L’International Swimming League est un nouveau circuit de natation en marge de la Fédération internationale (FINA). Son but : professionnaliser le sport et en redonner les clés à ses principaux acteurs, les nageurs. Presque toutes les grandes vedettes plongent pour ce spectacle haut en couleur. La Québécoise Mary-Sophie Harvey a participé aux deux premiers « matchs » à Indianapolis et à Naples. Elle en est revenue fatiguée mais enchantée. Survol.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

L’origine

L’International Swimming League (ISL) est une idée de l’homme d’affaires Konstantin Grigorishin, un milliardaire russe d’origine ukrainienne qui a fait fortune dans la métallurgie et les équipements de production électrique avec l’entreprise Energy Standard Group. Cet amateur de natation finance un club privé du même nom en Turquie. L’an dernier, la Fédération internationale (FINA) s’est interposée en menaçant de suspension les nageurs qui participeraient à une compétition non sanctionnée et organisée par Energy Standard en Italie. L’évènement a été annulé, mais des athlètes de renom comme Katinka Hosszu et Adam Peaty se sont levés pour critiquer la FINA. Cette dernière souhaitait protéger son circuit de Coupe du monde, largement boudé et dont la distribution des bourses fait l’objet de débats depuis des années. À l’issue d’un bras de fer, la FINA a levé la possibilité de sanctions au début de l’année, ouvrant la porte à l’ISL, lancée plus tôt ce mois-ci à Indianapolis et à Naples. Coût annoncé de l’opération, financée par Grigorishin : 25 millions de dollars américains.

Le concept

PHOTO ALFREDO FALCONE, ASSOCIATED PRESS

Première sur la scène internationale de la natation, l’ISL propose des compétitions selon une formule par équipes de 32 nageurs (16 femmes, 16 hommes), quatre établies aux États-Unis et quatre autres en Europe. La nationalité de ses membres n’a toutefois pas d’importance. Ainsi, la Québécoise Mary-Sophie Harvey fait partie de l’européenne Energy Standard avec ses compatriotes Penny Oleksiak, Kayla Sanchez, Rebecca Smith et Kierra Smith. Ses deux grandes vedettes : la Suédoise Sarah Sjöström et le Sud-Africain Chad Le Clos. Disputé en bassin de 25 mètres, chaque « match » réunit quatre équipes, représentées par deux nageurs dans chaque épreuve, toujours assignés aux mêmes couloirs. Des points sont attribués en vertu du classement de chaque course individuelle (neuf pour une première place, sept pour une deuxième, un seul pour une huitième). Des relais et un tournoi de sprint (« skins ») sont aussi au programme. Chaque « match » se déroule sur deux jours, à raison de deux heures par session, avec de l’action continue.

Harvey empile les mètres

Membre d’Energy Standard, l’équipe gagnante des deux premiers « matchs », Mary-Sophie Harvey est la nageuse qui a accumulé le plus de mètres en course, tant à Indianapolis (1400 m) qu’à Naples (1200 m). « Il y a beaucoup d’enchaînements, à peu près une heure entre les courses, souvent moins, a-t-elle expliqué. Je ne suis pas habituée à ça. Ce n’est pas facile, mais ça fait changement. » Spécialiste du demi-fond, la native de Trois-Rivières a multiplié les épreuves de 200 m (dos, papillon et quatre nages individuel) et de 400 m (crawl et QNI), s’approchant de certains de ses meilleurs temps réalisés il y a trois ans. En neuf départs, celle qui représente habituellement le club CAMO a enregistré une troisième place et deux quatrièmes. Au 400 m libre, Harvey s’est mesurée à l’Américaine Katie Ledecky, qui a raté le record mondial par 14 centièmes. Apparemment, la FINA ne l’aurait pas ratifié…

« Ambiance incroyable »

Harvey a savouré « l’ambiance vraiment incroyable » qui régnait autour de la piscine, en particulier à Naples, devant une salle comble d’un public de connaisseurs. Jeux de lumières, DJ en bordure du bassin et équipiers réunis sur une estrade : rien n’est traditionnel à l’ISL. « Habituellement, tu compétitionnes contre ces gens-là, souligne la Québécoise de 20 ans, qui a nagé quelques mois pour le club Energy Standard en Turquie. