(Paris) « Je ne toucherai pas à l’ADN des Jeux ». Le président du comité d’organisation des Jeux olympiques de Paris-2024 (Cojo), Tony Estanguet veut faire des économies « dans les coulisses » des JO, mais pas question pour lui de revoir leur « ambition », a-t-il assuré lors d’entretiens à plusieurs médias, dont l’AFP.  

Andréa BAMBINO
Agence France-Presse

Q : La ministre des Sports, Roxana Maracineanu, a prévenu qu’il y aurait « sans doute » des « dépassements de coûts » dans le budget des JO de Paris-2024 à cause de la pandémie de COVID-19. Vous partagez cette crainte ?

R : Aujourd’hui il n’y a pas de surcoût identifié, que ce soit sur les investissements d’infrastructures (3 milliards d’euros, dont 1,6 de l’État et des collectivités, NDR) ou pour le budget d’organisation de Paris-2024 (3,8 milliards d’euros). Notre objectif va être de trouver des solutions pour faire face à des imprévus, à des complexités qui vont générer des surcoûts. En face, comment on optimise d’autres lignes pour faire des économies ? Mais aujourd’hui, le budget de Paris-2024 est toujours le même.

Q : L’ancien ministre des Sports, Guy Drut, qui est membre du Comité international olympique (CIO), estime que la crise sanitaire rend le projet de Paris-2024 « obsolète » et « dépassé ». Que lui répondez-vous ?

R : On n’a pas compris d’où venait cette déclaration. Les conditions de ce projet ont toujours été celles d’un projet responsable, sobre, utile. Ça fait plusieurs années qu’on travaille dur pour construire un nouveau modèle de Jeux : 95 % d’équipements existants, diviser par deux l’impact carbone, rajouter une dimension sociétale et un héritage comme jamais.  Cette crise, forcément elle chamboule toute la société, donc Paris-2024 va devoir s’adapter. Mais on ne partage pas du tout son analyse.

Q : Comment allez-vous vous adapter ?

R : Cette crise n’est pas terminée et il faut garder beaucoup d’humilité. Ce qui est sûr c’est que le défi sera immense. Concrètement, ça veut dire essayer d’avoir toujours un coup d’avance, des marges de manœuvre pour anticiper des imprévus.  

Il y a des choses qu’on ne veut pas toucher, c’est dans l’ADN de Paris 2024 : un spectacle, une émotion collective très forte, le plus bel évènement fédérateur que notre pays soit capable d’organiser. Puis il y a la dimension de l’héritage, comment ce projet est utile, comment il permet de relancer l’économie française parce que quelques milliards d’euros vont être réinvestis, des emplois générés, comment on va faire pour que les marchés bénéficient aux entreprises de l’économie sociale et solidaire.  

Pour renforcer cela, il faut qu’on génère des marges de manœuvre ailleurs : on pense à la restauration, à la sécurité, aux transports. Il y a beaucoup d’opérations qui sont liées à l’organisation des Jeux, qui ne se voient pas, dans les coulisses.  Rester très ambitieux dans ce contexte de crise, ça nécessite d’aller chercher des marges de manœuvre qu’on n’avait pas forcément identifiées.

Q : Le surf à Tahiti ou les autres sports additionnels (breakdance, skateboard, escalade) sont-ils menacés ?

R : Il n’y a pas de remise en question. On ne veut pas dégrader l’ambition du projet.

Q : Faut-il remettre en cause le modèle, avec moins d’épreuves, moins d’athlètes (10 500) ?

R : La force des Jeux il faut la conserver, et cette force elle réside aussi dans son universalité, cette diversité des sports et des athlètes du monde entier, 200 pays qui se réunissent pour démontrer ce message très fraternel autour de la performance. C’est le cœur des Jeux et je ne suis pas sûr que ce soit aujourd’hui la première source d’économie. En travaillant avec le CIO, on a réduit considérablement la capacité d’accueil du village des athlètes, en passant de 18 000 lits à moins de 15 000. Tout ça nous permet de générer des économies qui permettent de réinvestir sur des sujets plus importants. Grâce à ces Jeux, on va permettre à la Seine–Saint-Denis d’avoir neuf bassins aquatiques, la Solidéo (Société de livraison des ouvrages olympiques) va investir 70 millions d’euros dans la rénovation d’équipements sportifs en Île-de-France.  Je ne toucherai pas à l’ADN des Jeux.  

Q : Dans ce contexte de crise, allez-vous tenir l’objectif de récolter 1,2 milliard d’euros auprès des commanditaires ?

R : Oui. On est en train de vivre une crise sans précédent et l’urgence aujourd’hui, c’est de relancer l’économie française. Ça vient perturber forcément notre calendrier parce que dans les mois qui viennent, on peut penser que les entreprises françaises vont d’abord penser à leur relance plutôt que d’investir en commandite. Il n’empêche, pour avoir un certain nombre d’échanges, les entreprises françaises considèrent qu’elles vont avoir besoin malgré tout de s’associer à des moments forts, qui ont une force de frappe sans commune mesure. Il y a des secteurs d’activité, comme les transports, qui sont terriblement impactés. Mais il y a d’autres secteurs, on continue de travailler avec eux. Ça va prendre un peu plus de temps, mais la cible reste la même.

Propos recueillis par Andrea BAMBINO