En octobre 2012, toujours sous le charme du succès des Jeux de Londres, j’ai évoqué l’idée que Montréal organise un jour les Jeux olympiques d’hiver, beaucoup moins gigantesques que ceux d’été.

Philippe Cantin Philippe Cantin
La Presse

J’ai repensé à cette chronique, hier, en lisant les propos de David Shoemaker. Comme l’a rapporté mon collègue Simon Drouin, le chef de la direction du Comité olympique canadien (COC) fait d’une candidature canadienne une « priorité ». L’idée que Montréal manifeste son intérêt lui plaît. « Si la Ville veut explorer cette possibilité, nous allons avoir cette conversation », a-t-il dit.

Je doute que ce projet enthousiasme l’administration Plante. Les Jeux, avec leurs coûts pharaoniques, ont mauvaise presse en Occident. La liste des villes où les citoyens ont apposé leur veto à une candidature s’allonge sans cesse. L’automne dernier, ceux de Calgary ont servi cette rebuffade au Comité international olympique (CIO).

Le plan budgétaire de Calgary était pourtant bien ficelé et l’utilisation de nombreuses installations existantes diminuait les risques de dérapage. Le dossier profitait aussi de l’appui des autorités municipales et du gouvernement du Canada, auteur d’une trouvaille ingénieuse pour compenser la tiédeur du gouvernement albertain. Les promoteurs n’ont cependant pas réussi à diminuer les inquiétudes des citoyens sur les plans financier et environnemental.

La Ville de Québec, après sa candidature malheureuse aux Jeux d’hiver de 2002 (à peine 7 votes sur 89 lors de l’élection ayant couronné Salt Lake City en 1995), a jonglé avec l’idée de plonger de nouveau. Le maire Régis Labeaume a finalement fait une croix là-dessus.

Aujourd’hui, peut-on vraiment croire qu’une ville canadienne foncera de nouveau dans cette aventure, surtout au moment où les préoccupations écologiques et la saine gestion des finances publiques sont des enjeux de société cruciaux ?

Le CIO a beau répéter son désir d’organiser des Jeux « verts » dans une perspective de « développement durable », nous savons tous que l’organisation des Jeux olympiques a un coût environnemental. Et cela, même si le CIO ne parle plus de saccager une montagne pour construire une piste de bobsleigh.

Bizarrement, les Jeux d’été ne soulèvent pas le même rejet massif des citoyens que ceux d’hiver. Deux des plus grandes métropoles internationales, Paris et Los Angeles, se sont disputé ceux de 2024.

Le CIO, sentant la bonne affaire, a vite modifié ses règles pour s’assurer de ne pas leur déplaire. La capitale française a remporté la mise, mais Los Angeles a obtenu ceux de 2028. Dans les deux cas, l’acceptabilité sociale a été au rendez-vous.

PHOTO MICHEL EULER, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Paris accueillera les Jeux olympiques d’été en 2024.

Quant aux Jeux d’hiver, l’absence d’intérêt de plusieurs villes nordiques de premier plan a été si profonde que le CIO a attribué ceux de 2022 à Pékin, sûrement surpris de la tournure des événements.

L’appui de la Chine a rassuré le CIO. Mais cette sélection fait néanmoins mal à l’organisme. En raison de l’opacité du gouvernement chinois, les Jeux de Pékin n’inspireront d’aucune façon des villes occidentales. On n’en connaîtra en effet jamais le véritable coût. Mais on sait que la construction d’un lien ferroviaire à grande vitesse, liant Pékin à des stations de sport d’hiver, entraîne de colossales dépenses d’infrastructures.

Il faudra donc attendre les Jeux de Milan et Cortina d’Ampezzo en 2026 pour voir si les nouvelles normes olympiques, visant à réduire le coût des Jeux, donneront les résultats attendus. Si l’expérience se solde par un gouffre financier, le CIO éprouvera encore des ennuis à dénicher des villes intéressées. Mais même en cas de succès, la côte à remonter dans l’opinion publique sera abrupte.

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Et Montréal, dans tout ça ? Avec le passage du temps, le traumatisme causé par la facture des Jeux de 1976 s’estompe peu à peu. Les dirigeants du Parc olympique, son président Michel Labrecque en tête, ont multiplié les efforts pour réconcilier les gens avec ce moment clé de notre histoire collective. Le Stade reçoit enfin un peu d’amour – le projet de nouvelle toiture est lancé – et les magnifiques installations à la base du mât profitent à nos athlètes d’élite.

Malgré tout, si les Montréalais étaient consultés sur une nouvelle aventure olympique, je suis convaincu que le Non l’emporterait par une marge décisive. Les gens aiment les Jeux, applaudissent les exploits de nos athlètes aux quatre coins du monde, célèbrent avec joie leur conquête de médailles, mais n’accepteraient sûrement pas la facture liée à l’événement.

Mais juste pour le plaisir, posons la question : comment s’articuleraient des Jeux d’hiver à Montréal ? En 2012, j’ai évoqué ce scénario à propos des installations.

Ainsi, les cérémonies d’ouverture et de clôture, et le patinage sur longue piste, auraient lieu au Stade olympique ; les tournois de hockey au Centre Bell, au Centre Vidéotron de Québec et au Centre Canadian Tire d’Ottawa ; le patinage de vitesse sur courte piste et le patinage artistique à la Place Bell de Laval ; le curling à l’aréna Maurice-Richard ; les épreuves de montagne dans les Laurentides ; la remise des médailles à la place des Festivals.

La salle de presse serait installée au Palais des congrès et le village des athlètes, construit dans les nouveaux lotissements autour du bassin Peel. Le bobsleigh, la luge et le skeleton, ainsi que le saut à ski et certaines courses de ski alpin seraient présentés à Lake Placid ou à Vancouver (le CIO est maintenant ouvert à ce type d’arrangement).

En clair, Montréal possède les équipements voulus pour accueillir les Jeux d’hiver. Oublions ceux d’été, une machine qui engloutit encore plus de dollars. Ainsi, le comité organisateur des Jeux de Tokyo de 2020 doit se livrer à d’innombrables contorsions pour contenir l’explosion de la note.

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David Shoemaker est plein de bonnes intentions et son souhait de ramener les Jeux olympiques au Canada est légitime. Leur présentation fournirait une extraordinaire source de motivation à nos athlètes. Et les deux semaines de compétition seraient un véritable régal.

L’ennui, c’est que la facture serait trop salée, notamment sur le plan de la sécurité. Et l’image de marque du mouvement olympique n’est pas assez positive pour diminuer les appréhensions bien compréhensibles des gens.

Alors, des Jeux olympiques au Canada entre 2030 et 2040 ? Désolé, je n’y crois pas.