Le 14 mars, Amélie Kretz a pris part à l’un des derniers évènements sportifs organisés avant le début du Grand Confinement mondial, une Coupe du monde de triathlon en Australie.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Moins de deux semaines plus tard, elle plongeait dans l’eau froide d’une piscine installée dans le garage de la résidence familiale à Sainte-Thérèse. Une façon de faire un pied de nez à la COVID-19, mais aussi de démontrer sa résilience une semaine après le report des Jeux olympiques de Tokyo.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

La triathlonienne olympique Amélie Kretz a installé une petite piscine dans un garage pour poursuivre son entraînement durant le confinement.

Kretz a poursuivi l’entraînement tout l’été dernier, motivée par sa progression dans les trois disciplines. Durant le deuxième confinement, elle a eu accès à la piscine olympique à l’Institut national du sport (INS) du Québec.

Elle a réussi ses meilleurs temps à la nage, au vélo et à la course à pied dans des tests requis par Triathlon Canada. « Elle était dans la forme de sa vie », affirme son entraîneur Alex Sereno.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK D’AMÉLIE KRETZ

Amélie Kretz a pu reprendre l’entraînement sur vélo l’été dernier, notamment sur le circuit Gilles-Villeneuve.

Elle aurait aimé participer à des Coupes du monde en Europe et au Championnat du monde sprint d’Hambourg à l’automne, mais Triathlon Canada a refusé d’y inscrire ses représentants, citant les « risques importants » pour la santé.

« Ç’a été un peu dur de regarder ça de loin, admet Kretz. Plusieurs pays ont réussi à y aller. Je pense qu’il n’y avait que l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada qui n’étaient pas là. La fédération internationale a fait une très bonne job par rapport aux tests et à la sécurité de toutes les athlètes. J’aurais évalué les risques, mais je pense qu’il y avait moyen d’y aller en restant prudente. »

Elle gardait espoir de prendre part à la Série mondiale de Montréal, reprogrammée en octobre, mais l’évènement a été définitivement annulé à la fin du mois d’août.

J’ai frappé un peu un mur par rapport à la motivation.

Amélie Kretz

Un triathlon organisé dans la région de Toronto lui a redonné un élan avant une pause de deux semaines et demie en octobre.

Une invitation inattendue

Sans calendrier précis pour la saison prochaine, où elle visera une deuxième qualification olympique après sa 34e place à Rio, l’athlète de 27 ans admet que la reprise de l’entraînement a été un peu laborieuse. « J’aime m’entraîner, mais ce que j’aime avant tout, c’est la compétition. »

Une invitation qu’elle n’attendait plus est venue changer la dynamique. Ce dimanche, elle sera l’une des 60 participantes du championnat de la Professional Triathletes Organisation (PTO) dans le cadre du Challenge Daytona. L’évènement sera disputé en entier dans l’enceinte du célèbre circuit automobile.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE LA PROFESSIONAL TRIATHLETES ORGANISATION

Ce dimanche, 60 participantes du championnat de la Professional Triathletes Organisation seront du Challenge Daytona. Amelie Kretz y sera également, elle qui a reçu une invitation.

« Je pense que c’est la plus grosse course dans le monde du triathlon cette année », s’est réjouie Kretz depuis l’Arizona, où elle se préparait jusqu’au début de la semaine avec sa compatriote Joanna Browne et l’Américaine Chelsea Burns.

La bourse totale de 1,15 million US, l’une des plus élevées dans l’histoire du sport, gracieuseté de la PTO, n’y est pas étrangère. Les gagnants des épreuves féminine et masculine recevront 100 000 $ chacun. La deuxième, 70 000 $. La 10e, 17 000 $. À partir de la 21e place, chaque partant recueillera 2500 $.

Le format est aussi inusité. La distance totale est de 100 kilomètres, soit 2 km de natation dans le lac Lloyd, au milieu du circuit, 80 km de vélo et 18 km de course à pied sur la piste habituellement empruntée par les bolides de NASCAR.

L’épreuve est donc similaire à un demi-Ironman (1,9–90–21,1). Ce sont d’ailleurs des spécialistes de longues distances, jusqu’au Ironman, qui composeront l’essentiel du peloton.

