Tuque sur la tête, épaisse moustache rousse dominant une barbe fournie, Olivier Jean saluait d’anciens collègues de l’équipe canadienne de patinage de vitesse courte piste à leur sortie de l’entraînement, mercredi matin.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Charles Hamelin a eu droit à une accolade chaleureuse, lui qui a annoncé sa paternité à venir en 2020 sur les réseaux sociaux, la semaine dernière.

Accoté sur un mur de l’aréna Maurice-Richard, où il a patiné pendant une douzaine d’années, Jean racontait sa nouvelle vie d’étudiant à la maîtrise en entrepreneuriat et en gestion de l’innovation, à la Smith School of Business de l’Université Queen’s, à Kingston.

« Hé, en passant, je t’annonce ma retraite », a lâché, de but en blanc, le désormais ancien patineur de 35 ans.

Cette révélation sans flafla sied bien à cet athlète iconoclaste, qui a touché avec succès à toutes les disciplines du patinage de vitesse : courte piste, longue piste et roues alignées, sur glace artificielle, sur glace naturelle et sur le bitume.

Après sa troisième participation aux Jeux olympiques à PyeongChang, à l’épreuve de départ groupé en longue piste (14e), Jean a prolongé sa carrière. Mais le cœur n’y était plus autant.

« J’avais l’impression d’avoir un peu moins de motivation, un peu moins de plaisir sur la glace, a-t-il expliqué. J’étais encore en forme après les Jeux olympiques. Mais durant la saison, j’avais peut-être un peu plus de misère à dire non à un morceau de gâteau supplémentaire ou à quelques coupes de vin durant le souper. »

Les jeunes étaient de plus en plus rapides et j’étais moins performant. J’avais le goût de faire autre chose et j’avais d’autres projets.

Olivier Jean

Jean a passé neuf saisons dans l’équipe nationale de courte piste, se qualifiant deux fois pour les Jeux olympiques, dont ceux de Vancouver en 2010 où il est monté sur la plus haute marche du podium au relais, son plus beau souvenir. Au total, il a remporté 58 médailles sur la scène internationale, dont l’or sur 500 m aux Mondiaux de 2012.

Après les Jeux de Sotchi, en 2014, il a graduellement fait la transition vers le longue piste, tout en faisant un baccalauréat en kinésiologie. Il s’est consacré totalement à sa nouvelle discipline à partir de 2015, s’installant à Calgary pour l’entraînement. Deux ans plus tard, il a gagné le bronze au départ groupé aux Championnats du monde.

Marathons sur glace

Jean a aussi patiné pour une équipe professionnelle aux Pays-Bas, où il a découvert les marathons sur glace, à l’intérieur comme à l’extérieur, parfois sur des cours d’eau ou des lacs quand la température le permettait.

« Même si c’était extrêmement difficile, j’ai eu la chance de voir la passion néerlandaise pour ce type d’effort, avec des foules et une atmosphère incroyables. »

Son grand regret : ne pas avoir eu l’occasion de disputer la fameuse épreuve de 200 km reliant 11 villes des Pays-Bas, sur canaux, rivières et lacs gelés. La course n’a pas eu lieu depuis 1997, faute de glace d’une épaisseur suffisante. Il se souvient néanmoins d’une balade mémorable avec le champion olympique Jorrit Bergsma et sa famille après les Jeux de PyeongChang.

« Les gens se retrouvent au croisement de canaux pour un chocolat chaud à 1 euro. C’était vraiment spécial, une belle expérience de patinage. »

Le nouveau retraité s’estime chanceux de pouvoir compter sur le programme Plan de match, destiné au mieux-être global des athlètes pendant et après leur carrière. La Smith School of Business fait partie des partenaires. « Trop peu d’athlètes utilisent les ressources de Plan de match parce qu’ils sont concentrés sur leur sport. »

Après sa formation, Jean veut rester proche de la « performance de pointe et de l’innovation dans le sport ». Ses patins ne seront jamais bien loin. Deux fois par semaine, il saute d’ailleurs sur la glace avec les jeunes Striders de Kingston, avec qui il partage son savoir.