Le journaliste sportif Robert Frosi termine actuellement un documentaire sur le navigateur Gerry Roufs, disparu en mer durant le Vendée Globe 1996-1997.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Intitulé Gerry Roufs, toujours vivant, le film, une production de Radio-Canada Sports, de la bannière Podium, donne la parole à la conjointe de Roufs, Michèle Cartier, et à leur fille Emma, qui s’expriment sur le long processus de deuil qu’elles ont vécu au fil des ans.

« Je n’aurais pas fait le film sans elles, dit Robert Frosi en entrevue téléphonique. L’objectif n’était pas de faire une rétrospective de la disparition de Gerry, mais beaucoup plus d’explorer le fait de vivre avec quelqu’un qui a une aussi grande passion, qui est un papa marin, etc. Michèle et Emma ont mis 23 ans à faire le deuil de ce drame épouvantable. Et j’ai voulu voir avec elles comment elles voient les choses aujourd’hui. Elles m’ont fait confiance et ont été super généreuses. »

Le film sortira sur les ondes de Radio-Canada en toute fin d’année. M. Frosi, journaliste sportif à Radio-Canada depuis 25 ans, est le concepteur du projet et mène les entrevues. La réalisation est signée Jérôme Voyer-Poirier, que M. Frosi qualifie d’« orfèvre » et avec qui il a travaillé sur plusieurs autres projets dans le passé.

Dans sa carrière, M. Frosi a couvert plusieurs compétitions de voile, dont le Vendée Globe. En 1996-1997, cette mythique course en solitaire autour du monde en était à sa troisième édition. Le départ a eu lieu aux Sables-d’Olonne le 3 novembre 1996, au lendemain du 43e anniversaire de naissance du navigateur.

Le 6 janvier, alors qu’il est en 2e position à mi-chemin entre le Chili et la Nouvelle-Zélande, derrière Christophe Auguin (vainqueur de cette édition), Roufs lance un message à sa base : « Les vagues ne sont plus des vagues. Elles sont hautes comme les Alpes. » Le lendemain, la balise de son navire, le Groupe LG 2, tombe dans le silence.

PHOTO LA PRESSE, ARCHIVES BANQ

La une de La Presse du dimanche 12 janvier 1997

En 2004, Michèle Cartier a publié un ouvrage, Une Atalaya pour Gerry Roufs, racontant son histoire. Et il y a deux ans, leur fille Emma a fait un documentaire simplement intitulé Atalaya, mettant ses pas dans ceux du paternel. Les deux titres réfèrent à l’île boréale chilienne où ont été retrouvés quelques morceaux de l’épave du voilier Groupe LG 2. Le corps du navigateur n’a quant à lui jamais été retrouvé.

Assez intimiste, le documentaire d’environ 23 minutes montre entre autres que Michèle Cartier a fait coller un petit morceau d’épave en forme de voilier sur la pierre tombale commémorative de Roufs.

Si le documentaire parle d’amour et de deuil, mère et fille ne tombent pas non plus dans la complaisance. Posées, elles rappellent la peine et la souffrance entourant le choix de Roufs de faire la course et sa disparition.

Il a choisi son métier avant sa famille.

Emma Roufs, fille de Gerry Roufs, maintenant âgée de 32 ans

Pourquoi ce titre ? Robert Frosi rigole. « Au Québec, c’est évidemment un petit clin d’œil à Gerry Boulet, dit-il. Mais ça résume complètement l’histoire. Que ce soit pour Michèle ou pour Emma, Gerry est là. Il est toujours vivant. Et il est toujours dans l’esprit des gens de la voile. »

Le documentaire se termine sur la chanson L’aube tarde, que Jim Corcoran a écrite en hommage à Roufs en 2000.

À ICI RDI le 27 décembre à 21 h 30 et le 3 janvier à 17 h 30
À ICI Télé le 3 janvier à 13 h 30