De 16, il ne reste plus que 4 candidats au titre d’athlète québécois de la décennie. Ils s’affronteront en deux demi-finales, avant la grande finale dimanche. Pour prendre une décision éclairée au moment de voter, vous pouvez relire les plaidoyers de notre journaliste.

Philippe Cantin Philippe Cantin
La Presse

Méthodologie

Les quatre finalistes ont été déterminés par les votes du public entièrement. Les deux confrontations de demi-finales sont le fruit du hasard.

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Marie-Philip Poulin, hockey

La joueuse des grandes occasions

Ce fut un des plus fabuleux moments de sport auxquels j’ai assisté : Sotchi, février 2014, la finale du tournoi de hockey féminin. De mon siège en tribune de presse, je devine la détresse des joueuses canadiennes. Nous sommes en fin de troisième période et leur espoir de remporter la médaille d’or est en voie d’être anéanti. L’équipe américaine mène 2-0. Mais voilà qu’un but de Brianne Jenner rétrécit l’écart.

Marie-Philip Poulin, la meilleure joueuse du monde, entre alors en scène. Avec moins d’une minute à écouler, elle marque le but égalisateur. On jouera en prolongation ! Sur la glace, la tension est à couper au couteau. C’est dans cette ambiance brûlante, où chaque erreur est potentiellement fatale, que Poulin coule le socle de sa légende : d’un tir précis, elle inscrit le but de la victoire.

Cette victoire obtenue à l’arraché marque l’histoire du sport canadien. Impossible d’oublier la scène qui suit, dans la « zone mixte » située sous les gradins, où les journalistes interviewent les gagnantes et les perdantes. Les émotions sont à fleur de peau. Pendant que les Canadiennes – des larmes de bonheur sur les joues – crient leur joie, les Américaines pleurent de peine et de colère.

Kevin Dineen, l’entraîneur d’Équipe Canada, dit alors ceci à propos de Poulin : « Elle ne parle pas beaucoup. Mais dans ses yeux, quelque chose dit : “joueuse des grandes occasions”. »

En effet ! Ce jour-là, Poulin a confirmé l’impression qu’elle avait laissée quatre ans plus tôt aux Jeux de Vancouver, en marquant les deux buts du Canada lors de la finale victorieuse contre les États-Unis : cette athlète hors du commun carbure à la pression.

Aux Jeux de PyeongChang en 2018, la redoutable attaquante était capitaine du Canada. Leader incontestée du groupe, elle a vécu une déception énorme quand son équipe a perdu la finale contre ses rivales de toujours en tirs de barrage. Aujourd’hui, je demeure convaincu que si son entraîneuse l’avait utilisée davantage durant ce match, le Canada l’aurait emporté.

Poulin, la star tranquille, est une athlète d’exception. Elle a apposé sa signature sur la décennie sportive.

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Alexandre Bilodeau, ski acrobatique

Alexandre, le battant

La tension est vive au pays avant les Jeux olympiques de Vancouver, en 2010. Le Canada remportera-t-il enfin une médaille d’or dans des Jeux présentés à la maison ? À Montréal en 1976 et à Calgary en 1988, aucun de nos athlètes n’a atteint le sommet du podium.

Cette fois, la délégation canadienne compte parmi les meilleures au monde et une récolte importante de médailles est attendue. Mais encore faudra-t-il concrétiser ces énormes attentes. Et pour cela, rien de mieux que de remporter une médaille d’or dès le départ. Pareille réussite conjurera le sort et inspirera tous nos porte-couleurs. Ce défi, Alexandre Bilodeau le relève dès le premier week-end des Jeux. Avec son intrépidité et sa force de caractère, son panache aussi, il s’impose dans la finale des bosses en ski acrobatique.

Du coup, Bilodeau devient une vedette d’un océan à l’autre. Le Canada tombe sous son charme. Sa victoire n’est pas simplement énorme sur le plan sportif, mais aussi sur celui des symboles. Le jeune Québécois débarrasse le pays d’une chape de plomb, en plus d’inscrire à jamais son nom dans notre histoire sportive.

Quatre ans plus tard, Bilodeau compte encore parmi les favoris aux Jeux de Sotchi. Mais un adversaire coriace se dresse sur son chemin : son jeune compatriote Mikaël Kingsbury. Au cours des mois précédents, l’émergence de ce dauphin a semblé embêter Bilodeau. Comment réagira-t-il à Sotchi ?

En finale, Bilodeau s’élance avant Kingsbury. Fonçant avec flamboyance et conviction, il réussit une descente formidable. Kingsbury comprend alors que seul un parcours sans faute lui permettra de le battre. Mais une très légère erreur contrecarre ses plans. Et il remporte l’argent.

À Sotchi, Bilodeau boucle une carrière sensationnelle avec une deuxième médaille d’or olympique, un succès colossal. Ce palmarès, il le doit à ses nerfs d’acier, à son goût de la victoire et à sa fougue unique. Cet athlète est un battant.

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