(Montréal) D’une petite plage de galets, Amélie Kretz se jette dans l’eau claire. Non, la triathlonienne olympique ne s’est pas entraînée dans la mer Méditerranée mercredi matin, mais bien ici, dans le fleuve Saint-Laurent, dans l’ouest de Montréal.

Émilie Bilodeau Émilie Bilodeau
La Presse

François Roy François Roy
La Presse

C’est sa partenaire d’entraînement, Élisabeth Boutin, qui lui a donné envie de nager dans le fleuve. Son amie habite à Lachine, à quelques minutes du bord de l’eau, et s’y entraîne depuis trois étés avec son père, qui la suit toujours en kayak. Dans cet arrondissement, un grand parc et une piste cyclable longent le fleuve. Les bateaux naviguent loin du rivage.

Amélie Kretz, qui a terminé 34e aux Jeux de Rio, appréhende un peu les courants. Mais la qualité de l’eau, ça, elle ne s’en inquiète pas du tout.

« Dans nos courses, l’eau est parfois limite. On a nagé dans une rivière à Nottingham, en Grande-Bretagne, et beaucoup d’athlètes ont été malades le lendemain. Les organisateurs ont décidé d’annuler la nage l’année suivante », affirme celle qui espère se classer pour les Jeux de Tokyo, reportés à l’été prochain.

Le triathlon de Montréal a quand même lieu depuis quelques années, et ils disent toujours que la qualité de l’eau est super bonne. Je leur fais confiance.

Amélie Kretz, en parlant de la qualité de l’eau du fleuve Saint-Laurent

Amélie Kretz côtoie les meilleurs triathloniens du monde. Lorsque ceux-ci visitent Montréal pour le Triathlon mondial Groupe Copley, l’une des étapes de la Série mondiale ITU, ils sont impressionnés par la facilité qu’ils ont à s’entraîner dans une aussi grande ville, raconte l’athlète originaire de Sainte-Thérèse.

L’entraîneur d’Amélie Kretz, Alex Sereno, abonde dans le même sens. « On n’a pas tendance à penser qu’un centre urbain comme Montréal est propice au triathlon. Mais c’est le contraire. Le parc Jean-Drapeau est un endroit hallucinant pour s’entraîner. Il y a la piscine, les bassins, tu peux faire du vélo, courir, et c’est super sécuritaire. » Et il y a le fleuve Saint-Laurent.

Curieux nageurs

Mercredi, M. Sereno a demandé à ses trois athlètes d’effectuer des jeux de fréquence en changeant la vitesse de leurs battements de bras et de jambes. Le trio et l’entraîneur, sur son kayak, ont longé la rive jusqu’à Dorval. À cause du courant, l’aller a pris 38 minutes ; le retour seulement 22.

Souvent, des spectateurs se sont arrêtés pour photographier ou filmer les trois athlètes, que l’on voyait arriver de loin, avec leur casque vert, bleu et rose fluo.

« On était comme une attraction touristique », a lancé à la blague le nageur Zed Roy à sa sortie de l’eau.

Amélie Kretz admet avoir été surprise lorsque son amie Élisabeth Boutin, qui connaît les secrets des lieux, l’a dépassée dans l’eau comme si de rien n’était. Zed Roy et elle forçaient contre les courants.

« En compétition, on nage parfois à des endroits où il y a du courant, explique Amélie Kretz, 27 ans. C’est le cas à Montréal quand on s’éloigne du bord. »

Quand on se fait déporter, il faut être capable de lire le courant pour bien s’aligner sur les bouées. Il faut aussi savoir lire les vagues et les marées quand on nage en mer.

Amélie Kretz

Puisque les piscines ont été fermées une partie du printemps, les athlètes d’Alex Sereno se sont rapidement tournés vers les entraînements en eau libre. Le coach est sûr que ses nombreux entraînements seront bénéfiques.

« Dans une saison régulière, on est souvent en voyage, on a des courses et on fait beaucoup de piscines. Des entraînements en eau libre, on en voudrait plus. Aujourd’hui, on a pu en profiter. »

Engouement pour la nage en eau libre

Le nombre d’inscriptions aux courses en eau libre a doublé en cinq ans, selon la Fédération de natation du Québec (FNQ). Ce sont près de 4000 personnes qui ont participé à des compétitions en lac ou en rivière, en 2019. Avec la pandémie, beaucoup qui n’ont pas accès à une piscine se sont aussi mis à s’intéresser à la nage en eau libre, affirme Isabelle Ducharme, directrice générale de la FNQ. Ce nouvel engouement préoccupe d’ailleurs la Fédération. « En eau libre, les nageurs ont moins les notions des distances. Faire un 1 km dans un lac, ce n’est pas comme traverser 40 fois une piscine de 25 m. Les notions de sécurité sont vraiment importantes, surtout quand on ne touche pas le fond. » Mme Ducharme déconseille d’ailleurs aux nageurs, même expérimentés, de s’aventurer seuls dans le fleuve Saint-Laurent. Elle recommande plutôt les cours d’eau où la baignade est encadrée.

Et la qualité de l’eau ?

Amélie Kretz a été surprise par la clarté de l’eau entre Lachine et Dorval. « On voit bien le fond », dit-elle. Le Réseau de suivi du milieu aquatique effectue des tests de qualité de l’eau à une centaine d’endroits autour de l’île de Montréal, chaque semaine. L’eau où les trois athlètes se sont entraînés, mercredi, était considérée comme « excellente ». Les tests visent à détecter la présence de coliformes fécaux dans l’eau. Un délai de 24 à 36 heures est toutefois nécessaire pour analyser les échantillons. « Si vous prévoyez pratiquer une activité récréative deux jours après l’analyse, sachez que la qualité de l’eau pourrait avoir changé. En effet, le nombre de bactéries augmente généralement par temps de pluie », prévient la Ville de Montréal.