(Katowice) Le discours d’adieux de Beckie Scott à l’Agence mondiale antidopage (AMA) n’a pas été son moment de gloire en vertu de tout ce qu’elle a accompli auparavant.

Eddie Pells
Associated Press

Sévèrement critiquée et chahutée par certains collègues au cours de ses six années au sein de l’agence, elle quitte la direction du comité des athlètes de l’AMA la tête haute.

« Je vais vous le rappeler une dernière fois, a-t-elle dit au conseil d’administration, jeudi. Vous avez des milliers et des milliers d’athlètes qui comptent sur vous pour prendre les décisions dans leur intérêt. Pas l’intérêt d’une autre partie, mais le leur. »

Scott a vu son moment de gloire olympique en ski de fond être diminué par le dopage. La fondeuse canadienne a terminé troisième en poursuite 5 kilomètres, mais a éventuellement été couronnée championne des Jeux de Salt Lake City. Elle a reçu sa médaille d’or seulement deux ans plus tard — après que les deux fondeuses russes l’ayant devancée eurent été reconnues coupables de dopage.

Ce qu’elle a vécu à Salt Lake City, la même chose que d’autres athlètes ont endurée, l’a menée à représenter les intérêts de ses collègues au sein de l’AMA.

L’un de ses plus grands exploits a été l’approbation par l’AMA d’une charte des droits des athlètes. Elle a finalement été inscrite dans les archives de l’AMA jeudi, lors de son dernier jour au sein du comité.

« J’ai espoir qu’à l’avenir, ceux qui défieront ou contesteront seront entendus et seront pris au sérieux à la place d’être rejetés ou balayés du revers de la main, a dit Scott. J’ai espoir qu’à l’avenir, un équilibre et une indépendance seront rétablis à cette table, afin que tous les intérêts et les priorités s’alignent avec une égalité des chances et le franc-jeu, plutôt que les affaires du sport. »

Elle a été applaudie à la fin de son discours. Ce n’était pas la norme au cours des dernières années.

Scott a été presque constamment sous pression dans les corridors de l’AMA — souvent écartée et ignorée au cours des années, particulièrement quand ses propos sont devenus plus sévères à l’endroit des décisions de l’AMA dans le scandale de dopage en Russie qui a ébranlé l’agence au cours des cinq dernières années.

L’an dernier, Scott a démissionné de son poste au sein du comité de révision de la conformité, dégoutée par sa décision de lever la suspension du comité antidopage russe en retour d’une promesse de fournir les données de son laboratoire de Moscou.

Scott avait toutefois conservé son rôle de représentation des athlètes « parce que je crois que c’est une cause pour laquelle nous devons nous battre ».

Le regroupement d’athlètes « Global Athlete » a publié une déclaration qui fait l’éloge de Scott pour « avoir représenté la voix de la majorité — les athlètes propres de ce monde ».

« Il a fallu du courage et du cran, mais les athlètes propres ont eu un porte-étendard en Beckie », est écrit dans la déclaration.

Quand la réunion a été ajournée, Scott a souri et a pris une grande respiration, peut-être pour une première fois depuis un long moment. Elle avait songé à ne pas prononcer de discours, mais quand elle est arrivée dans la salle, elle a réalisé que c’était sa chance.

Ce qu’elle voulait vraiment, a-t-elle dit après la réunion, c’était de « leur rappeler la raison pour laquelle ils sont ici et au nom de qui ils sont supposés prendre des décisions. »

« C’est quelque chose qu’ils ont oublié depuis plusieurs années, a dit Scott. La géopolitique et les affaires du sport sont placées devant les athlètes depuis trop longtemps et il est temps de revenir à la représentation des athlètes. Et si on ne le fait pas ici, alors à quoi ça sert ? »