J’écris cette chronique avec optimisme. Après tout, comment pourrais-je rater autant mon coup que l’an dernier ?

Philippe Cantin Philippe Cantin
La Presse

J’ai prédit – entre autres – que Tiger Woods ne gagnerait pas le Tournoi des Maîtres et qu’Alexander Zverev remporterait un titre majeur au tennis. Le contraire s’est produit. Mais comme je vous le demandais alors, ne m’en tenez pas rigueur. Tout cela n’est qu’un jeu, un truc pour susciter la discussion et mettre en perspective quelques grands rendez-vous de la prochaine année.

Alors tant mieux si vous ne pensez pas comme moi : vos chances d’avoir raison sont excellentes ! L’avenir, comme dirait l’autre, est imprévisible. Là-dessus, refusant d’apprendre de mes erreurs, je plonge de nouveau…

1. Tiger Woods ne remportera pas le Tournoi des Maîtres

PHOTO KEVIN C. COX, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Tiger Woods a gagné le Tournoi des Maîtres en 2019.

Vous voyez, je persiste et signe ! Je suis incapable d’imaginer Tiger, à l’âge de 44 ans, conserver son veston vert. Mais s’il est à deux coups du meneur avec 18 trous à jouer, le doute s’installera dans mon esprit. Pourquoi ? Parce qu’il pourra alors « jouer » dans la tête de ses concurrents, comme il l’a fait en avril dernier.

Sa capacité à les ébranler psychologiquement a été l’une de mes plus grandes surprises de l’année sportive. Non, je ne croyais pas qu’il détenait encore ce pouvoir. Mais porté par l’appui du public, Tiger a éclipsé tous ses rivaux. J’ai couvert une fois le Tournoi des Maîtres, et j’y ai constaté une chose : quand la foule se met derrière un joueur, les cris d’encouragement retentissent aux quatre coins du terrain et ça devient très dur pour ses opposants.

Cela dit, si Tiger ne gagne pas, qui endossera le veston vert ? Mon choix : Tommy Fleetwood. Oui, oui, devant Brooks Koepka…

2. Alexander Zverev s’imposera dans un tournoi majeur

PHOTO ANDY WONG, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Alexander Zverev

Là aussi, je persiste et signe. Depuis la victoire de Stan Wawrinka aux Internationaux des États-Unis de 2016, le trio de feu – Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic – a coiffé les 12 titres suivants. La transmission du flambeau dans les tournois du Grand Chelem tarde à se produire.

La génération montante montre cependant les dents. Stefanos Tsitsipas, Daniil Medvedev, Dominic Thiem, Matteo Berrettini et Zverev (malgré une saison 2019 décevante pour un joueur avec son potentiel) sont mûrs pour obtenir de grands succès. Ça pourrait survenir dès les Internationaux d’Australie, en janvier. En revanche, aucun d’eux ne viendra à bout de Nadal à Roland-Garros.

3. Bianca Andreescu, top 3 au monde, si…

PHOTO ANDY WONG, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Bianca Andreescu

… elle demeure en santé. Son talent est immense, sa combativité, exceptionnelle. Et je ne crois pas que les attraits de la renommée diminueront sa concentration. En revanche, elle a été blessée à une épaule et à un genou en 2019. Avec son tennis énergique, cela n’est pas étonnant. Son défi sera de maintenir un haut niveau de compétition tout en préservant ses ressources physiques. La gestion de son calendrier sera primordiale.

Alors je prédis un top 3 à Andreescu à la fin de l’année 2020, mais je ne serais pas surpris si elle faisait encore mieux. Sa rivalité avec Naomi Osaka se développera, et leurs affrontements définiront le tennis féminin au cours des prochaines années. Les voir en action est un régal pour tous les fans.

4. Auger-Aliassime ou Shapovalov, finaliste d’un « gros » tournoi

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Félix Auger-Aliassime

La progression des deux jeunes Canadiens est phénoménale. Ils nous en ont mis plein la vue dans plusieurs tournois, malgré de compréhensibles passages à vide.

Ma prédiction : l’un d’eux sera finaliste en 2020 d’un des neuf tournois Masters 1000, les plus importants de la saison après les quatre majeurs. Les deux sont venus près de réussir l’exploit en mars dernier, atteignant les demi-finales du tournoi de Miami. Et s’ils réussissent cet exploit dans le premier quart de la saison, alors attention : leur confiance augmentera encore et il n’y aura plus rien d’impossible…

5. Marc Bergevin demeurera en poste

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Marc Bergevin, directeur général du Canadien de Montréal

Si le Canadien participe aux séries éliminatoires, la question sera réglée d’avance : Bergevin n’aura pas à s’inquiéter, même en cas d’élimination rapide. Les attentes envers l’équipe sont devenues si basses que cette qualification sera saluée comme un immense exploit.

En revanche, si le Canadien n’est pas de la danse, l’avenir de Bergevin sera mis en cause dans les médias. Ma prédiction : le DG n’a rien à craindre. Je pense que Geoff Molson éprouve une immense admiration pour lui. Et comme le DG est manifestement un bon vendeur quand il s’adresse à son patron, il le convaincra sûrement que la prochaine saison sera la bonne. Geoff Molson est un homme très patient.

6. Thierry Henry deviendra un héros…

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Thierry Henry, entraîneur-chef de l'Impact de Montréal

… s’il accepte les attentes envers les entraîneurs dans le sport professionnel nord-américain. Ça signifie notamment répondre aux questions des journalistes tous les jours ou presque, même quand l’équipe va mal et que l’envie de se prêter à cet exercice est nulle. Henry devra accepter d’être le visage public de l’organisation.