Kretz, qui n’a jamais fait plus long qu’un triathlon olympique (1,5–40–10), sera donc en découverte. La portion cycliste s’effectuera sur un vélo de contre-la-montre, une autre nouveauté pour la Québécoise qui s’est familiarisée avec sa monture sur les routes autour de Tucson.

« L’adaptation se passe très bien, plus vite que je pensais, a-t-elle indiqué. C’est un parcours qui permet de rester dans [le prolongateur de guidon] tout le long. Alors le vrai test, ce sera le 80 km à Daytona ! »

Les 40 premières au classement de la PTO, qui vise à comparer les meilleures du demi-Ironman et du Ironman, étaient qualifiées d’office. Kretz fait partie d’un groupe de sept spécialistes de la distance olympique qui ont reçu une invitation.

Tout est nouveau, les plus grands noms de la longue distance sont là, ça va être intéressant de voir où je me situe. Physiologiquement, plus c’est long, mieux c’est pour moi. Mais je n’ai pas vraiment d’expérience [dans ce format] et je ne sais pas trop à quoi m’attendre.

Amélie Kretz

Habituée à y aller à fond de train dans la distance olympique, elle devra cette fois gérer son effort « pour ne pas frapper un mur avant l’arrivée ». Avec une préparation de six semaines, elle ne veut pas placer la barre trop haut, mais glisse qu’un top 10 lui semble envisageable.

« De façon générale, je pense que les athlètes de courte distance peuvent bien faire sur un demi. On fait pas mal le même volume d’entraînement. Pour le Ironman, c’est une autre histoire. »

Présenté de vendredi à dimanche, le Challenge Daytona, un concurrent d’Ironman, prévoyait de recevoir 2000 participants. Considérés comme des travailleurs « essentiels », les professionnels du championnat PTO n’auront pas à effectuer de quarantaine. Ils devront cependant se soumettre à un test de dépistage de la COVID-19 avant le voyage et à l’arrivée en Floride. Les masques seront obligatoires sur les lieux de la compétition.

« Le Challenge et la PTO ont fait de gros efforts pour nous permettre de rester dans une bulle, a souligné Kretz, qui n’est pas inquiète outre mesure. Là-bas, j’aurai ma propre voiture et on sera tous logés au même hôtel. Je ne pense pas que les spectateurs seront vraiment proches de nous. La piste est assez grosse pour garder nos distances. […] Je contrôle ce que je peux contrôler. »

Kretz regagnera l’Arizona après la course pour maximiser son temps d’entraînement au chaud. Elle rentrera au Québec pour les Fêtes, où elle poursuivra l’entraînement chez ses parents, piscine incluse. Après sa quarantaine, elle pourra retourner à l’INS en janvier en attendant la reprise de la saison de compétitions de World Triathlon.

Amélie Kretz en bref

• Âge : 27 ans
• Ville natale : Sainte-Agathe-des-Monts
• Ville d’attache : Blainville
• Taille et poids : 1,68 m, 63 kg
• Jeux olympiques de Rio : 34e
• Série mondiale ITU : 8e Yokohama 2016 ; 9e Londres 2015
• Coupe du monde ITU : argent Mooloolaba 2015
• Championnats du monde ITU U23 : bronze 2013 ; 6e 2014
• Championnats du monde ITU juniors : 6e 2012
• Classement qualification olympique individuelle : 87e

Les Canadiens présents

Paula Findlay, l’ancienne vedette canadienne du triathlon olympique, est inscrite au PTO Championship de Daytona. Convertie au demi-Ironman, l’Albertaine de 31 ans a remporté l’épreuve inaugurale, un peu plus courte, présentée sur le célèbre circuit automobile il y a un an. Son compatriote Lionel Sanders, qui s’est imposé chez les hommes, sera lui aussi de la partie. Le Britannique Alistair Brownlee, double champion olympique et champion mondial du demi-Ironman, sera la principale tête d’affiche chez les hommes. Du côté féminin, l’Allemande Anne Haug, tenante du titre à Kona, et l’Australienne Sarah Crowley, troisième à Kona en 2017, seront parmi celles à suivre.