Après presque une décennie aux mains de promoteurs étrangers, le marathon de Montréal revient aux sources. La famille Arsenault, à l’origine de sa fondation en 1979, organisera sa prochaine présentation, prévue en septembre 2021.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Échaudée par une dernière édition catastrophique en 2019, marquée par la mort d’un jeune coureur et des problèmes logistiques, la Ville de Montréal a décidé de reprendre le contrôle de l’évènement, annulé cette année en raison de la pandémie de COVID-19.

L’administration municipale en remettra les clés à l’organisation des Grands Prix cyclistes de Québec et de Montréal (GPCQM), présidée par Sébastien Arsenault, a appris La Presse.

Répondant à un appel de propositions lancé le 14 août, Événement GPCQM s’est distingué parmi sept projets d’OBNL québécois, dont le Grand défi Pierre Lavoie, le groupe Gestev et les Courses thématiques, responsables des marathons de Granby et de Longueuil.

« L’équipe des Grands Prix et la famille Arsenault ont déjà démontré leur compétence en termes d’organisation d’évènements », a souligné le conseiller associé Hadrien Parizeau, responsable des dossiers jeunesse, loisirs et sports à la Ville.

Des gens avaient déposé de très bons dossiers de candidature, mais peu avaient organisé des évènements en milieu urbain comme eux.

Hadrien Parizeau, conseiller municipal à la Ville de Montréal

Un comité de quatre personnes, provenant de deux services de la Ville, d’un arrondissement et d’une organisation externe, a étudié les propositions. Sa décision doit être soumise pour approbation à la séance du comité exécutif de mercredi prochain.

Sans viser la stature de marathons majeurs comme Boston, New York ou Chicago, M. Parizeau s’attend à ce que le nouveau promoteur redonne du lustre à une course qui a connu une période faste dans les années 1980.

« On veut que Montréal puisse avoir un marathon digne de la grosseur de la ville », a fait valoir le conseiller, lui-même marathonien.

« Il n’y a pas vraiment de raisons pour que le marathon de Toronto, par exemple, soit à ce point plus gros. Le nombre de coureurs au Québec est stable, mais il a grandi pendant des années. Le marathon de Montréal devrait attirer beaucoup de participants. L’objectif […] est de ramener un marathon où il y a énormément de gens dans la rue qui se réapproprient le domaine public. Avec un volet élite et compétitif aussi. »

Sébastien Arsenault, président du conseil d’administration des GPCQM, accepte ce « grand défi avec beaucoup de fierté ».

Son père, l’ancien présentateur Serge Arsenault, a fondé le Marathon international de Montréal en 1979, contribuant à un essor fulgurant de la discipline dans la décennie suivante. Ce dernier en a assuré l’organisation jusqu’en 1990.

PHOTO ERICK LABBÉ, ARCHIVES LE SOLEIL

Serge Arsenault, fondateur du marathon de Montréal

En 2003, Bernard Arsenault, frère de Serge, a relancé l’épreuve de 42,195 kilomètres dans le cadre du Festival de la santé, atteignant des records de participation en tenant compte de toutes les distances au programme (1, 5, 10 km et demi-marathon). Huit ans plus tard, il en a cédé les rênes au groupe américain Competitor et sa série Rock’n’Roll.

« Je croyais en nos chances », a assuré Sébastien Arsenault, qui comptera sur son père comme « ambassadeur » et sur son oncle comme conseiller.

« Il y avait du subjectif, de l’émotif, il y avait un peu de tout dans les candidatures. Il y avait de grands noms, des gens qui jouissent d’une popularité à tous les niveaux. Mais quand je regardais notre feuille de route… C’est ce qu’on fait, organiser des évènements de masse dans des métropoles. On ne s’est jamais plantés sur rien d’un point de vue organisationnel, financier, échéancier, sécurité. »

« On investit pour le long terme »

La mort de Patrick Neely près de la ligne d’arrivée du demi-marathon, en septembre 2019, a fortement ébranlé l’évènement. Le directeur de course Dominique Piché, affilié au groupe Ironman (qui avait racheté Competitor), a démissionné deux mois plus tard. Un rapport du coroner a révélé plusieurs failles ayant retardé le sauvetage du coureur de 24 ans.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Dominique Piché

« Comme administration, il est important de s’assurer que ça n’arrive pas deux fois », a insisté Hadrien Parizeau. Depuis le début du marathon, la Ville se limitait à accorder un permis d’occupation du domaine public, renouvelable sur une base annuelle. Ce contrat avec les GPCQM est une nouvelle formule.

M. Arsenault et son équipe sont déjà à pied d’œuvre pour la tenue du prochain marathon en septembre 2021, si les conditions sanitaires relatives à la crise de la COVID-19 le permettent.

« Advenant que la situation perdure, la Ville et l’Organisme devront s’entendre, est-il écrit dans le sommaire décisionnel qui doit être adopté mercredi. À cet effet, des clauses sont prévues à la convention. » M. Parizeau a précisé en entrevue que « c’est le promoteur qui prend le risque ».

Les organisateurs des marathons d’Ottawa et de Boston, programmés au printemps, ont déjà annoncé une annulation et un report.

« On investit pour le long terme », a réagi M. Arsenault, qui a dû annuler les Grands Prix cyclistes prévus en septembre dernier.

Je suis convaincu qu’avec un vaccin, quand cette maladie sera peut-être derrière nous, les gens voudront recommencer à participer à leurs évènements, à leurs sports, entourés d’autres athlètes.

Sébastien Arsenault

Le nouvel organisateur, qui s’appuie sur des permanents de longue date du marathon, compte rapidement partir à la recherche de commanditaires.

L’élaboration d’un parcours permanent, qui devra être approuvé par la Ville, est une autre priorité. Le tracé devra mettre en valeur les attraits touristiques de la métropole en vue d’une télédiffusion internationale, a déjà annoncé M. Arsenault. Un départ du pont Jacques-Cartier, abandonné en 2018, fait partie de ses souhaits.

Plan triennal

Si le contrat avec la municipalité est valide pour un an, le président des GPCQM a soumis un plan triennal : « La première année, si c’est en 2021, on va se consacrer à organiser un marathon sécuritaire où les gens auront du plaisir. L’important, ce ne sera pas d’avoir un concours de trompette ou un DJ tous les huit kilomètres. »

Des volets scolaire, féminin et sport en fauteuil roulant sont évoqués dans le sommaire décisionnel. Les courses sur les autres distances seront conservées.

Le montage financier préliminaire du marathon prévoit un budget opérationnel de 2,6 millions de dollars. Les revenus proviendraient en majorité des inscriptions, soit 1,4 million pour une projection de 18 500 participants.

La Ville maintient son soutien « maximal » de 35 000 $ et de 425 000 $ en biens et services. Sébastien Arsenault ne cache pas qu’il s’attend à ce que la Ville « réajuste le tir » à la hausse au cours des prochaines années.