La dernière année a été des plus rocambolesques pour la Canadienne Rachel Leblanc-Bazinet. Après avoir obtenu sa qualification olympique au terme d’un calendrier de compétition dément, l’haltérophile a vu les scandales de dopage touchant sa discipline se succéder, la pandémie arriver et les Jeux, reportés.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Leblanc-Bazinet était en compétition à Rome en février quand la pandémie de COVID-19 a commencé à inquiéter sérieusement la planète. « On avait entendu parler du virus. Mais ça restait flou. On ne se souciait pas trop de ça », raconte l’athlète de 32 ans. Après la compétition, Leblanc-Bazinet prend quelques jours pour visiter Rome avec sa compatriote, l’haltérophile canadienne Tali Darsigny. « On se promenait dans des foules. On a croisé des milliers de personnes. Je me souviens d’avoir dit que je ne viendrais jamais ici dans le temps du tourisme tellement il y avait de gens. Et avec le recul, je me dis que c’est sûr qu’il y avait du monde malade là-dedans ! »

L’haltérophile s’estime d’autant plus chanceuse que deux semaines après son périple romain, elle était à Miami en camp d’entraînement. « Je me souviens que j’avais de la misère avec mon vol pour revenir de Miami. Des vols avaient été annulés… Je n’ai pas été malade. Mais avec le recul, je réalise que ça n’a aucun bon sens ! »

La compétition de Rome était la dernière d’une série de six que Leblanc-Bazinet avait dû réaliser dans les 18 derniers mois afin de se qualifier pour les Jeux olympiques.

Elle s’est ainsi rendue successivement au Turkménistan, à Las Vegas, en Thaïlande, au Guatemala, au Pérou et en Italie. Un marathon épuisant. « C’était fou ce que ça nous a demandé. C’était une compétition toutes les six à huit semaines environ. On était toujours dans les décalages horaires. On ne récupérait jamais », relate l’athlète.

Le dopage partout

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Rachel Leblanc-Bazinet a dû affronter des athlètes dopés en compétition…

C’est pour tenter d’éviter les scandales de dopage que la Fédération internationale d’haltérophilie a imposé cet horaire de qualification aux athlètes. En les forçant à participer à plusieurs compétitions internationales, les autorités pouvaient ainsi s’assurer que les haltérophiles seraient testés régulièrement.

Leblanc-Bazinet ne s’en cache pas : « Le dopage, c’est vraiment un énorme problème dans notre sport. » Les scandales dans sa discipline se sont multipliés ces dernières années. En janvier, un reportage-choc à la télévision allemande a révélé que la Fédération internationale d’haltérophilie (FIH) avait camouflé pendant des années des scandales de dopage. Le reportage du journaliste Hajo Sepelt, le même qui avait révélé les scandales de dopage en Russie, parlait d’une « culture de corruption ».

Une enquête indépendante du Canadien Richard McLaren a par la suite conclu que le président de la FIH, le Hongrois Tamás Aján, avait dissimulé plus de 40 contrôles antidopage positifs au fil des ans. Aján a démissionné en avril. En octobre, l’Agence mondiale antidopage révélait que 18 haltérophiles avaient déjà eu recours à des sosies pour éviter des contrôles antidopage.

C’est sûr que j’ai déjà compétitionné contre des athlètes dopées. À l’œil, tu le vois. C’est super frustrant. Mais je me dis que je suis heureuse de mes performances comme athlète propre.

Rachel Leblanc-Bazinet

Une carrière sur le tard

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Rachel Leblanc-Bazinet a fait son entrée dans le monde de l’haltérophilie sur le tard.

Jumelle de l’athlète de Crossfit Camille Leblanc-Bazinet, Rachel a fait son entrée dans le monde de l’haltérophilie sur le tard. Elle pratiquait le Crossfit depuis des années et était propriétaire d’un gym à Brossard. « J’aimais le Crossfit principalement pour la portion où on levait des barres. Et un jour, je me suis rendu compte qu’avec les charges que je levais, je pouvais me classer sur l’équipe nationale. »

En mai 2016, elle commence à s’entraîner spécifiquement pour l’haltérophilie. Elle sera supervisée par l’entraîneur et ex-athlète olympique Yvan Darsigny.

Dès août 2016, Leblanc-Bazinet participe à sa première compétition internationale au Mexique. Elle bat son record personnel. « Ça m’a encouragée à m’entraîner plus fort. »

Mais les catégories de poids dans lesquelles elle peut compétitionner ne l’avantagent pas. Le poids normal de Rachel Leblanc-Bazinet est d’environ 55 kg. À l’époque, elle doit performer dans la catégorie des moins de 53 kg ou des moins de 58 kg.

En 2018, la Fédération internationale d’haltérophilie change les catégories de poids et la catégorie des moins de 55 kg est créée. Leblanc-Bazinet jubile : « Ma vie a changé. J’ai tout de suite vu tout ce que j’allais pouvoir faire. » Participer aux Jeux olympiques devenait possible.

Leblanc-Bazinet se lance dans le cycle de qualification olympique. Elle termine 8e aux championnats du monde de 2019 chez les moins de 55 kg. Elle bat le record canadien à l’arraché en soulevant 91 kg. Elle parvient à bien se qualifier officieusement pour les Jeux olympiques au courant de 2019.

Son entraîneur, Yvan Darsigny, la décrit comme une « bourreau de travail ».

Elle est super disciplinée. Quand je l’ai prise comme athlète, il y avait beaucoup de travail à faire du côté technique. Elle a vraiment beaucoup progressé.

Yvan Darsigny, entraîneur

Une pro des duos

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Rachel Leblanc-Bazinet a pour objectif pour les Jeux de battre le record canadien à l’épaulé-jeté (116 kg).

Avec Tali Darsigny, Rachel Leblanc-Bazinet s’entraîne au club la Machine rouge, à Saint-Hyacinthe. Les deux athlètes sont inséparables.

Tous les jours, elles font une ou deux heures de musculation le matin, et environ trois heures d’haltérophilie en après-midi. « Être deux, ça m’encourage à m’entraîner plus fort », dit Leblanc-Bazinet.

Celle-ci est habituée à fonctionner en duo féminin. Depuis son enfance, elle a toujours été amenée à se dépasser avec sa sœur jumelle. « C’est sûr que ça m’a apporté quelque chose d’avoir une jumelle. On a toujours été super compétitives, mais jamais de façon malsaine. On est toujours super fières l’une de l’autre. Si elle me battait dans quelque chose, j’étais contente pour elle. Mais ça me poussait à m’entraîner plus. »

En plus de s’entraîner, Rachel Leblanc-Bazinet travaille pour l’entreprise d’entraînement et de nutrition de sa sœur Camille. Et elle étudie pour obtenir un certificat en psychologie.

Comme tous les athlètes olympiques, sa mission pour les prochains mois est de garder la motivation. « Sans compétition, ce n’est pas simple », dit-elle. Son objectif pour les Jeux ? Battre le record canadien à l’épaulé-jeté (116 kg), battre son propre record à l’arraché (92 kg) et ainsi battre son propre record pour la charge totale (208 kg) chez les moins de 55 kg.

« Ma grande force, c’est la compétition, affirme Rachel Leblanc-Bazinet. J’adore performer. Autant je suis gênée dans la vie, quand je monte sur la plateforme, je suis à ma place. J’ai hâte de recommencer. »