L’aventure, c’est du sérieux. Il faut se dépasser physiquement et mentalement, il faut souffrir.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Frédéric Dion, Jacob Racine et Daniel Barriault se dépassent pratiquement tous les jours depuis le début de leur expédition, au début de décembre, pour rejoindre le centre de l’Amérique du Sud à partir de la côte du Chili. Ils souffrent beaucoup. Mais ils s’amusent aussi beaucoup. Les balados qu’ils enregistrent sont une succession d’histoires à dormir debout, de fous rires et de taquineries.

« On vit des choses très difficiles physiquement, techniquement, intellectuellement peut-être aussi, raconte Frédéric Dion lors d’une entrevue par Skype à la veille de Noël. Une fois que l’expérience est là, que c’est assimilé, ce qui reste à faire, c’est de passer à travers et prendre tout le fun qu’on peut en récolter. »

Jacob Racine explique les choses un peu différemment.

« Si tu me demandes comment ça va pendant que ça se passe, quand je reçois quatre pieds et demi de grêle sur la tête, je serai peut-être moins positif, mais 15 minutes après, la pression tombe », indique-t-il.

On crache le sang toute la journée, mais quand on arrive le soir, il y a une sorte de reset qui se fait. On s’assoit, on se fait une petite bouffe et on se dit : “Heille, ça s’est bien passé, c’était stimulant.”

Jacob Racine

En 2014, Frédéric Dion a atteint le centre de l’Antarctique en skis, en se faisant tracter par un cerf-volant. Récemment, il a décidé d’atteindre le centre de chaque continent, ce qu’on appelle le pôle intérieur, à raison d’une expédition tous les deux ans.

Il a décidé de commencer par l’Amérique du Sud et d’effectuer cette expédition de vélo et de rafting avec Jacob Racine et Daniel Barriault.

« Je les ai connus lors du tournage d’Expédition extrême, se rappelle Frédéric Dion. J’étais devant la caméra, Daniel et Jacob étaient derrière. »

Ils ont passé plusieurs jours ensemble à préparer huit émissions.

PHOTO FOURNIE PAR FRÉDÉRIC DION

Le soleil est implacable au salar d’Uyuni.

« Je les ai connus sur toutes sortes de terrains, avec toutes sortes de scénarios pas toujours évidents. Nous sommes devenus comme des larrons en foire, nous nous sommes vraiment entendus. Tout est plus facile avec eux. »

Les trois aventuriers ont mis en avant leur sens de l’humour un peu particulier en organisant une petite activité hors de l’ordinaire pour amasser des fonds, en mars dernier : s’installer sur un bout de glace pour parcourir 125 kilomètres sur le fleuve Saint-Laurent entre Trois-Rivières et Québec. Seul problème, le message ne s’est pas rendu à la marine marchande et l’événement a quelque peu perturbé la circulation maritime sur le fleuve.

Début rocambolesque

Frédéric Dion est allé faire un petit repérage en Amérique du Sud plus tôt cette année, mais malgré cette préparation, le début de l’expédition sur la côte d’Huara, au Chili, a été plutôt rocambolesque.

« À partir d’une barque, nous avons sauté à l’eau avec les vélos, les sacoches, et nous avons nagé avec, raconte Jacob Racine. Ç’a été plus intense que je pensais. »

Cet épisode, raconté avec de nombreux rires et taquineries, constitue le cœur de la première balado des trois aventuriers.

PHOTO FOURNIE PAR FRÉDÉRIC DION

Faire l’ascension d’une montagne à vélo en plein soleil. L’aventure commence pour Jacob Racine, Daniel Barriault et Frédéric Dion.

La deuxième balado porte sur la traversée du désert d’Atacama en vélo et le début de la cordillère des Andes. La chaleur, le manque d’eau, le dénivelé, l’altitude, tout accable les aventuriers, mais rien n’atteint leur sens de l’humour.

La troisième étape, la traversée de deux déserts, le salar de Coipasa et le salar d’Uyuni, ne se déroule pas comme prévu : il a plu, le sol est boueux, le vent est contraire et il y a des contrebandiers armés de mitraillettes un peu partout. Les trois cyclistes traversent ces épreuves et tentent de reprendre des forces dans un hôtel. Peut-être un peu trop goulûment.

« Le matin, il y avait un buffet à volonté, mais ils ont fini par nous sacrer dehors », racontent-ils en riant dans la balado.

Une quatrième balado porte sur le trajet vers Potosí, en Bolivie, également mémorable en raison d’une violente tempête de grêle. À Potosí, les trois hommes rencontrent un ancien mineur qui leur offre de visiter une mine, une excursion évidemment abracadabrante. À la suggestion de ce guide, ils achètent d’avance quelques objets utiles pour remettre aux mineurs et ainsi les amadouer. Dont des bâtons de dynamite.

Les trois hommes passent Noël à Sucre, puis repartent presque aussitôt pour la suite des événements, qui promet son lot de péripéties. Ils doivent voguer sur une rivière, un affluent de l’Amazone, sur 500 kilomètres.

PHOTO FOURNIE PAR FRÉDÉRIC DION

Le salar d’Uyuni s’est révélé plus corsé que prévu. Le terrain était moins ferme qu’à l’habitude.

« On se bâtit un radeau avec des tripes de véhicules, de camions et de tracteurs, qui vont soutenir nos vélos et notre équipement », explique Jacob Racine.

Puis, il faudra faire 1000 kilomètres à vélo dans la jungle pour enfin atteindre le centre de l’Amérique du Sud autour du 15 janvier.

« J’ai fait une recherche sur les animaux les plus dangereux de l’Amazonie, raconte Daniel Barriault. Ce n’est rien de rassurant : il y a des jaguars, des scorpions, des araignées, des anacondas. »

Les aventuriers ne savent pas encore s’ils traverseront des zones qui ont été décimées par des incendies de forêt, si des populations ont été déplacées ou s’il y aura des tensions sociales.

Frédéric Dion continue à voir les choses avec une attitude positive.

« Il y a une nouvelle couche de divertissement qui s’en vient. »

Chiffre de la semaine

111 ans

Le père du ski de fond au Québec, Herman « Jackrabbit » Smith-Johannsen, avait 111 ans lorsqu’il est mort le 5 janvier 1987.