(Montréal) La relance de la pratique des sports individuels a permis aux personnes les plus actives de se délier les jambes au cours de la dernière semaine. Sylvain Guimond, docteur en psychologie du sport, espère toutefois que les sports d’équipe pourront reprendre bientôt, pour le bien du développement des jeunes.

Alexis Bélanger-Champagne
La Presse canadienne

Si les quelques mois de confinement peuvent paraître très courts sur la durée d’une vie, ils représentent une portion beaucoup plus importante pour les adolescents, qui sont en plein développement.

« C’est une période très courte au niveau de l’apprentissage, du développement, de l’individualisation, a mentionné Guimond, lors d’un entretien avec La Presse canadienne. C’est un développement qui se fait sur quelques années. Si (les mesures interdisant les sports d’équipe) devaient se prolonger un an ou deux, elles pourraient influencer le développement de ces jeunes-là.

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Des fillettes jouant au soccer mineur dans un tournoi 3 contre 3.

« Les jeunes qui pratiquent des sports d’équipe ont besoin de collaborer ensemble contre une opposition. Ça développe leur personnalité […] leur estime de soi. Ils le font en ayant des contacts avec d’autres personnes, en se mesurant, se comparant à travers l’identité des autres. Et pour les jeunes athlètes avec des objectifs, des buts, ils ont un besoin fondamental de se dépasser. S’ils ont un manque à ce niveau-là, plusieurs peuvent sombrer dans la déprime ou développer d’autres problèmes. »

L’avenir à court terme des sports d’équipe n’est toujours pas connu. L’annonce du gouvernement québécois, le 13 mai dernier, touchait seulement la relance des sports individuels.

Et alors que certains circuits professionnels nord-américains ont permis la reprise des entraînements sur une base individuelle, l’incertitude demeure au niveau du sport mineur et amateur.

« L’impact (du confinement) est plus grand sur les sportifs, soutient M. Guimond. Il y a un impact pour ceux qui pratiquent du sport de manière récréative, mais il y a aussi une grande partie de nos jeunes qui sont dans des programmes sports-études. Pour ceux qui jouent au hockey au niveau Midget AAA ou junior majeur, ils ont une fenêtre d’opportunité pour vivre leur rêve. Pour eux, l’impact est encore plus grand. »

M. Guimond croit que ces jeunes peuvent ressentir un sentiment de détresse et de perte de contrôle — des émotions que des athlètes professionnels peuvent aussi avoir ressenties au cours du confinement.

Combattre les ondes négatives

Il y a plusieurs moyens pour éviter de sombrer dans les pensées négatives causées par l’isolement et l’ennui en attendant la reprise des sports d’équipe.

M. Guimond a d’abord recommandé d’éviter de suivre les nouvelles en continu à la télé, la radio ou sur les réseaux sociaux. « Une fois oui, mais pas en boucle », a-t-il dit. Il est aussi important de garder contact avec ses coéquipiers grâce aux outils technologiques pour parler de ses sentiments. Il est aussi bon de continuer à bouger pour garder la forme physique et mentale.

« Vous n’avez pas besoin de tellement d’équipement pour faire de l’activité physique, a-t-il rappelé. Je conseille de consulter un kinésiologue pour développer un programme sans équipement de haut niveau. »

M. Guimond a aussi recommandé de faire des exercices de visualisation et de faire attention à son langage interne.

« Il faut développer de bonnes habitudes, garder espoir pour demain, sentir que nous sommes près du retour », a-t-il conclu.