Catriona Le May Doan, double médaillée d’or en patinage de vitesse longue piste, sera chef de mission de l’équipe canadienne aux Jeux olympiques d’hiver de Pékin, en février 2022.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Cette nuit-là, Catriona Le May Doan n’a pas dormi. L’ex-patineuse de vitesse longue piste savait que le Comité olympique canadien (COC) lui annoncerait le lendemain si elle avait obtenu le poste de chef de mission pour les Jeux d’hiver de Pékin en 2022.

Ce rôle, la double championne olympique en rêvait depuis la fin des Jeux de PyeongChang, en février 2018, où elle a occupé la nouvelle fonction de mentore principale pour l’équipe canadienne. Ce retour dans le village, après cinq expériences pour la télévision, l’avait emballée. Après quatre Jeux comme athlète, où elle a porté le drapeau canadien à deux reprises, devenir chef de mission était une façon pour elle de se sentir vraiment « accomplie ».

Malgré ce curriculum presque inégalé, elle était « nerveuse » à l’issue d’un processus de sélection où elle a dû « se vendre » auprès de « sept ou huit » représentants du COC.

La présidente du COC, Tricia Smith, et le chef des sports, Eric Myles, lui ont transmis la bonne nouvelle il y a quelques semaines.

« Quand ils m’ont dit oui, j’ai fondu en larmes », a raconté Le May Doan depuis Calgary, où elle vit depuis 32 ans.

La femme de 49 ans, qui se décrit comme une « émotive », a eu du mal à garder le secret de sa nomination, officialisée mardi matin par le COC. Elle s’est permis de le partager avec ses deux adolescents, Easton, 13 ans, et Greta, 16 ans.

Ils savaient à quel point je voulais le faire, que j’aime redonner et travailler avec des athlètes passionnés par les Jeux olympiques et le sport. Même si ça peut être difficile pour eux parce que je ne serai pas beaucoup là pendant plusieurs semaines.

Catriona Le May Doan

Aux yeux de Le May Doan, rien n’égale les Jeux olympiques. Ni les Coupes du monde ni les championnats du monde. « Il y a une force aux Jeux qui n’est pas là aux autres compétitions. »

La native de Saskatoon, pour qui c’est « toujours la maison », compte faire partager son bagage d’expérience, tant comme athlète que comme commentatrice dans les médias. Après un premier essai à Albertville en 1992, elle avait abordé ceux de Lillehammer, deux ans plus tard, avec « la pression de vouloir et de devoir gagner ». Elle était tombée au 500 mètres, sa distance fétiche.

PHOTO FOURNIE

Catriona Le May Doan montre ses trois médailles olympiques remportées à Nagano et à Salt Lake City.

« Que ce soient leurs premiers Jeux ou peut-être leurs quatrièmes, les athlètes doivent mettre les choses en perspective. On sait que le sport est imprévisible. Tout peut arriver. Je veux qu’ils puissent se préparer le mieux possible, même si en ce moment, c’est différent et difficile avec la pandémie. […] Ce qui est important pour moi, c’est que chaque jour, ils fassent de leur mieux. Peut-être pas leur meilleur, mais de leur mieux. »

Médaillée d’or au 500 m à Nagano en 1998 – où elle a aussi gagné le bronze au 1000 m – Le May Doan a répété l’exploit quatre ans plus tard à Salt Lake City. Elle est alors devenue la première Canadienne à remporter une deuxième fois la même épreuve individuelle.

Elle aura peut-être des conseils pour le skieur Mikaël Kingsbury (bosses) ou le planchiste Sébastien Toutant (grand saut), parmi d’autres, qui pourraient arriver avec cette étiquette à Pékin.

« Ce qui était le plus difficile à Salt Lake City était que les gens parlaient de statistiques – que cela n’avait jamais été réalisé, s’est souvenue la chef de mission. J’ai démontré que c’était réalisable et depuis, Alex (Bilodeau) et Rosie (MacLennan) ont réussi le coup. Oui, il y a de la pression, mais il faut que cette pression nous alimente et nous permette de mettre en valeur nos habiletés et nos capacités. »

Porte-drapeau pour la cérémonie de clôture à Nagano et d’ouverture à Salt Lake City, Le May Doan a toujours tiré profit de sa participation à ces événements. En 2018, elle avait suggéré au patineur de vitesse Alex Boisvert-Lacroix de s’y rendre, même s’il craignait la fatigue et une aggravation de ses maux de dos. Il ne l’avait pas regretté.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Catriona Le May Doan a porté le drapeau du Canada lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Salt Lake City.

