Votre penderie est encombrée de boîtes de cartes de hockey des années 90 ? Vous planifiez financer votre retraite en vendant vos Pro Set de Gilbert Dionne et Pat Falloon ? J’ai deux mots pour vous.

Alexandre Pratt
Alexandre Pratt La Presse

Bonne chance.

Je connais une seule personne qui fait de l’argent avec ces cartes produites à plus de 1 million d’exemplaires. Il s’appelle Tim Carroll. Il a 41 ans et habite en Caroline du Sud.

Son secret ? Il les découpe.

Vous avez bien lu. Il les découpe. Ça lui rapporte plusieurs dizaines de milliers de dollars par année. C’est contre-intuitif. D’habitude, plus les cartes sont en bon état, plus elles valent cher. Sauf que Tim Carroll ne les collectionne pas. Il n’en fait pas la vente non plus.

Il les transforme en œuvres d’art.

PHOTO FOURNIE PAR TIM CARROLL

Tim Carroll est un ancien enseignant qui a quitté son emploi en 2016 pour se consacrer à temps plein à son art : il découpe des cartes sportives pour créer des œuvres originales ou recréer des cartes à grande échelle.

Ses tableaux sont créés à partir de retailles de cartes sportives. Un travail minutieux. Entre 70 et 200 heures par pièce. Les collectionneurs paient des milliers de dollars pour les acquérir. Vous êtes intéressés ? Prenez un numéro. Le carnet de commandes est déjà complet pour les deux prochaines années.

Comment Tim Carroll a-t-il eu cette idée ?

« Tout ça a commencé par hasard en 2009, lors d’un voyage avec ma femme à La Nouvelle-Orléans. Nous avons visité des galeries. Il y avait du bodypainting, des trucs en alligator, du vaudou. Vraiment de tout. C’était fascinant. »

« Sur le chemin du retour, il y a eu un gros orage. Nous nous sommes arrêtés dans une station-service. J’ai acheté un magazine. Il y avait un article sur le 100e anniversaire de la carte de baseball T206 de Honus Wagner. Elle vaut 3 millions. J’ai regardé ma femme et lui ai dit : “Ce serait cool si je pouvais échanger toutes les cartes de mon adolescence contre une seule carte de Wagner.” Mais évidemment, ça ne fonctionne pas comme ça. »

PHOTO FOURNIE PAR TIM CARROLL

La carte d’Honus Wagner illustrée par Tim Carroll

De retour à la maison, Tim Carroll a poursuivi sa réflexion. Les galeries d’art. Les alligators. Honus Wagner. Quoi tirer de tout ça ? C’est là qu’il a eu l’idée. Créer un tableau de la T206 de Wagner à partir de ses cartes des années 90. Sans aucune véritable expérience artistique préalable.

« Je suis allé dans la penderie. J’ai retrouvé mes vieilles cartes. J’ai remarqué qu’elles étaient très colorées. Je les ai découpées. J’ai réalisé un collage. C’était vraiment brut [crude]. J’y ai consacré une quarantaine d’heures, à temps perdu. J’ai mis ça sur l’internet, un peu à la blague.

— Et que s’est-il passé ?

— La demande a explosé ! »

Au même moment, Tim Carroll commençait son métier d’enseignant. La semaine, il donnait ses cours. Les soirs et le week-end, il travaillait sur les tableaux commandés. « Les cinq premières années, c’était surtout un passe-temps. Les ventes nous permettaient de prendre des vacances en famille. Maintenant, je ne sais pas comment c’est au Canada. Mais ici, aux États-Unis, les professeurs sont très mal payés. Par ailleurs, la liste d’attente pour mes tableaux s’allongeait. En 2016, elle a atteint 18 mois. J’ai dit à ma femme : “Peut-être que je devrais abandonner l’enseignement et créer des tableaux à temps plein.”

— Et qu’a-t-elle répondu ?

— Je suis d’accord. Donne-toi une chance de réussir. »

Tim Carroll a osé. Quatre ans plus tard, il ne le regrette pas. Les commandes se sont multipliées. « Aujourd’hui, j’en ai plus de 35 en attente. »

Parmi ses clients, on retrouve évidemment des collectionneurs. Mais aussi la Ligue nationale de hockey, qui lui a demandé un tableau de Jonathan Toews pour le match des Étoiles de 2016. Et l’entreprise de cartes Upper Deck, qui a acheté une reproduction d’une carte célèbre de son porte-parole, Wayne Gretzky.

Moi, je suis un petit gars du sud des États-Unis. Dans notre coin, en 1990, il n’y avait pas beaucoup de hockey à la télévision. Mais je savais que Gretzky était une coche au-dessus des autres. J’ai eu la chance de le rencontrer au Temple de la renommée du hockey. C’était très cool !

Tim Carroll

« J’ai aussi rencontré Carey Price. C’était dans une soirée organisée par Upper Deck. Il m’a demandé ce que je faisais au sein de l'entreprise. Un gars s’est interposé et lui a répondu : “Il n’est pas vraiment avec nous, c’est juste un artiste.” Mais Price s’est montré intéressé par mon travail. Il a regardé mes tableaux sur mon téléphone. Après, il faisait semblant de dessiner. Il était très drôle. »

  • Wayne Gretzky, créé par Tim Carroll

    PHOTO FOURNIE PAR TIM CARROLL

    Wayne Gretzky, créé par Tim Carroll

  • Mario Lemieux, créé par Tim Carroll

    PHOTO FOURNIE PAR TIM CARROLL

    Mario Lemieux, créé par Tim Carroll

  • Sidney Crosby, créé par Tim Carroll

    PHOTO FOURNIE PAR TIM CARROLL

    Sidney Crosby, créé par Tim Carroll

  • Lanny MacDonald, créé par Tim Carroll

    PHOTO FOURNIE PAR TIM CARROLL

    Lanny MacDonald, créé par Tim Carroll

  • Joe Watson, créé par Tim Carroll

    PHOTO FOURNIE PAR TIM CARROLL

    Joe Watson, créé par Tim Carroll

  • Jonathan Toews, créé par Tim Carroll

    PHOTO FOURNIE PAR TIM CARROLL

    Jonathan Toews, créé par Tim Carroll

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Depuis la reproduction de la T206 de Honus Wagner, Tim Carroll a parfait son art. Il teste d’autres procédés. Vraiment de tout. Comme lors de son excursion à La Nouvelle-Orléans. Il a créé un tableau de Bo Jackson à partir d’éclats d’un bâton utilisé par l’ex-joueur des Royals. Il a réalisé une image de Ted Williams en cure-dents. Il y en avait précisément 1941. Soit la saison historique où le voltigeur des Red Sox a frappé pour une moyenne de ,406. Il a aussi conçu un Reggie Jackson en pailles, un Frank Thomas en pansements, un Ty Cobb en noyaux de pêche, un Jimi Hendrix en plectres de guitare et un Elvis Presley en disques vinyle.

« J’ai eu toutes sortes de demandes. Des gens voulaient que je produise un tableau de leur animal de compagnie. J’ai dit non. D’autres m’ont demandé de découper des cartes des années 50. Je ne suis pas capable. Ces cartes sont encore utiles. Elles méritent d’être dans des collections. Moi, ce que j’aime, c’est de transformer des trucs sans valeur en une œuvre qu’on peut accrocher dans son salon. »

Ou sur les murs du Temple de la renommée du baseball, où est désormais exposé un de ses tableaux de Sandy Koufax. Pas mal pour un gars qui, il y a 10 ans, ressortait ses vieilles cartes de baseball de la penderie pour s’amuser un peu avec de la colle et des ciseaux…

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