Laurent Dubreuil savoure un premier podium depuis sa victoire à Heerenveen en novembre 2017

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Un ours en peluche était remis à chaque athlète qui montait sur le podium à la Coupe du monde de patinage de vitesse de Tomaszów Mazowiecki, en Pologne, le week-end dernier.

Ce cadeau ne pouvait mieux tomber pour Laurent Dubreuil. Son premier enfant, une fille prénommée Rose, est née le 12 juillet. Au premier tiers d’un voyage de cinq semaines en Europe et en Asie, le nouveau père de 27 ans ne cache pas que l’éloignement lui pèse.

« Mais quand ça va bien, je n’ai pas le feeling de partir pour rien », s’est réjoui Dubreuil, lundi après-midi, lorsqu’on l’a joint dans le hall d’un hôtel de Varsovie.

La veille, le patineur de Lévis avait obtenu ce qui lui échappait depuis plus de deux ans : une médaille individuelle en Coupe du monde. Ce fut le bronze au 500 m, derrière deux Japonais, Tatsuya Shinhama (or) et Yuma Murakimi (argent).

Quand Dubreuil s’est tapé sur la poitrine après avoir franchi le fil, il savait qu’il tenait un bon temps. Passer sous les 35 secondes sur cette glace polonaise (34,975) est généralement gage de succès. Même si 10 rivaux devaient encore s’élancer, son travail était accompli. Il aurait pu finir cinquième, comme ça lui est arrivé deux fois la saison dernière, qu’il aurait été heureux de sa prestation. Le podium est venu comme une récompense.

« C’était l’émotion, a-t-il expliqué. Deux ans sans médaille, c’est trop long pour moi. Je ne tiens rien pour acquis. Chaque médaille est peut-être la dernière de ma carrière. Je les savoure toutes. Je ne dis pas que la médaille me revient de droit, mais je ne mets pas de tels efforts pour finir cinquième. 

« Une cinquième place, ça ne me satisfait pas du tout. Alors quand je passe une saison complète sans podium, ce n’est que petite frustration sur petite frustration. Quand je suis capable de réaliser un résultat, ça relâche un peu tout ce qui était accumulé. »

Jusque-là, Dubreuil rageait un peu de ne pas réaliser la course qu’il sentait avoir dans les jambes depuis le début de la saison. Aux Championnats canadiens, le mois dernier, il s’est fait battre par Gilmore Junio. Ça l’a obligé à disputer la première Coupe du monde de Minsk, en Biélorussie, dans le groupe B, il y a deux semaines. Il a gagné, mais encore là, il est resté sur son appétit.

Curieusement, le médaillé de bronze des Mondiaux de 2015 a enfin exécuté le plan souhaité au moment où son dos le faisait souffrir. Il s’est infligé un claquage en s’entraînant en salle quelques heures après son épreuve à Minsk. Rendu en Pologne, il peinait à se lever de son lit, à monter un escalier ou à rester assis sur une chaise. Entre les soins du physiothérapeute, il est allé tout doucement sur la glace, se limitant à une accélération et à un départ à vitesse modéré mercredi.

Dubreuil se félicitait d’avoir réveillé son corps en prenant part au sprint par équipes, où il a gagné le bronze vendredi avec les Québécois Alex Boisvert-Lacroix et David La Rue. Ce podium lui a d’ailleurs valu un premier ourson en peluche, qu’il conservera pour le prochain bébé que le couple espère dans deux ans. « Comme ça, il n’y aura pas de chicane. »

Deux jours plus tard, il était prêt pour son 500 m. « Mon dos était probablement à 90 %, mais ça ne me faisait pas vraiment mal en patinant. »

Musculation

Le travail en musculation comporte son lot de risques. Dubreuil le sait mieux que quiconque : l’an dernier, il avait carrément cessé de pousser de la fonte pour donner un répit à une hanche et à son dos.

« Ça faisait deux ans que j’étais sur les anti-inflammatoires trop souvent à mon goût. J’étais seulement dans la mi-vingtaine, ce n’était pas si vieux ! D’ailleurs, rendu en saison, j’avais de la misère [sur la glace]. Je n’avais pas assez de punch, de puissance, ce que j’attribue directement au fait que j’avais complètement arrêté la musculation. »

PHOTO PASCAL RATTHÉ, ARCHIVES LE SOLEIL

Laurent Dubreuil à l’entraînement

Le sprinter s’y est donc remis l’été dernier, mais avec un souci renouvelé pour l’exécution des mouvements. Sous la supervision du préparateur Jonathan Pelletier Ouellet, il a réappris le b.a.-ba des levés et des squats : amplitude, dos souple, fesses basses.

Il a augmenté les charges graduellement, jusqu’à atteindre les poids qu’il levait dans le passé. Aujourd’hui, il peut faire une série de squats avec une barre de 160 kg sur les épaules. « Tout l’été, [Jonathan] m’a dit : ‟Je ne veux pas que tes jambes soient capables, je veux que ton tronc et ton dos puissent absorber la charge sans flancher”. »

Dubreuil est persuadé que ce travail lui a permis de remonter sur le podium en Pologne. À travers tout ça, il a appris à composer avec sa nouvelle paternité.

« La vie d’athlète, c’est très égoïste, pointe-t-il. Tu essaies de limiter le plus possible les choses qui pourraient perturber ta récupération et ton entraînement. Tu reviens chez vous, tu t’effoires sur le divan, tu t’étires, tu joues aux jeux vidéo. […] Ce n’est plus ça, ma vie. Quand je reviens, je passe le plus de temps possible avec ma famille. J’essaie d’emmagasiner les moments avec ma fille. Je sais qu’après, je vais partir et je vais m’ennuyer. »

Après l’entrevue, avant un vol de nuit vers le Kazakhstan, Dubreuil s’apprêtait justement à lancer sa séance vidéo quotidienne avec sa femme et sa fille de 4 mois.

Prochaine Coupe du monde : Nur-Sultan (anciennement Astana), du 6 au 8 décembre

Boisvert-Lacroix de retour

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Alex Boisvert-Lacroix

Laurent Dubreuil ne sera pas le seul Québécois dans le groupe A à la prochaine Coupe du monde au Kazakhstan. Alex Boisvert-Lacroix l’y rejoindra après s’être imposé dans le groupe B en Pologne, dimanche.

Il aurait fini 10e dans le groupe A avec le même chrono. « C’était une belle course, mais je peux faire mieux dans les virages, a estimé le Sherbrookois de 32 ans en entrevue à Sportcom. C’est motivant de voir que j’ai eu un bon résultat et qu’il y a encore des trucs à améliorer. »

Incidemment, Boisvert-Lacroix avait été inspiré par la médaille d’or de Dubreuil à Heerenveen en 2017, ce qui l’avait conduit à ses deux premières victoires quelques semaines plus tard.

Après un dernier hiver difficile, l’athlète olympique vise un retour au plus haut niveau.

Par ailleurs, Antoine Gélinas-Beaulieu a poursuivi son excellent début de saison en terminant huitième du 1500 m en Pologne, son troisième top 10 de suite. Cette semaine, il participera à un camp de vélo à Gérone avec quelques coéquipiers, dont Valérie Maltais, médaillée de bronze à la poursuite par équipe avec Isabelle Weidemann et Ivanie Blondin.