Sur son lit d’hôpital, Bryan Marsh arbore une tuque grise des Championnats du Québec de voile. Il est en train de parcourir une édition de Voile magazine tandis que des électrodes enregistrent les signaux émis par son cœur.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

Quelques jours après avoir subi une crise cardiaque, le 31 décembre 2018, le natif de New Richmond, en Gaspésie, échafaude un plan. Pourquoi ne pas réaliser ce vieux rêve de traverser l’Atlantique sur son embarcation de 28 pieds ?

Le nom est tout trouvé : W le petit bateau bleu au cœur fringant. W comme Whisper, un diminutif pour faire « plus simple et plus marketing ». La suite se passe de trop longues explications. « J’ai un plus petit bateau que la normale pour le faire et il est bleu. Mon cœur est fringant, c’est-à-dire réparé, après avoir fait une crise cardiaque. »

PHOTO FOURNIE PAR BRYAN MARSH

Bryan Marsh lors de son hospitalisation

Retour en arrière à la fin de l’année 2018. Bryan Marsh passe la soirée en famille, en Gaspésie, quand la douleur frappe. Elle est soudaine et terrible. Aucun antécédent familial ou problème de santé préalable ne la laissaient présager. Peut-être le stress, lance-t-il.

« Je pèse 160 livres, je pensais qu’une crise cardiaque, c’était pour les autres. Je ne pensais pas que ça allait m’arriver. Je suis allé à l’hôpital de Maria, où j’ai passé sept jours en soins intensifs avant que l’on m’envoie, en avion-ambulance, à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ) pour me faire opérer. »

Alité, Bryan Marsh s’abreuve de voile, sa grande passion. L’appel de la mer coule dans la veine de la famille ; de son frère aventurier à son garçon qui deviendra bientôt capitaine de cargo à l’international. Lui-même a rapidement été un adepte de planche à voile avant de posséder son premier voilier après l’université. « Un Tanzer de 25 pieds », précise-t-il. Il a vogué dans le golfe du Saint-Laurent, dans le fleuve ou la rivière Saguenay. Après le 31 décembre, il décide de voir plus loin et de finalement réaliser ce rêve jugé « inaccessible » auparavant.

En tant qu’ambassadeur de la Fondation IUCPQ, il espère recueillir 100 000 $ afin de permettre l’achat d’équipement spécialisé en cardiologie.

Avant ma crise cardiaque, je n’avais pas la personnalité pour penser aux autres. Du jour au lendemain, elle m’a rendu beaucoup plus sensible aux autres. Je n’ai pas la personnalité pour être bénévole dans un hôpital, mais par mes compétences [marines], je peux donner au suivant.

Bryan Marsh

Le quinquagénaire n’a gardé aucune séquelle de sa crise cardiaque. Sur le plan physique, il a reçu la bénédiction de l’Institut pour se lancer dans ce projet à partir du 1er octobre 2020.

Une épreuve en solitaire… parfois

Sur une période de 20 mois, Bryan Marsh voguera sur plus de 10 000 milles nautiques. Après un départ de Québec, il verra la Floride (États-Unis), les Bahamas, les Bermudes, les Açores (Portugal), les îles Canaries (Espagne), le Cap-Vert et les Antilles avant un retour à la maison.

Il se voit déjà sur l’île de Flores, aux Açores, en train de réaliser un rêve en couleurs. « Tous les grands marins du monde ont peinturé le nom de leur bateau sur le quai. Pour un marin nord-américain, c’est un fantasme. Je veux faire ça dans ma vie et écrire le nom de mon bateau. »

PHOTO FOURNIE PAR BRYAN MARSH

Bryan Marsh à la barre

Pour les étapes de navigation jugées plus faciles, il souhaite être accompagné de personnes significatives, dont son garçon. Il se réserve cependant les plus longues d’entre elles comme un moment à vivre en solitaire.

Les deux vraies traversées, qui vont prendre en moyenne 20-25 jours, je tiens à les faire seul. C’est un vrai défi personnel. Ça veut dire que si quelqu’un est capable de faire ça, ça peut donner beaucoup d’espoir aux gens de faire autre chose.

Bryan Marsh

La solitude est, cela dit, l’une des craintes qui peuvent accompagner un tel défi. Sa préparation est d’ailleurs plus psychologique qu’autre chose. Sur le plan de la traversée, par contre, il n’a pas de réelles craintes malgré les dimensions du voilier.

« Il possède tous les équipements de 2020. Je serai équipé comme un bateau professionnel. Ça flashe, oui, de dire qu’on traverse l’Atlantique, mais le degré de risque par rapport à 20 ou 25 ans est incomparable maintenant. On a des prévisions météo beaucoup plus fiables et plus longues. Il y a des équipements qui nous permettent de voir les autres bateaux et d’être vu. La sécurité est augmentée. »

L’été et le tout début de l’automne seront fort occupés. D’ici au départ, entouré d’un groupe d’amis, il doit continuer à équiper son bateau et faire connaître son aventure. Et le 1er octobre, de la marina du Vieux-Port de Québec, il réalisera un rêve qui lui tenait tant à cœur. Un cœur fringant sur un petit bateau bleu.