Nombre d’acteurs du monde du sport ont été surpris par la vitesse et l’ampleur des annonces de réouverture des arénas, gymnases et piscines, mercredi. Mais après avoir été en arrêt forcé pendant trois mois, qui s’en plaindra ?

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Prenez Karl Gélinas, copropriétaire du Gym Le Chalet, à Québec. « C’est un soulagement. On pensait que ça allait être en juillet, même à la mi-juillet. Savoir que c’est le 22 juin, pour nos prévisions de budget, c’est positif », explique M. Gélinas, également lanceur des Capitales de Québec.

Chez Haltères & Go, Serge Poirier était prêt depuis longtemps. Il a profité des semaines de fermeture pour revoir la configuration de son centre d’entraînement de Rosemont–La Petite-Patrie. La sortie d’urgence deviendra une sortie en bonne et due forme, afin d’éviter que les clients qui entrent et sortent ne se croisent. « J’ai déplacé mes machines pour respecter les deux mètres. J’ai mis des lignes au sol », ajoute-t-il.

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Chez Haltères & Go, la sortie d’urgence deviendra une sortie en bonne et due forme, afin d’éviter que les clients qui entrent et sortent ne se croisent. Le propriétaire, Serge Poirier a profité des semaines de fermeture pour revoir la configuration de son centre d’entraînement de Rosemont–La Petite-Patrie.

Maintenant, la course contre la montre commence afin de régler les derniers détails. « Toutes les 15 minutes, j’aurai cinq ou six personnes à la fois qui rentreront. Mais je dois régler mon système de prise de rendez-vous, et pour ça, il faut que je sache combien de clients à la fois j’aurai le droit d’accueillir ! », nous expliquait-il au moment de l’entrevue.

Dans la partie anglaise de son point de presse, la ministre déléguée à l’Éducation, responsable du Loisir et du Sport ainsi que de la Condition féminine, Isabelle Charest, a indiqué que la règle des 50 personnes s’appliquerait aux installations sportives.

Mais qu’importe ces détails, Serge Poirier est lui aussi soulagé. « Le temps jouait contre nous. Chaque jour fermé, ce sont des coûts supplémentaires », rappelle-t-il.

À Hockey Québec, la surprise a été de taille, car on a aussi annoncé que les matchs de sports collectifs étaient permis. Il y a deux semaines, Hockey Québec avait dévoilé un plan de retour au jeu qui prévoyait six étapes, des entraînements en plein air (phase 1) à des matchs entre équipes complètes (phase 6).

« Ç’a été une surprise. Mais on était prêts parce qu’on avait le plan », avance Paul Ménard, directeur général de Hockey Québec.

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Le directeur de Hockey Québec, Paul Ménard

« Avec les annonces, on saute de la phase 2 à la phase 5. On va quand même envoyer les différentes phases aux associations. Si elles veulent tenir un camp ou une école de hockey, les phases 2 et 3 entrent là-dedans. »

Encore faut-il que les arénas soient prêts. « Pour les ligues de garage, on essaie encore de savoir ce qu’on pourra faire. Mais pour les écoles de hockey, il n’y aura pas de problème », affirme Luc Toupin, directeur de l’Association québécoise des arénas et des installations récréatives et sportives (AQAIRS).

Plusieurs arénas privés devraient être ouverts, croit M. Toupin. Et les arénas municipaux ?

« Toutes les grandes villes devraient pouvoir rouvrir une ou deux glaces pour le 29. Ça prend environ deux semaines pour refaire une patinoire et là, c’est la canicule. Au début de juillet, on sera en situation normale d’été. Ensuite, la majorité des arénas dans de petits milieux vont rouvrir à la mi-août, comme en temps normal. »

Chez Soccer Québec, les courts délais semblent aussi avoir causé quelques ennuis, même si on dit se « réjouir » de l’annonce.

