainte est levée. En fait, dès mercredi prochain, vous pourrez faire pratiquement n’importe quel sport individuel à l’extérieur, à la condition de respecter une distance de deux mètres avec les autres personnes.

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

Les Québécois pourront recommencer à jouer au tennis de façon récréative à compter du 20 mai.

Même à Montréal ? Oui. Même à Montréal.

« Je suis agréablement surpris que la métropole soit déconfinée », m’a lancé le directeur général de la Fédération d’athlétisme du Québec, Marc Desjardins. Au gouvernement, on souhaitait éviter que les Montréalais aillent en région pour faire du sport. « Ce n’est pas une raison de faire des déplacements non essentiels », a d’ailleurs rappelé la ministre Isabelle Charest.

Marc Desjardins est satisfait de cette première étape. « Enfin de bonnes nouvelles ! Même s’il n’y aura pas de compétitions tout de suite. Même si les entraînements sont limités à deux personnes à la fois. J’espère juste que les infrastructures seront accessibles. Parce qu’on ne peut pas vraiment lancer un javelot au parc La Fontaine… »

Les sports d’équipe

Le kayak de mer et l’escalade de rocher, c’est amusant. Sauf qu’à Saint-Hyacinthe et dans Rosemont, il n’y a ni mer ni rocher. Qu’en est-il des sports collectifs les plus populaires auprès des jeunes, comme le soccer et le baseball ?

Il faudra attendre.

Jusqu’à quand ?

Le Dr Richard Massé, conseiller médical à la Santé publique, est resté prudent. « Les sports tels qu’ils le sont maintenant vont être sur pause. Pas nécessairement tout le temps de la pandémie, mais pour tout le temps où la situation ne sera pas contrôlée. »

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Le Dr Richard Massé, conseiller médical à la Santé publique

Coup de fil à Mathieu Chamberland, directeur général de Soccer Québec. Je m’attendais à ce qu’il soit déçu. Mais non.

« C’est super positif !

– Explique-moi ça.

– Honnêtement, on n’avait pas de grandes attentes. On savait qu’on allait passer après les sports individuels. Que les matchs, ce n’était pas pour tout de suite. Mais avec ce que j’entends, j’ai confiance qu’on pourra bientôt retourner sur le terrain. Faire des ateliers en très petits groupes, en respectant une distance de deux mètres. Après, peut-être faire des duels à un contre un.

– Ailleurs, les enfants peuvent-ils jouer des matchs ?

– En Amérique du Nord, non. En Europe, il y a les U12 aux Pays-Bas. C’est à peu près ça… »

Autre coup de fil. Cette fois à Maxime Lamarche, directeur général de Baseball Québec. Lui aussi était de bonne humeur. Avec raison. La ministre a souligné que le baseball pourrait être « plus facilement adapté » que d’autres sports.

« Dans la prochaine phase, on pourra offrir quelque chose à nos athlètes, indique-t-il. On a conçu des guides pour les entraînements. Ça respecte les règles de distanciation. »

Je commence à penser qu’il serait possible de s’entraîner pendant un mois, et qui sait, peut-être qu’à la mi-juillet, on pourrait présenter des matchs locaux.

Maxime Lamarche, directeur général de Baseball Québec

Les nouvelles étaient toutefois moins bonnes pour le hockey.

Un sport collectif. Avec contact. À l’intérieur.

Oubliez ça pour ce printemps. Ça s’annonce aussi difficile pour cet automne, si on se fie aux cinq étapes du déconfinement présentées par le Dr Massé.

1. Les sports individuels à l’extérieur, avec distanciation ;

2. Les entraînements supervisés, à l’extérieur ;

3. Les compétitions sans public, à l’extérieur ;

4. Les entraînements supervisés, à l’intérieur ;

5. Les compétitions, à l’intérieur.

Les matchs de hockey, vous l’aurez compris, sont tout en bas de la liste. Un journaliste a demandé au Dr Massé quelles étaient les chances de voir du hockey junior cet automne.

« La réponse, ce serait non aujourd’hui. On verra l’automne prochain où on en sera. »

Les sports professionnels

Ça fait le tour pour les plus jeunes. Les grands, maintenant. Qu’arrive-t-il avec les clubs professionnels ?

On n’a pas appris grand-chose mercredi. Il faut dire que le dossier ne relève pas d’Isabelle Charest. La ministre s’est néanmoins permis de préciser qu’on ne risque pas d’assister bientôt à un match du Canadien au Centre Bell.

Avec les normes actuelles, c’est impossible. Les joueurs de hockey, évidemment, ne seront pas capables de respecter la règle des deux mètres. À moins qu’ils ne soient très courtois dans leurs échanges sportifs et qu’ils laissent [les autres] monter la rondelle.

Isabelle Charest, ministre

Je confirme : quelques joueurs du Canadien sont très courtois en zone neutre. Mais je doute que ce soit suffisant. De toute façon, le Tricolore a déjà annoncé sa politique de remboursement de billets. Les portes resteront fermées cet été.

Par contre, la ministre a confirmé être en pourparlers avec les clubs pour la reprise des entraînements. Même chose avec les organismes qui représentent les athlètes d’excellence. « Une inaction à long terme, comme ça, ça peut compromettre une carrière. »

Le menu est incomplet. Vous auriez sûrement préféré que le baseball, le hockey et le soccer obtiennent un feu vert. Moi aussi. Sauf que c’est un premier pas. Pour la première fois depuis deux mois, on avance.

Au fait, quelqu’un a un ensemble de kitesurf à vendre ?