(Montréal) Ce n’est pas comme ça que Meaghan Benfeito espérait remporter sa deuxième médaille d’or en deux jours. Sa réaction voulait tout dire : après s’être caché la tête dans son chamois, elle a fondu en larmes dans les bras de son entraîneur.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

« Ils vont tous penser que je ne suis pas contente d’avoir gagné l’or », s’est-elle inquiétée par la suite.

Parce que la plongeuse montréalaise aurait pu régler un gros souci, samedi, à la finale du 10 m à la Série mondiale de Montréal. Elle menait largement la compétition, mais là n’était pas sa principale préoccupation. Un bon dernier saut et elle aurait pu assurer sa qualification individuelle pour les Jeux olympiques de Tokyo.

Ce n’est pas arrivé. Gonflée d’adrénaline après un avant-dernier plongeon magistral, qui lui a valu l’un de ses meilleurs scores à vie, Benfeito en a mis un peu trop à l’envol de son trois périlleux et demi retourné, sa « bête noire ». « Ah ! nooon ! s’est-elle dit en pénétrant dans l’eau. Qu’est-ce que j’ai fait là ? »

La Canadienne ne devait obtenir que 72,70 points sur cet essai pour satisfaire au deuxième critère pour Tokyo. Rien d’inatteignable. Les juges lui en ont plutôt décerné des notes de 5 et de 6 pour un pointage de 52,80.

« Je n’ai pas regardé le tableau. Je ne savais pas exactement le nombre de points dont j’avais besoin avant le dernier plongeon. Je savais juste que je devais arriver sur la tête et non sur le dos… »

La triple médaillée olympique avait vécu le même genre de déconvenue sur cet ultime plongeon aux Championnats du monde de Gwangju, l’été dernier, ce qui l’avait reléguée à la sixième place.

« J’avais un super bon départ, a-t-elle analysé. Quand j’ai de l’adrénaline, je tourne beaucoup plus vite, je saute beaucoup plus haut. C’est quelque chose que je ne fais pas tant à l’entraînement ou que je ne faisais pas dans les derniers mois. »

Le « stress l’a emporté », a décrété la gagnante de la veille au 10 m synchro avec Caeli McKay. Avec 355,10 points, elle a devancé la Russe Iuliia Timoshinina (347,40) et la Malaisienne Pandelela Pamg (337,55) pour obtenir le troisième titre individuel de sa carrière en Série mondiale, le premier depuis 2015.

Benfeito a reçu les encouragements de tout le monde, dont ceux du directeur technique de Plongeon Canada, Mitch Geller. « Ça va te garder affamée », a-t-il prédit.

Parce que rien n’est perdu pour l’athlète qui aura 31 ans lundi. Elle pourra se reprendre à deux autres Séries mondiales, programmées à la fin du mois à Kazan et à Londres, ou à la Coupe du monde de Tokyo, prévue le mois suivant. Dans le pire des scénarios, elle se battra pour l’une des deux places canadiennes aux Essais nationaux de Windsor, en mai.

« Comme je dis tout le temps, on n’apprend pas quand on gagne, on apprend quand on perd ou qu’on fait de mauvais plongeons », a conclu la médaillée d’or.

Gagné : le premier depuis Despatie

PHOTO PAUL CHIASSON, LA PRESSE CANADIENNE

Philippe Gagné

Philippe Gagné, lui, a ressenti une joie totale en remportant l’or au tremplin de 3 mètres. À la surprise générale et à la sienne, le plongeur de Mont-Royal a mené la finale de bout en bout pour monter sur son premier podium individuel en Série mondiale, le circuit le plus relevé de la FINA.

« Commencer avec l’or, c’est bizarre ! », a réagi l’athlète de 22 ans. « Juste une médaille individuelle en Série mondiale, c’était un rêve. Que ce soit l’or, je ne pense pas que je vais oublier ça de sitôt. »

Mis en confiance par son excellente prestation en demi-finale, où il a réussi le meilleur score, Gagné a été le plus stable des six finalistes. Son plus proche poursuivant, le Britannique Jack Laugher, médaillé de bronze aux derniers Mondiaux, lui a ouvert la porte en ratant son dernier essai.

Le Québécois n’a pas manqué sa chance, réalisant son meilleur saut juste après. Même sous l’eau, il a entendu les cris du public réuni au Centre sportif du Parc olympique. Il n’avait pas vécu telle sensation depuis sa troisième place aux Jeux panaméricains de Toronto en 2015.

Gagné est devenu le premier plongeur canadien à remporter un titre individuel en Série mondiale depuis Alexandre Despatie en 2010.

« Je ne le réalise pas encore », a souri Gagné, qui s’est fait interviewer par Despatie pour CBC. « Il me faudra au moins une semaine pour revenir sur l’événement. Après ça, je pourrai peut-être donner des commentaires ! Mais là, c’est incroyable, je suis sans mots. »

L’absence des plongeurs chinois, coincés dans leur pays à cause du coronavirus ? « Ça reste une victoire, a réagi le gagnant. Si les Chinois avaient été là, on ne sait pas ce qui serait arrivé. Jack [Laugher] a déjà battu les Chinois. Alors on ne le sait pas. C’est le plongeon, tout peut arriver. » Même une médaille d’or inattendue.

McKay et Riendeau en bronze

Caeli McKay et Vincent Riendeau ont procuré une sixième médaille au Canada à la Série mondiale de Montréal en obtenant le bronze au 10 m synchro mixte. La Russie a gagné l’or et le Mexique l’argent dans cette finale à quatre équipes. « Il y avait seulement quatre équipes, mais c’était quand même de bonnes équipes », a dit Riendeau, qui avait aussi terminé troisième la veille avec Nathan Zsombor-Murray. « On est contents du résultat. On n’a pas beaucoup pratiqué avant cette compétition. On a donc eu à s’ajuster. » L’épreuve a surtout permis à McKay de mettre derrière elle une demi-finale individuelle très difficile en matinée. « C’est une façon très positive de finir la journée, a convenu l’athlète de 20 ans. Je voulais avoir du plaisir avec lui, revenir en force sur certains de mes plongeons et montrer ce dont je suis capable. Même si j’ai manqué mon troisième plongeon, j’ai tenté le coup et je n’ai donc pas de regrets. »