« Plusieurs clubs ne seront pas en mesure d’offrir des matchs dès le 22 juin, écrit Soccer Québec dans un communiqué. Le délai étant très rapide, il faudra donner le temps aux différentes municipalités de préparer les terrains et donner la chance aux clubs qui sont toujours en période d’inscriptions de former les équipes, distribuer le matériel dont les uniformes que, dans certains cas, les clubs n’ont pas encore reçus, les magasins ou entreprises fournisseurs ayant été fermés depuis la mi-mars. »

Pression populaire ?

L’annonce officielle de cette nouvelle étape du déconfinement survient 24 heures après qu’un centre d’entraînement bien connu dans la capitale nationale, le Méga Fitness Gym de Québec, a défié l’interdit du gouvernement Legault et rouvert ses portes mardi matin.

Le DHoracia Arruda, directeur national de santé publique, s’est défendu d’avoir répondu à la pression populaire en autorisant les réouvertures massives.

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Le Dr Horacio Arruda durant le point de presse de mercredi

« On est à l’écoute de ce que les gens expriment, on essaie de comprendre la rationnelle. Mais je ne vis pas sous pression, sous menace, ni du gouvernement ni d’un groupe qui, parce qu’il crie plus… Si je pense profondément que cette activité-là n’est pas rendue là ou que, par rapport à d’autres, il y en a d’autres à ouvrir avant, bien, c’est une réflexion qui n’est pas faite tout seul, qui est faite aussi avec les entreprises », a répondu le DArruda en point de presse.

Des pertes à récupérer

Les annonces de mercredi étaient aussi une bonne nouvelle pour la Fédération de natation du Québec. « On est super contents ! », lance Isabelle Ducharme, directrice générale.

Cela dit, le milieu de la natation n’est pas sorti du bois. « Les clubs organisent des entraînements, mais c’est avec les compétitions qu’ils vont chercher l’argent qui sert à payer les entraîneurs. En ce moment, on ne peut pas faire de compétitions, donc il n’y a pas de frais d’inscription qui rentrent. Sans ces frais, un club n’est pas viable. Les clubs vont survivre, mais vont-ils refiler la facture aux parents ? Les villes vont-elles charger plus cher ? Mais on est quand même plus avancés qu’il y a deux semaines ! »

La viabilité économique sera justement la prochaine bataille, une réalité qui sera surtout difficile pour les grands centres qui fonctionnent avec un fort volume, croient nos intervenants.

« On a trois mois à rattraper et on arrive dans une saison plus tranquille », rappelle Mathieu Dumontet, porte-parole de la Coalition des studios d’entraînement privés du Québec, qui dit représenter plus de 120 centres.

Par contre, les clients ont hâte de revenir. Nos membres habituels feront la file. Mais il y a aussi des gens qui sont inquiets, des clients veulent voir comment ça va se passer, qui s’occupent de leurs parents et qui ne veulent pas les mettre à risque.

Mathieu Dumontet, porte-parole de la Coalition des studios d’entraînement privés du Québec

Serge Poirier, d’Haltères & Go, estime à 1200 $ ses coûts mensuels pour respecter les normes sanitaires (savon, désinfectant). Il dit aussi avoir investi 4000 $ en affiches et autres éléments signalétiques. Bref, une hausse des frais pour les clients lui semble inévitable.

Même son de cloche de Karl Gélinas, du Gym Le Chalet. « Partout ailleurs, les coûts des services sont ajustés à la hausse, les barbiers et salons de coiffure, par exemple. Ce qui est plate, c’est que ça tombe au moment où les revenus de plusieurs personnes sont affectés. C’est notre gros questionnement. Il faudra faire les calculs. »

– Avec Ariane Krol, La Presse

Playball !

L’autorisation des matchs fait en sorte que Baseball Québec peut franchir une étape de plus dans son plan en sept « manches » pour un retour au jeu. Sur Twitter, l’organisme a publié une infographie mise à jour signifiant que les matchs préparatoires seront possibles à compter du 22 juin. Baseball Québec prévoit que les matchs de saison pourront commencer le 4 juillet.