(Montréal) Cinquante personnes assises dans un autobus pour un périple de centaines de kilomètres vers une chambre d’hôtel aux États-Unis où pourraient loger deux, trois ou quatre d’entre elles pendant une nuit en prévision d’un rassemblement de 50 000, 60 000 ou même 70 000 spectateurs dans une enceinte sportive. Réalisable ? Aujourd’hui, certainement pas. En septembre ou quelque part en octobre, peut-être, souhaitent de tout cœur un certain nombre de Québécois.

Michel Lamarche
La Presse canadienne

Éric Grenier et Sébastien Julien sont de ceux-là. Les deux hommes d’affaires de Québec gardent espoir de permettre à de fervents amateurs de football de concrétiser cet objectif entre le 13 septembre et le 3 janvier grâce à Rêve sportif, qui organise de nombreuses sorties pour voir du hockey, baseball, football et basketball.

Grenier le souhaite d’abord pour ses clients, pour qu’ils se défoulent et se détachent des tracas de la vie quotidienne pendant une fin de semaine. Mais aussi, bien évidemment, pour son bien-être et celui de son partenaire d’affaires, car l’entreprise qu’ils ont fondée en 2006 n’est pas un simple à-côté, mais leur gagne-pain auquel ils consacrent 50 heures par semaine, estime-t-il.

Ils gardent espoir malgré la pandémie de la COVID-19 qui a charcuté les calendriers de quatre des cinq grandes ligues professionnelles en Amérique du Nord. Pour l’instant, la NFL est l’exception à la règle.

La pandémie a aussi forcé l’annulation ou le report de prestigieuses manifestations sportives partout sur la planète et laisse encore planer de sérieux doutes sur la tenue d’évènements sportifs en présence de spectateurs lors des mois à venir. Si jamais ils ont lieu.

« Nous sommes réalistes. Nous savons qu’il est possible qu’il n’y ait pas de spectateurs, qu’il n’y ait pas de matchs, que ça soit repoussé. Mais quand ça va repartir, nous serons là, c’est sûr et certain. Ce sera un plaisir d’être présents au premier match avec spectateurs, peu importe le sport », lance Grenier.

La trêve des activités de la NBA, le 11 mars, de la LNH, le lendemain, ainsi que le report du calendrier du Baseball majeur à une date indéterminée ont forcé les deux hommes à annuler 11 voyages prévus entre la mi-mars et le début de juillet et à rembourser tous leurs clients. Ce processus s’est complété sans problème, assure Grenier, dont l’entreprise n’a pas de frais fixes imposants à assumer, note-t-il.

Pour l’instant, six voyages de baseball demeurent au calendrier, entre le 24 juillet et le 7 septembre. Le programme inclut des duels entre les Red Sox de Boston et les Yankees de New York, dans chacune des deux villes, et un périple qui doit combiner des escales à Pittsburgh, Cleveland et Detroit, du 31 juillet au 2 août auquel se sont engagées 85 personnes, selon les chiffres fournis par l’entreprise.

Grenier est bien conscient de la fragilité de ces voyages, dans un contexte où le Baseball majeur n’est toujours pas en mesure d’annoncer à quoi ressemblera la saison 2020, si jamais elle va de l’avant. Cela ne l’a pas dissuadé d’offrir à compter du 14 mai un calendrier, qu’il qualifie de conservateur, de 25 voyages de football.

C’est moins que par le passé et ce calendrier n’inclut aucun déplacement aérien ni la possibilité de combiner un match de football avec du baseball, du hockey ou du basketball, comme c’est souvent le cas.

Le calendrier de voyages de football prévoit plusieurs mesures visant à atténuer les risques pour les clients. Ainsi, au moins deux semaines à l’avance, chaque voyage sera remboursé à 100 % si jamais le match n’a pas lieu, s’il se joue en l’absence de spectateurs, si la frontière demeure fermée et que ce n’est pas sécuritaire de voyager, indique le site internet de l’entreprise.

Si un match est reporté à une date ultérieure et que des spectateurs y sont admis, le client pourra déplacer son voyage à cette date ou se faire rembourser. L’entreprise suggère aussi à ses clients de n’effectuer que le dépôt initial de 200 $.

Toute directive gouvernementale de quarantaine obligatoire au retour d’un périple aux États-Unis entraînerait l’annulation du voyage, précise Grenier.

Sans s’envoler aussi rapidement que par les années passées – les matchs de la NFL représentent de loin l’activité la plus populaire et lucrative de l’entreprise –, plusieurs des voyages proposés ont vite trouvé preneurs cette année.

En date de dimanche, selon Grenier, l’entreprise avait vendu environ 500 forfaits. En temps normal, dit-il, il peut s’écouler autour de 1000 forfaits lors de la première journée seulement.

« Pour la première fois depuis cinq ou 10 ans, nous n’avions aucune idée de ce qu’il allait se passer la première journée. Je me suis présenté au bureau avec mon collègue, et finalement autour de 300 forfaits ont été vendus le jour 1 », raconte Grenier, loin d’être désenchanté de ce résultat.

Sans l’affirmer hors de tout doute, Grenier pense que la NFL pourrait être la première ligue en Amérique du Nord à accueillir des spectateurs dans ses stades bien que pas nécessairement à la mi-septembre, concède-t-il.

Toutefois, si le pire des scénarios devait se concrétiser, Grenier est persuadé que son entreprise surmontera cet épisode hors du commun.

« Nous ne sommes pas du genre à rester les bras croisés. Nous travaillons sur un autre projet présentement. Nous avons des rencontres qui sont assez avancées. Nous avons d’autres projets en tête. On va juste mettre Rêve sportif sur la glace jusqu’à ce que la tempête passe et on va revenir en force en 2021. »