« Tout ce que je peux faire, c’est de faire partager mon expérience, a-t-elle précisé. Les quatre cérémonies auxquelles je suis allée comme athlète m’ont toujours inspirée. Ça m’a donné la “réaction” des Olympiques. C’est un message très puissant, le monde entier qui se réunit. Mais je ne dirai jamais aux athlètes quoi faire. Ce sera leur décision. »

À PyeongChang, Le May Doan a pu observer de près le travail de sa prédécesseure, Isabelle Charest, dont elle s’inspirera.

« Ah oui, bien sûr. Nous nous ressemblons un peu ; elle est vraiment authentique, comme je veux l’être aussi comme chef. Elle était comme ça pendant toute sa carrière. Elle travaille fort, elle est une très bonne leader. Je l’ai vu plusieurs fois : l’attention doit être sur les athlètes. Ce sont eux qui représentent tous les citoyens de leur pays. Mais quand quelque chose doit être dit dans les médias, c’est le rôle du chef et de l’équipe de mission de prendre le stress. »

Quand on lui demande, à moitié à la blague, si elle pense se lancer ensuite en politique, comme Charest devenue ministre déléguée à l’Éducation, Le May Doan éclate de rire avant d’offrir cette réponse : « Mon attention en ce moment est d’être chef et c’est ce que je veux faire pour les 15 prochains mois. »

Depuis sa retraite en 2003, Le May Doan a poursuivi son engagement dans le sport à tous les niveaux. Elle est vice-présidente du Conseil des Jeux du Canada et membre du conseil d’administration d’Olympiques spéciaux Canada, de l’Institut canadien du sport de Calgary et de WinSport, responsable des installations de 1988. Depuis septembre 2019, elle est PDG de Sport Calgary, partenaire de 300 organismes de sport communautaire.

« Il y a vraiment une relation entre le sport communautaire, les Jeux du Canada et les Jeux olympiques et la vie des jeunes et des familles. On doit avoir des athlètes qui font du haut niveau pour inspirer les jeunes à participer, à être actifs pour la vie et aussi peut-être rêver un jour d’être dans l’équipe canadienne. »

En ce sens, la défaite par référendum d’une candidature de Calgary pour les Jeux de 2026 a été « vraiment difficile » à vivre pour Le May Doan, qui était administratrice du comité qui en faisait la promotion.

« Ça m’a inspirée à travailler encore plus fort pour faire de l’éducation auprès de la communauté. On le voit maintenant avec la pandémie : le sport, à n’importe quel niveau, doit faire partie de la solution. Le sport nous aide non seulement physiquement, mais aussi sur les plans sociaux et communautaires et pour la santé mentale. »

L’annonce récente d’une volonté politique à Vancouver de lancer un projet pour les Jeux de 2030 la réjouit. Même si certains de ses concitoyens lui ont exprimé leur déception, elle estime que la métropole albertaine en tirerait des bénéfices, ne serait-ce que pour le développement des infrastructures pour l’entraînement.

La faculté de s’adapter sera l’un des principaux défis des athlètes canadiens en prévision de la prochaine saison hivernale, a insisté Le May Doan. La quintuple médaillée d’or à des championnats du monde cite les patineurs longue piste de Calgary, qui ont dû se préparer en courte piste en raison d’un bris à l’anneau olympique. Ils rentrent d’un stage d’entraînement à Fort St John, en Colombie-Britannique, où ils ont pu pratiquer sur une piste de 400 mètres.

« Tous les athlètes doivent s’ajuster et ils le font très bien. C’est la même chose partout dans le monde. On espère ravoir une saison de compétition normale en septembre 2021. On parle avec les athlètes, ils savent que le COC et les équipes sont là pour eux. Leur santé et leur sécurité sont notre priorité. »

Les Jeux de Pékin sont prévus du 4 au 20 février 2022. La capitale chinoise deviendra alors la première ville présentatrice des Jeux d’hiver et d’été.

En français

En amont de l’entrevue, un représentant du Comité olympique canadien s’est informé des sujets à l’ordre du jour, souhaitant s’assurer, a-t-il précisé, que le français de Catriona Le May Doan soit à la hauteur. La chef de mission de Pékin 2022 a mené l’entrevue de 20 minutes de bout en bout dans sa deuxième langue, qu’elle a apprise dans un lycée français de Saskatoon. Quant au Le May de son patronyme, il n’est pas québécois, a-t-elle précisé. « Mes parents viennent d’Écosse. Tout le monde pense que Le May, c’est québécois. Mais c’est écossais depuis 400 ans, quand les huguenots sont venus de France en Écosse. »