Meaghan Benfeito a ressenti un pincement en voyant la liste de départ du 10 mètres synchronisé, vendredi. Les Américaines s’élançaient juste après elle et sa coéquipière albertaine Caeli McKay. Cruel rappel des événements de l’été dernier aux Championnats du monde de Gwangju.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Benfeito et McKay étaient troisièmes avant le début de la dernière ronde en Corée du Sud. Non seulement détenaient-elles la dernière place sur le podium, mais aussi une présence garantie pour les Jeux olympiques de Tokyo l’été prochain.

Les Canadiennes n’ont pas réussi leur plongeon inversé comme elles le souhaitaient. Samantha Bromberg et Katrina Young en ont profité pour passer devant. Par 81 centièmes de point.

Les Américaines avaient donc le privilège de s’exécuter avant-dernières à la Série mondiale de Montréal, vendredi, où la liste de départ était établie en fonction des résultats en Corée du Sud. Médaillées d’argent aux Mondiaux, les Malaisiennes Mun Yee Leong et Pandelela Pamg avaient le dernier mot en l’absence des Chinoises, retenues dans leur pays en raison des conséquences de l’épidémie de coronavirus.

Comme l’a souligné Benfeito à la fin de l’épreuve, « ça ne voulait rien dire » : « On est en 2020, une autre année, à une compétition complètement différente. »

Après avoir frémi sur le plongeon inversé, le même qui les avait coulées à Gwangju, Benfeito et McKay ont rebondi avec force à Montréal, dominant les deux dernières rondes pour remporter la médaille d’or, la première du duo sur le circuit le plus relevé de la FINA.

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Meaghan Benfeito et Caeli McKay ont totalisé 313,02 points pour devancer nettement les Malaisiennes Pandelela Pamg et Mun Yee Leong, auteures de 297,66 points.

« C’est notre maison, notre piscine, on voulait vraiment donner le meilleur spectacle possible, a commenté Benfeito après la cérémonie des médailles. C’est ce qu’on a fait. On s’est amusées et on a ri tout le long de la compé. C’est ce qui arrive quand on s’amuse. On est capables de bien plonger. »

Avant le début de la ronde ultime, le duo canadien a entendu réagir la foule réunie au Centre sportif du Parc olympique, où il s’entraîne à l’année. Il ne lui en fallait pas plus pour comprendre où il se situait.

« On s’est dit : il arrivera ce qui arrivera, a raconté Benfeito. On avait juste à bien plonger. On savait qu’on était capables de gagner l’épreuve. »

La Québécoise et l’Albertaine ont totalisé 313,02 points pour devancer nettement les Malaisiennes, auteures de 297,66 points. Les Russes Iuliia Timoshinina et Ekaterina Beliaeva ont complété le podium (288,30). Les Américaines ont mordu la poussière au quatrième rang, terminant à 24 centièmes du bronze.

Le travail

Les rires et accolades de vendredi cachaient des mois de labeur en gymnase et sur la plateforme.

« On s’est tellement entraînées fort, a souligné Benfeito. On a pleuré assez souvent cette saison. Ça faisait du bien de juste retourner à la compétition. […] C’est gratifiant de savoir que tous les pleurs qu’on a eus, ça a bien fini à la fin. »

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Caeli McKay et Meaghan Benfeito

« C’est difficile l’entraînement, a renchéri la triple médaillée olympique. On ne rit pas toujours, on ne sourit pas toujours, on a mal. Des fois, les pratiques sont moins bonnes. On se frustre assez souvent. On veut chaque fois être parfaites, mais ça n’arrive pas. »

Après la déception des Mondiaux, les Canadiennes ont modifié leur liste de plongeons, intervertissant le troisième et le dernier, à la demande de McKay, qui se sentait plus à l’aise de terminer avec le « twist » arrière.

« Le plongeon avec lequel on a fini l’an dernier aux Mondiaux [l’inversé NDLR], avec beaucoup d’adrénaline, il est plus difficile à contrôler si tu es vraiment pompée, a expliqué l’Albertaine de 20 ans. Le twist est très constant pour nous depuis trois ans, peu importe la journée. On sait comment conclure avec. »

Ce titre est donc le premier en Série mondiale pour la paire réunie en 2017, au lendemain de la retraite de Roseline Filion. Avec cette dernière, Benfeito avait remporté une seule épreuve de Série mondiale en synchro, en 2014, à Windsor. Au total, la Montréalaise de 30 ans est montée 32 fois sur le podium au 10 m synchro féminin.

Évidemment, l’absence des Chinoises, médaillées d’or aux Mondiaux, donne un goût « différent » à cette victoire à Montréal.

« Tu veux toujours battre les Chinoises, a admis Benfeito. C’est vraiment elles qu’on essaie de dépasser. Ça fait 20 ans que je plonge, 20 ans que j’essaie de les battre. Mais tu veux aussi prendre l’occasion de gagner quand elles ne sont pas là. Ça ne veut pas nécessairement dire qu’elles auraient gagné aujourd’hui. Aujourd’hui, c’est nous qui avons été meilleures que tout le monde. On va juste être heureuses de ça. »

Benfeito et McKay auront une autre chance de se qualifier pour les JO à la Coupe du monde de Tokyo en avril.

Imbeau-Dulac et Gagné quatrièmes

Au 3 m synchro, François Imbeau-Dulac et Philippe Gagné ont pris le quatrième rang avec 380,19 points. Les Québécois étaient cinquièmes avant la dernière ronde, où ils ont réussi le deuxième saut de la ronde.

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Philippe Gagné et François Imbeau-Dulac

Les Russes Evgenii Kuznetsov et Nikita Shleikher (421,95) ont décroché l’or en réussissant le meilleur plongeon de l’épreuve à leur dernier passage. Ils ont ainsi surpassé les Britanniques Daniel Goodfellow et Jack Laugher, vice-champions mondiaux (415,74). Les Mexicains Yahel Castillo Huerta et Juan Celaya Hernandez (407,22) ont cueilli le bronze, comme à Gwangju l’an dernier.

Aux Mondiaux, les Canadiens avaient fini 25es et derniers à la suite d’un accident de Gagné, qui avait frappé la planche sur un plongeon renversé. Le duo avait ensuite remporté l’argent aux Jeux panaméricains de Lima.