Pour l’Impact, qui tarde à consolider ses assises dans notre paysage sportif, il est essentiel que l’entraîneur se plie à des passages obligés comme la tournée des médias en début de saison. Si c’est bon pour les dirigeants du Canadien, ça l’est sûrement pour ceux de l’Impact. Le président du club, Kevin Gilmore, aura-t-il le cran de le rappeler à une légende comme Thierry Henry ? On aura la réponse bientôt.

Au-delà de ce positionnement public, Henry devra mener le Bleu-Blanc-Noir à la victoire pour devenir un héros. À ce propos, je suis confiant. Son arrivée apporte une formidable dose d’adrénaline à toute l’organisation et les joueurs seront touchés par cet enthousiasme. Ma prédiction : l’Impact nous fera vibrer en 2020 et au moins cinq matchs seront disputés à guichets fermés au stade Saputo.

7. De nouveaux propriétaires pour les Alouettes

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Les Alouettes de Montréal auront-ils de nouveaux propriétaires en 2020 ?

Il faudra bien que ça arrive un jour, non ? Remarquez que les Coyotes de Phoenix ont appartenu à la LNH durant quatre ans avant l’arrivée de nouveaux propriétaires… Peu importe, souhaitons simplement que les Oiseaux nous offrent une deuxième belle saison de football d’affilée en 2020.

8. Le Québec découvrira de merveilleux athlètes olympiques

PHOTO JAE C. HONG, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Tokyo accueillera les Jeux olympiques en 2020.

Les Jeux olympiques ont ceci de merveilleux : des athlètes québécois et canadiens nous font vibrer en hiver comme en été. Rappelons-nous : Marianne St-Gelais en 2010, Antoine Valois-Fortier en 2012, les sœurs Dufour-Lapointe en 2014, Penny Oleksiak en 2016, Kim Boutin en 2018, et combien d’autres…

2020 est une année olympique et nous vivrons d’autres moments forts, avec de belles surprises. Avez-vous hâte ? Moi, oui ! On suivra aussi l’effet de la chaleur sur les athlètes et les visiteurs au Japon. Le CIO a pris des mesures pour en atténuer les pires effets, comme le transfert des marathons et des épreuves de marche de Tokyo à Sapporo.

Y aura-t-il des athlètes russes à ces Jeux ? Oui. Mais à moins de retards dans le processus d’appel de la Russie devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), leur participation se fera sous des couleurs neutres. On voit mal comment le TAS pourrait annuler la décision de l’Agence mondiale antidopage (AMA) de suspendre la Russie du sport international durant quatre ans. Les répercussions d’une décision pareille seraient terribles pour la crédibilité du mouvement sportif.

9. Un semi-négligé pour gagner l’Euro

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L’Euro sera présenté à compter du 12 juin 2020.

Oui, ce sera une année faste dans le sport. En plus des Jeux de Tokyo, l’Euro sera présenté à compter du 12 juin. Pour la première fois, l’organisation du tournoi n’a pas été confiée à un pays, mais à 12 villes, une manière originale de réduire les coûts, puisque ces grandes villes européennes possèdent déjà les stades et les infrastructures nécessaires (transport, hôtels) pour accueillir des milliers de fans. La finale sera présentée à Londres le 12 juillet.

L’équipe française, championne en titre du Mondial, compte de nouveau parmi les favorites. J’opte néanmoins pour les Pays-Bas, même si les astres devront s’aligner pour que ses porte-couleurs remportent le championnat. Plus jeune, les exploits de Marco Van Basten et Ruud Gullit ont frappé mon imaginaire. Depuis ce temps, j’aime l’équipe orange. Mais je sais très bien qu’il s’agit d’un choix plus audacieux.

10. Le Super Bowl aux Chiefs de Kansas City

PHOTO ED ZURGA, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Patrick Mahomes, quart-arrière des Chiefs de Kansas City

Les Chiefs étaient mon choix en début de saison et je n’ai pas changé d’idée là-dessus. La blessure à un genou du quart-arrière Patrick Mahomes les a ralentis durant le calendrier, mais ils demeurent une formidable machine de football.

Avec des rivaux comme les Ravens de Baltimore et les Patriots de la Nouvelle-Angleterre, la route vers le Super Bowl sera éprouvante pour les Chiefs. Mais ils peuvent réussir le coup si Mahomes, qui a aussi été ennuyé par un malaise à une main, demeure en santé.

11. Expos 2.0 : pas de déblocage

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Pour l’instant, rien ne laisse croire que le projet de retour du baseball majeur à Montréal sera concrètement beaucoup plus avancé dans 12 mois.

Tous les amateurs souhaitant le retour des Expos aimeraient qu’un coup de théâtre se produise et que les Rays de Tampa déménagent à Montréal à plein temps. Stuart Sternberg, le proprio des Rays, a écarté cette possibilité plus tôt ce mois-ci.

Dans une entrevue au Tampa Bay Times, il a expliqué que si Montréal représentait un partenaire de premier choix pour une équipe en garde partagée, il n’était pas convaincu que l’appui de la communauté d’affaires serait suffisant pour soutenir une équipe durant toute une saison. Son opinion reflète sans doute celle des dirigeants du baseball majeur. Si l’on se fie à Sternberg, ce sera donc une demi-équipe ou pas d’équipe du tout pour Montréal.

Y aura-t-il des avancées significatives dans ce dossier en 2020 ? Sur le plan immobilier, peut-être, puisque des promoteurs veulent développer le quartier du bassin Peel. Mais pour l’instant, rien ne laisse croire que le projet de retour du baseball majeur sera concrètement beaucoup plus avancé dans 12 mois. J’ai l’impression qu’on demeurera au niveau des bonnes intentions. En revanche, le projet demeurera en vie, et c’est l’essentiel.