En refusant le concept de la bulle, le baseball majeur a nargué la COVID-19. Erreur. Depuis, le virus multiplie les châtiments.

Alexandre Pratt
Alexandre Pratt La Presse

Les Blue Jays de Toronto ? Contraints à l’exil.

Les Cardinals de St. Louis ? Treize cas positifs.

Les Marlins de Miami ? Vingt cas positifs.

Les Phillies de Philadelphie ? J’ai perdu le compte…

Dimanche, des éclosions ont forcé le report de quatre parties. Les Mets de New York, eux, ont perdu un joueur. Littéralement. Yoenis Céspedes ne s’est jamais présenté au stade. Lorsque ses patrons l’ont retrouvé, quelques heures plus tard, il leur a annoncé qu’il en avait marre de ce cirque. Il est retourné chez lui, pour y passer le reste de l’été.

Le classement ? Divertissant. Mardi, les Marlins étaient en tête de leur division avec une fiche de 2-1. Suivis des Braves, 7-4. Des Nationals, 3-4. Des Mets, 4-7. Et des Phillies, 1-3. Pas besoin d’avoir inventé le boulier pour noter l’écart de parties jouées. Comment le baseball majeur va régler ça ? Peut-être en présentant des programmes doubles de sept manches, comme à la balle-molle. Peut-être pas. À vrai dire, on ne le sait pas. Si vous avez une idée, je vous invite à écrire au commissaire Rob Manfred, 1271, avenue des Amériques, New York. Code postal 10200.

PHOTO JOE CAMPOREALE, USA TODAY SPORTS

Les joueurs des Dodgers de Los Angeles ont célébré leur victoire, dimanche dernier. Sans masque. Sans distanciation physique.

Maintenant, ce n’est pas parce qu’on rit que c’est drôle.

L’entêtement du baseball majeur à préférer des matchs dans chaque marché plutôt que dans une bulle est déplorable. Évidemment, ça augmente le risque de contagion. Les joueurs ne sont pas confinés. Ils prennent l’avion toutes les semaines. Se déplacent d’un foyer d’éclosion à un autre. Savez-vous quoi ? Le virus voyage lui aussi. Même en première classe.

Depuis la reprise, au moins 100 joueurs ont été infectés. Plus les entraîneurs. Plus les préposés à l’entraînement. Plus les autres membres du personnel. Des cas ont été confirmés au sein de 28 des 30 équipes. Toutes proportions gardées, le virus y est beaucoup plus présent que dans le reste de la population.

Pourquoi ?

Parce que les baseballeurs sont testés plus souvent que la moyenne des ours. Entre quatre et sept fois par semaine. Les cas asymptomatiques sont donc détectés plus facilement. Mais ça n’explique pas tout.

Ces athlètes sont jeunes. Millionnaires. En santé. Fiers. Confiants. Ils se sentent invincibles. Invulnérables. Ce sont aussi des êtres grégaires, à l’aise dans un groupe depuis leurs années atome. Sur la route, ils sont toujours ensemble. Au stade. Au bar. À l’hôtel. Au centre commercial.

« Des membres de notre délégation avaient un faux sentiment de sécurité », a reconnu en conférence de presse le PDG des Marlins, Derek Jeter.

« Quelques personnes ont quitté l’hôtel. Des gars sont allés prendre un café, acheter des vêtements, un autre est allé souper chez un coéquipier. […] Les gars étaient relaxes et ont laissé tomber leur garde. Ils se tenaient en groupe. Ils ne portaient pas le masque autant qu’ils auraient dû. Ils ne pratiquaient pas la distanciation physique. »

Parmi les joueurs atteints, plusieurs ont développé des symptômes et sont toujours malades, a indiqué Jeter. Freddie Freeman, des Braves, croyait mourir le mois dernier lorsque sa température a dépassé les 104 degrés Fahrenheit. Eduardo Rodriguez, des Red Sox, souffre d’une myocardite causée par le virus. Il ne jouera plus au baseball cet été.

Malgré ce bilan lamentable, le baseball majeur refuse de réviser son plan.

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Ici, plusieurs ligues de hockey et de football ont élaboré des plans semblables à celui du baseball majeur. C’est-à-dire une saison écourtée. Pas de bulle. Des déplacements entre les régions. Des matchs dans chaque marché.

Plus par nécessité que par choix.

Une bulle, c’est efficace. Sauf que ça coûte cher. Très cher. Trop cher pour nos organisations sportives. Loger des employés dans une autre ville pendant des semaines, c’est nettement au-dessus de leurs moyens financiers.

Le gouvernement en a tenu compte. La Direction de santé publique aussi. Les deux viennent d’approuver le plan de la LHJMQ :

– 60 matchs par équipe ;

– uniquement contre des rivaux de division ;

– limite de 250 spectateurs (la ligue en souhaite davantage) ;

– pas de tests de dépistage.

Oui, vous avez bien lu. Aucun test de dépistage. Ça aussi, c’est trop cher.

C’est risqué. Au sein d’une équipe junior, la proximité entre les joueurs est très grande. Dans le vestiaire. Dans le gymnase. Sur la patinoire. Dans les longs trajets en autocar. Dans les bars, pour les majeurs. « [Et] c’est pas mal le groupe d’âge qui se soucie le moins de cette pandémie », me souligne un dirigeant d’équipe, inquiet.

La LHJMQ doit tirer des leçons du fiasco du baseball majeur. Il n’est pas trop tard pour réviser son plan. Surtout que ça risque d’être nécessaire. Les autorités sanitaires des provinces maritimes ne l’ont toujours pas approuvé.

Oubliez les tests quotidiens ou hebdomadaires, avec diagnostics rapides. C’est impensable. La LHJMQ – privée de revenus – n’en a pas les moyens.

Par contre, les clubs pourraient laisser tomber leur demande pour l’augmentation du nombre de spectateurs. Nous ne sommes juste pas rendus là. Ni ici, ni en Ontario, ni aux États-Unis.

La ligue pourrait aussi réduire le nombre de matchs. Mettons de moitié. Ça donnerait une saison d’environ 35 matchs. Une hérésie ? Non. Ce serait comparable au calendrier de la NCAA.

Moins de parties, moins de déplacements.

Moins de déplacements, moins de risques de contagion.

Sans compter les économies sur les dépenses de transport et d’hébergement.

En contrepartie, les gouvernements devraient s’engager à aider financièrement les équipes pour la prochaine année. Pas question ici d’un chèque en blanc. Plutôt d’un programme de soutien aux athlètes d’excellence, comme il en existe déjà dans le sport amateur. Avec un calendrier condensé, il y a moyen de limiter les dépenses.

L’objectif, ce n’est pas d’enrichir les propriétaires. Ni même de rémunérer les joueurs. C’est d’assurer la survie de la LHJMQ. Et d’y parvenir en réduisant le plus possible les risques pour les joueurs et ceux qui les entourent.