En 25 capsules, voici ce que je retiens des 12 derniers mois dans l’actualité sportive.

Philippe Cantin Philippe Cantin
La Presse

1. Magistrale Bianca !

PHOTO TIMOTHY A. CLARY, AGENCE FRANCE-PRESSE

Bianca Andreescu (à droite) a remporté les Internationaux des États-Unis contre Serena Williams (à gauche).

On a compris qu’elle était une joueuse exceptionnelle lors de sa victoire à Indian Wells en mars. Mais qui aurait cru Bianca Andreescu capable de remporter la finale des Internationaux des États-Unis devant un public new-yorkais gagné à la cause de Serena Williams ? Le cran démontré par Andreescu en cette belle journée de septembre, spécialement lorsque Williams a amorcé une remontée au deuxième set, fait désormais partie de la légende du sport canadien. Avec raison, Andreescu a reçu le trophée Lou Marsh, remis à l’athlète de l’année au Canada.

2. Pourquoi, Angelique ?

PHOTO DAN HAMILTON, USA TODAY SPORTS

Angelique Kerber a insulté Bianca Andreescu durant le tournoi de Miami.

Oui, Angelique Kerber, pourquoi avoir insulté Bianca Andreescu durant le tournoi de Miami en la traitant de « reine du drame » ?

Ce jour-là, Andreescu souffrait sur le terrain. Mais elle s’est accrochée pour battre Kerber. Celle-ci n’a pas apprécié, d’autant qu’elle avait déjà sur le cœur sa défaite en finale d’Indian Wells quelques jours plus tôt. Andreescu était pourtant en très mauvais état. Dès son match suivant, elle a été contrainte à l’abandon, ratant ensuite plusieurs semaines de jeu. C’est toujours délicat pour une athlète de mettre en doute le sérieux de la blessure d’une rivale. Kerber, une joueuse sympathique, ne s’est pas illustrée dans cette affaire.

3. Le gars de Repentigny

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Derrière les succès de Bianca Andreescu (à droite), on retrouve Sylvain Bruneau (à gauche), un gars de Repentigny qui a gravi un à un les échelons dans le tennis international.

Derrière les succès de Bianca Andreescu, on retrouve Sylvain Bruneau, un gars de Repentigny qui a gravi un à un les échelons dans le tennis international. Ses courtes visites sur le terrain lors de la finale du tournoi d’Indian Wells, où il a recentré les énergies d’Andreescu avec une adresse incomparable, ont impressionné tout le Québec. En plein contrôle de la situation, il a trouvé les bons mots pour qu’elle puise au fond de ses ressources et arrache la victoire. Qu’on se le dise : un des meilleurs entraîneurs de tennis au monde est un Québécois. Ce n’est pas rien, quand on y pense…

4. Transmission du flambeau

PHOTO MARK BLINCH, LA PRESSE CANADIENNE

L’avenir d’Eugenie Bouchard est des plus incertains.

Si Eugenie Bouchard ne relance pas sa carrière, une perspective de plus en plus probable, on se souviendra du 25 janvier dernier. Ce jour-là, elle a été lessivée 6-2, 6-0 par Bianca Andreescu dans le modeste tournoi de Newport Beach. Ce fut en quelque sorte la transmission du flambeau entre les deux Canadiennes. À partir de ce moment, leurs carrières ont manifestement pris des directions opposées. Bouchard ne s’est pas remise de ce revers sans appel.

5. Sacré Tiger !

PHOTO DAVID J. PHILLIP, ASSOCIATED PRESS

Tiger Woods a remporté les honneurs à Augusta en avril.

OK, je l’avoue, je n’ai jamais vu venir cette victoire. J’étais même convaincu que Tiger Woods ne remporterait plus un seul tournoi majeur. Mais à Augusta en avril, il a joué comme à ses meilleures années. Résultat, ses adversaires ont perdu leurs moyens et se sont tous écrasés. C’était fascinant d’être témoin de leur déroute et de l’aplomb de Tiger. Quel spectacle ! Du golf exceptionnel. De tous les grands évènements sportifs annuels, le Tournoi des maîtres est mon favori. Parce que des moments magiques sont au rendez-vous.

6. Inspirante Megan Rapinoe

PHOTO FRANCK FIFE, AGENCE FRANCE-PRESSE

Megan Rapinoe a mené l’équipe américaine à la victoire à la Coupe du monde de soccer.

