Les sanctions décernées par l’Agence mondiale antidopage (AMA) à la Russie ne convainc pas l’athlète canadien Evan Dunfee que le groupe de compétiteurs sera égal lors des Jeux olympiques d’été, qui auront lieu l’an prochain.

Donna Spencer
La Presse canadienne

L’AMA accuse les autorités russes d’avoir falsifié la base de données du laboratoire antidopage de Moscou, mais elle a décidé de ne pas empêcher les athlètes de ce pays de participer aux Jeux olympiques de Tokyo.

Le drapeau, le nom et l’hymne de la Russie seront absents des Jeux de Tokyo, mais comme ce fut le cas lors des Jeux de PyeongChang, en 2018, les athlètes pourront prendre part aux compétitions de façon neutre s’ils peuvent prouver qu’ils n’ont pas eu recours à des produits visant à améliorer les performances.

PHOTO ROBERT F. BUKATY, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Evan Dunfee

« Si je suis debout à la ligne de départ et que j’ai un athlète neutre à mes côtés, je serais très peu convaincu qu’il est propre. Je doute que ça change mon opinion, a affirmé Dunfee lors d’une entrevue avec la Presse canadienne, lundi. Même si c’est positif, ce ne sera assurément pas suffisant et je ne sais pas si ça va avoir un impact. Nous sommes déjà passés par là. Je suis sceptique à savoir si ça va créer un changement significatif. »

Parmi les sanctions infligées par l’AMA à la Russie au cours des quatre prochaines années — qui seront sûrement contestées dans les prochains jours devant le Tribunal arbitral du sport — le pays pourrait également être privé de l’organisation de championnats du monde impliquant des sports olympiques.

La skieuse Beckie Scott et la joueuse de hockey Hayley Wickenheiser sont les Canadiennes au sein du comité des athlètes de l’AMA. Les deux femmes faisaient partie de ceux qui réclamaient une interdiction complète de la Russie de participer aux Jeux olympiques et paralympiques.

PHOTO JEFF MCINTOSH, THE CANADIAN PRESS

Beckie Scott

« Il est important de lire les petits caractères. Ce qui est présenté comme une interdiction ne l’est pas vraiment, a dit Scott. C’est insuffisant. Ça ne s’inscrit pas vraiment dans l’intégrité du sport et la propreté des athlètes. Ça ne tire pas avantage du pouvoir et de l’autorité qu’a l’AMA pour appliquer et demander une interdiction complète. Ça ne répond pas aux attentes. »

Des rapports dans les médias et les enquêtes subséquentes de l’AMA ont mis en lumière un vaste programme de dopage étatique lorsque la Russie a accueilli les Jeux de Sotchi, en 2014. Cette situation avait créé des remous au sein du Comité international olympique ainsi que dans les fédérations internationales de sport.

La remise d’une base de données à l’AMA était une condition essentielle pour que la Russie puisse clore le scandale qui a entaché les Jeux olympiques au cours de la dernière décennie.

Le mois dernier, le CIO a d’ailleurs affirmé que « la manipulation flagrante » des données du laboratoire de Moscou a été « une insulte au mouvement sportif mondial ».

« Qu’est-ce que quelqu’un doit faire pour être complètement banni ?, a demandé Scott. Si gérer un système de dopage parrainé par l’État pendant des années dans tous les sports et se moquer du système antidopage et des règles et de ceux qui les créent et les respectent ne suffit pas, qu’est-ce qui suffit ? »

Wickenheiser est déchirée quant à une interdiction totale des athlètes russes parce qu’elle pense qu’il y en a qui veulent concourir proprement, mais sont victimes d’un système.

PHOTO NATHAN DENETTE, LA PRESSE CANADIENNE

La joueuse de hockey Hayley Wickenheiser

Lors des deux derniers championnats du monde d’athlétisme, les Russes y ont participé en tant qu’“athlète neutre autorisé ». Une position plus souple avait été adoptée lors des Jeux olympiques de PyeongChang, puisque le CIO avait suspendu la Russie, mais permis à ses athlètes et à ses équipes d’y participer en tant qu’« Athlète olympique de Russie. »

Dunfee a terminé quatrième lors de l’épreuve de marche de 50 kilomètres à Rio, en 2016, et il a gagné la médaille de bronze lors du dernier Championnat du monde d’athlétisme.

« J’étais très fier d’être debout à la ligne de départ à Rio et je savais que je prenais part à la compétition contre des athlètes majoritairement propres. C’était probablement le groupe le plus propre que nous avons eu en une génération », a insisté Dunfee.

Selon les documents de l’Unité d’intégrité en athlétisme, parmi les 23 marcheurs actuellement suspendus pour avoir fait usage d’un produit dopant, une douzaine sont Russes.

Le Comité olympique canadien estime que les sanctions infligées par l’AMA représentent une interdiction de concourir.

« Le COC appuie la décision prise par le comité exécutif de l’AMA de maintenir les recommandations visant à interdire pendant quatre ans à la Russie de participer aux principales compétitions sportives internationales, y compris les Jeux olympiques. »

« Le COC reste pleinement dévoué à la propreté dans le sport. Tous les athlètes devraient avoir le droit de concourir sur un pied d’égalité avec ceux qui respectent les mêmes règles, appliquées de manière cohérente », a fait savoir le COC par voie de communiqué, lundi.