La Ligue nationale de hockey veut désespérément poursuivre sa saison. Sa nouvelle idée, relayée par Sportsnet : présenter toutes les parties restantes au milieu de nulle part. Là où même le virus passe tout droit.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

À Grand Forks, au Dakota du Nord.

Pourquoi là ? Parce qu’avec seulement cinq diagnostics positifs de COVID-19, Grand Forks est l’un des endroits les plus épargnés par la pandémie. L’aréna local est aussi l’un des plus beaux au pays. Ceci explique cela.

Qu’est-ce que ça impliquerait ?

D’abord, la réouverture des frontières des États-Unis. Puis le déplacement, l’hébergement, la mise en confinement et le dépistage quasi quotidien de 40 joueurs, entraîneurs, soigneurs, commentateurs et autres employés pour chaque équipe. Multiplié 31 fois. Donc plus de 1240 personnes. Auxquelles il faut ajouter les arbitres, les juges de ligne, les officiels, les chauffeurs de Zamboni. Puis souhaiter qu’il n’y ait aucune éclosion pendant au moins six à huit semaines, dans une ville de la taille de Rimouski.

Vous y croyez toujours ?

Moi non plus.

Ce sera difficile pour les ligues de reprendre leurs activités cet été. Par contre, d’autres fédérations — avec des structures plus légères — pourraient s’en tirer avec des compétitions uniques. Vous allez me dire qu’en période de crise, c’est frivole, inutile, superficiel. Peut-être. Je vois ça autrement.

Le sport peut devenir un allié de la santé publique. Ses vertus sur la psyché collective ont été prouvées maintes fois par la science. Mais soyons encore plus pragmatiques. Si un évènement permet de rassembler des centaines de milliers de personnes devant leur téléviseur pendant quelques heures, ce sera déjà une contribution substantielle à la campagne #restezchezvous.

Pour y parvenir, ça prend des conditions gagnantes.

1— Pas de spectateurs ;

2— Pas de déplacements transfrontaliers ;

3— Un très petit nombre d’athlètes ;

4— Une distance de deux mètres entre les athlètes ;

5— Des tests de dépistage chaque jour de la compétition, avec des résultats rapides.

Voici quatre suggestions de compétitions qui respecteraient tous ces critères.

Une Coupe Rogers toute canadienne

PHOTO MARK BLINCH, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Eugenie Bouchard et Bianca Andreescu

Denis Shapovalov, Milos Raonic, Vasek Pospisil et Félix Auger-Aliassime s’affrontent dans un tournoi à la ronde. Au terme des six matchs, les deux meilleurs se retrouvent en finale. Même format chez les femmes, avec Bianca Andreescu, Leylah Annie Fernandez et deux joueuses parmi Katherine Sebov, Françoise Abanda et Eugenie Bouchard.

Donc huit personnes en confinement. Plus un arbitre. Pas besoin des juges de ligne. La technologie Hawk-Eye a prouvé dans les tournois Next Gen qu’elle pouvait les remplacer. Ajoutons des physiothérapeutes, des entraîneurs, deux coureurs de balles et quelques caméramans isolés dans les hauteurs du stade IGA. Les conférences de presse ? Par vidéoconférence. Succès garanti !

Le choc Brown-De Grasse

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Andre De Grasse (au centre) et Aaron Brown (à droite)

Aux Jeux olympiques d’Atlanta, en 1996, Donovan Bailey a battu le record du monde au 100 m avec un chrono de 9,84 s. Michael Johnson, lui, a couru le 200 m en 19,32. Et si on divise son temps en deux, ça fait une moyenne de 9,66 par tranche de 100 m. Ce qui a suscité un débat : qui est vraiment l’homme le plus rapide au monde ?

On a eu la réponse l’été suivant. Les deux coureurs se sont affrontés sur une distance de 150 m, devant 30 000 spectateurs à Toronto. Un gigaévènement. Michael Johnson, blessé à un quadriceps, avait été contraint à l’abandon. Donovan Bailey avait été sacré champion.

Adaptons la recette au goût du jour. Le Canada compte deux des meilleurs sprinteurs au monde. Aaron Brown et Andre De Grasse. Les deux excellent autant sur 100 m que sur 200 m. Aux Championnats nationaux d’athlétisme de Montréal, en juillet dernier, Brown avait devancé De Grasse au 100 m par trois millièmes de seconde. Même pas un clin d’œil.

Je propose une revanche en trois actes. Sans spectateur. Sans flafla. Une piste, les deux coureurs, l’officiel au départ et des caméramans.

Le vendredi soir : un duel sur 100 m.

Le samedi soir : une course de 150 m.

Le dimanche après-midi : une finale sur 200 m.

On additionne les trois chronos, comme au bobsleigh. Celui qui termine les 450 mètres le plus rapidement est sacré meilleur coureur canadien. Tout simplement.

Un Tour de France sur des rouleaux

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER @LAFLAMMEROUGE16

Le Belge Greg Van Avermaet… dans sa version virtuelle !

Tous les grands évènements sportifs de l’été sont annulés. Tous ? Non. Le Tour de France résiste toujours. Et c’est un peu de la folie. Les organisateurs devront sécuriser les 3470 km du parcours. Réduire la promiscuité au sein de la caravane. Veiller à la sécurité d’athlètes qui roulent en peloton. Rapatrier des coureurs répartis dans une trentaine de pays, alors que les frontières sont fermées et que des États interdisent la pratique du vélo sur route. Gros défi logistique.

La solution ? Elle est peut-être virtuelle. La fin de semaine dernière, 13 coureurs ont pris part au Tour des Flandres… sur des rouleaux ! Chacun était sur son vélo, à la maison, connecté à la plateforme Bkool, qui reproduisait fidèlement les côtes et les terrains plats.

C’est Greg Van Avermaet — vainqueur à Montréal en septembre dernier — qui l’a emporté en solitaire. La course, retransmise en direct sur la chaîne publique flamande, a été regardée par plus de 600 000 spectateurs. Une audience intéressante pour une région de 6,5 millions d’habitants.

Mickelson-Woods, la revanche

PHOTO KYLE TERADA, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Phil Mickelson et Tiger Woods en novembre 2018

La PGA vise une reprise de ses activités en juin. Une proposition réaliste. Les golfeurs peuvent facilement maintenir une distance de deux mètres entre eux et ne partager aucun équipement. Le problème : son très grand nombre de joueurs, d’un très grand nombre de pays différents.

Comment réduire les risques ? En invitant seulement deux joueurs.

Tiger Woods et Phil Mickelson.

Les deux ne sont même pas dans le top 10 mondial ? Pas grave. Ce sont eux que je veux voir s’affronter. Exactement comme en 2018. Le premier duel s’était terminé par une victoire de Mickelson au 22e trou. Une revanche est dans les cartons, a indiqué Mickelson la semaine dernière. « Je ne [vous] taquine pas. J’en suis pas mal certain », a-t-il répondu à un utilisateur sur Twitter. Intrigant.

À suivre !

APPEL À TOUS
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apratt@lapresse.ca