Avec son impact sur le terrain et sa prise de parole forte dans des débats cruciaux de société, Megan Rapinoe est l’athlète la plus importante de l’année, tous sexes et sports confondus. En plus de mener l’équipe américaine à la victoire à la Coupe du monde de soccer, elle a défendu les droits des femmes, de la communauté LGBTQ et des Afro-Américains. Elle a dénoncé Donald Trump et ses politiques fondées sur la division, l’insulte et la colère. Contrairement à Tiger Woods qui a couru à la Maison-Blanche après sa victoire à Augusta afin de recevoir un hommage présidentiel, Rapinoe et ses coéquipières s’en sont tenues loin.

7. Triste histoire…

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Laurence Vincent-Lapointe connaît sa part de problèmes ces temps-ci.

De tous les athlètes québécois en vue des Jeux olympiques de Tokyo l’été prochain, Laurence Vincent-Lapointe avait les meilleures chances de monter sur le podium. En août dernier, elle a reconnu avoir subi un contrôle antidopage positif. A-t-elle consommé intentionnellement le produit interdit (ce dont elle se défend) ? A-t-elle été victime de contamination croisée ? On l’ignore. Mais dans les deux cas, le résultat est triste, même si ce n’est pas pour les mêmes raisons. Après avoir entendu Vincent-Lapointe au début du mois, la Fédération internationale de canoë rendra bientôt sa décision.

8. Comme dirait Rodger…

PHOTO FRED THORNHILL, LA PRESSE CANADIENNE

Vladimir Guerrero fils est devenu le maître des circuits.

Bonsoir, elle est partie ! Combien de coups de circuit Vladimir Guerrero fils a-t-il frappés au Home Run Derby précédant le match des étoiles ? Oui, 91, rien de moins ! Un spectacle étincelant, qui annonce des jours meilleurs pour les Blue Jays de Toronto.

9. De l’économie de partage, vraiment ?

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Stephen Bronfman s’approche de son projet de ramener les Expos à Montréal... mais en garde partagée.

En juin, Stephen Bronfman nous a présenté son projet de garde partagée, version baseball. Les Rays de Tampa Bay disputeraient la moitié de leurs matchs locaux à Montréal. Au lieu du retour espéré des Expos, nous hériterions d’une demi-équipe qui devrait forcément s’appeler autrement. Selon Bronfman, ce projet est en phase avec notre époque, où l’économie de partage est en pleine ascension. Beau discours, certes, mais qui colle mal à la réalité du sport professionnel. Comment s’enthousiasmer pour un club sans véritable enracinement au Québec ? Au début de décembre, la ville de St. Petersburg a opposé son veto à ce concept. Ce dossier sera à suivre en 2020.

10. Un match d’anthologie

PHOTO SUSAN MULLANE, USA TODAY SPORTS

Le match de cinq heures opposant Novak Djokovic et Roger Federer fut un spectacle mémorable.

D’un côté, Roger Federer ; de l’autre, Novak Djokovic. Durant cinq heures en finale de Wimbledon, ces deux géants du tennis nous ont offert un spectacle mémorable, finalement remporté par le champion serbe qui a sauvé deux balles de championnat. Une performance unique qui a ajouté à leur légende.

11. Un mythe déboulonné

PHOTO CHRISTOPHER KATSAROV, LA PRESSE CANADIENNE

Mike Babcock était LA référence en matière d’entraîneurs de hockey. Sa réputation en a pris un coup.

Mike Babcock était LA référence en matière d’entraîneurs de hockey. Auréolée de toutes parts, sa réputation était exceptionnelle. Et voilà que le mythe a été déboulonné. Incapable de mener les Maple Leafs de Toronto aux succès espérés et d’établir des liens de confiance avec la nouvelle génération de joueurs, il a été congédié. On a ensuite appris que son comportement a parfois été odieux, à Detroit et à Toronto. Il a soumis notamment Johan Franzen à une pression psychologique absurde. « La pire personne que j’ai rencontrée », a dit l’ex-joueur des Red Wings. Babcock se trouvera-t-il un nouvel emploi dans la LNH ? J’en doute.

12. Frapper ses joueurs, vraiment ?

PHOTO SERGEI BELSKI, USA TODAY SPORTS

Les révélations à propos de Bill Peters, l’entraîneur déchu des Flames de Calgary, ont fait des petits.

Je suis la LNH depuis longtemps, mais j’ignorais que des entraîneurs avaient frappé des joueurs, qu’ils leur avaient donné des coups de pied pour manifester leur colère. Les révélations à propos de Bill Peters, l’entraîneur déchu des Flames de Calgary, durant son séjour derrière le banc des Hurricanes de la Caroline, a mené à d’autres allégations, notamment à l’endroit de Marc Crawford. Tout cela est répugnant.

13. Bravo, Akim Aliu !

PHOTO JEFF MCINTOSH, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Akim Aliu a eu le courage de raconter les propos racistes de Bill Peters à son endroit dans la Ligue américaine durant la saison 2009-2010. Ici, dans l’uniforme des Flames de Calgary en avril 2012.

Oui, bravo à Akim Aliu d’avoir eu le courage de raconter les propos racistes de Bill Peters à son endroit dans la Ligue américaine durant la saison 2009-2010. Profondément blessé, le jeune homme a longtemps gardé enfoui en lui ce terrible souvenir. Il a finalement dévoilé ce chapitre de sa carrière dans la foulée de l’affaire Babcock, devenant ainsi un agent de changement dans la LNH.

14. « Où est Toro ? »

PHOTO FRED THORNHILL, LA PRESSE CANADIENNE

Appelé en renfort par les Astros de Houston, Abraham Toro a réussi son entrée dans les majeures.

Appelé en renfort par les Astros de Houston, Abraham Toro a réussi son entrée dans les majeures. Le 1er septembre, il a connu un match fabuleux à Toronto. Après huit manches, le pointage était de 0-0 et son coéquipier Justin Verlander n’avait toujours pas accordé de coup sûr. En début de neuvième, le Québécois a frappé un circuit pour donner les devants aux siens. Et en fin de manche, bien installé au troisième but, il a contribué au dernier retrait en captant un roulant. Dans la cohue qui a suivi, Verlander a cherché du regard son jeune coéquipier : « Où est Toro ? », a-t-il crié, pressé de lui faire l’accolade. Un bien beau moment…

15. Un adieu triomphal

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

C’est chez lui, à Québec, qu’Alex Harvey a mis fin à sa phénoménale carrière.

C’est chez lui, à Québec, qu’Alex Harvey a mis fin à sa phénoménale carrière. Dans les finales de la Coupe du monde de ski de fond courues sur les plaines d’Abraham, il a remporté deux médailles d’argent devant un public en liesse. Un titre de La Presse a bien résumé ce week-end historique : « Partir en seigneur ».

16. Un héritage historique

PHOTO GRAHAM HUGHES, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Roger Taillibert, l’architecte du Stade olympique, est mort en octobre.

Au Québec, il demeurera à jamais un homme controversé. Roger Taillibert, l’architecte du Stade olympique, a souvent été associé à la déroute financière des Jeux olympiques de 1976. Beaucoup de gens auraient souhaité qu’il imagine un complexe plus modeste. Sa mort en octobre dernier a marqué la fin d’une époque. Et peu importe notre opinion à son sujet, son héritage est historique.

17. Et voilà les Canadiens !

PHOTO BERNAT ARMANGUE, ASSOCIATED PRESS

Denis Shapovalov et Vasek Pospisil ont atteint la finale de la Coupe Davis.

Pour cette Coupe Davis nouvelle mouture, un concept plus simple et bien ficelé, on attendait une solide performance des Canadiens. Mais qui aurait imaginé ce feu d’artifice ? Grâce aux performances exceptionnelles de Denis Shapovalov et de Vasek Pospisil, le Canada a atteint la finale de la compétition. Vaincre Rafael Nadal et les Espagnols sur leur propre terrain a ensuite été un trop lourd défi. Mais toute l’équipe a démontré un cran formidable.

18. Et voilà le Canadien…

PHOTO GRAHAM HUGHES, LA PRESSE CANADIENNE

Le Canadien… continue de décevoir.

… qui continue de décevoir. Au printemps dernier, l’équipe a raté les séries éliminatoires pour la troisième fois en quatre ans. Un été d’inaction a suivi et la formation est demeurée sensiblement la même. Or, dans cette ligue, cela ne pardonne pas. Comme l’impression qu’il faudra encore être très patient avant de voir des jours meilleurs.

19. Une légende à Montréal

PHOTO SÉBASTIEN ST-JEAN, AGENCE FRANCE-PRESSE

L’embauche par l’Impact de Thierry Henry, une légende du soccer, a remis l’équipe sur la carte.

L’Impact sombrait peu à peu dans l’indifférence après une autre saison difficile. Mais voilà que l’embauche de Thierry Henry, une légende du soccer, a remis l’équipe sur la carte. Cette embauche spectaculaire a déjà entraîné un élément positif : le Bleu-blanc-noir est de retour dans les conversations des amateurs de sport. C’est essentiel, car si l’organisation suscite seulement l’intérêt de ses fans les plus passionnés, elle ne prendra jamais la place qu’elle espère à Montréal.

20. L’équipe chouchou à Montréal

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Contre toute attente, les Alouettes nous ont offert leur meilleure saison depuis des lustres, accédant enfin aux séries éliminatoires.

Les Alouettes, qui d’autre ? Contre toute attente, les Oiseaux nous ont offert leur meilleure saison depuis des lustres, accédant enfin aux séries éliminatoires. Tout cela sans véritable propriétaire et après le départ de l’entraîneur-chef tout juste avant le début de saison et celui du directeur général quelques semaines plus tard. Comme quoi le manque de stabilité n’empêche pas une équipe de gagner lorsqu’un leader doué (Khari Jones) entre en scène et que les joueurs tirent dans la même direction.

21. L’équipe chouchou partout au Canada

PHOTO FRANK GUNN, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Les Raptors de Toronto ont connu un parcours magique en séries éliminatoires de la NBA.

Les Raptors, qui d’autre ? D’un océan à l’autre, des millions de Canadiens se sont passionnés pour le parcours magique des Torontois en séries éliminatoires de la NBA. Le panier vainqueur de Kawhi Leonard dans le septième match de la deuxième ronde – ce ballon qui bondit sur le cerceau avant de tomber dans le panier à la toute fin de la rencontre – a été un moment fort de l’année. En juin, les Raptors sont devenus la première équipe canadienne à remporter le championnat de la NBA. Au Canada, ce triomphe a propulsé la popularité du basket à un nouveau sommet.

22. Elles ne baissent pas les bras

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Incapable de générer des revenus suffisants, la Ligue canadienne de hockey féminin a mis fin à ses activités.

Incapable de générer des revenus suffisants, la Ligue canadienne de hockey féminin a mis fin à ses activités. Triste nouvelle. Heureusement, les joueuses ne baissent pas les bras et sont résolument à la recherche d’une solution de rechange. Le potentiel est là, comme le démontre l’immense intérêt généré par les finales des tournois olympiques de Vancouver (2010), Sotchi (2014) et PyeongChang (2018). Mais il leur faudra l’aide de la LNH et d’un télédiffuseur.

23. Connaissez-vous Frappart et Beaudoin ?

PHOTO DAMIEN MEYER, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

L’été dernier, la Française Stéphanie Frappart est devenue la première femme à arbitrer un match « d’une prestigieuse compétition masculine de l’UEFA », pour reprendre l’expression de la Fédération européenne de soccer.

L’été dernier, la Française Stéphanie Frappart est devenue la première femme à arbitrer un match « d’une prestigieuse compétition masculine de l’UEFA », pour reprendre l’expression de la Fédération européenne de soccer. Son travail durant cette rencontre de Super Coupe opposant Liverpool et Chelsea a été salué de tous. Désormais arbitre en Ligue 1 française, Frappart a marqué l’histoire de son sport. La Québécoise Marie-Soleil Beaudoin a aussi impressionné, arbitrant quatre matchs lors de la Coupe du monde de soccer féminin. Elle a aussi officié le match du Trophée des championnes 2019 en France.

24. Quand Jay-Z lâche Colin…

PHOTO ELIJAH NOUVELAGE, REUTERS

Jay-Z a largué le joueur Colin Kaepernick, qui se cherche toujours un boulot.

En devenant « stratégiste musical » de la Ligue nationale de football, Jay-Z a fait un choix : il s’est associé au commissaire Roger Goodell et aux propriétaires d’équipe, larguant ainsi Colin Kaepernick. À son avis, défendre plus longtemps les droits de Kaepernick était inutile. Mieux valait regarder en avant. Malheureux discours. Et pendant ce temps, le quart-arrière se cherche toujours un boulot.

25. La disqualification de l’année

PHOTO BRIAN SPURLOCK, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Le vainqueur du Kentucky Derby, Maximum Security (à droite), a été disqualifié pour avoir nui à la progression d’autres chevaux.

Elle s’est produite en mai au Kentucky Derby. Le vainqueur, Maximum Security, a été disqualifié pour avoir nui à la progression d’autres chevaux. La victoire a été attribuée à Country House, deuxième au fil d’arrivée. L’affaire a généré une immense controverse, les opinions étant partagées à propos de cette décision des juges. Paradoxalement, les courses de chevaux – qui ont connu une année très difficile aux États-Unis en raison de la mort de plusieurs pur-sang en piste – ont alors profité d’une couverture médiatique inattendue.

Conclusion

À vous tous, un très joyeux temps des Fêtes ! Souhaitons-nous une passionnante année sportive 2020. Je salue tout particulièrement un jeune athlète de chez nous, le planchiste et médaillé olympique Maxence Parrot, qui nous a inspirés en 2019 en luttant avec courage contre le cancer. Il est aujourd’hui de retour en action, déterminé comme jamais.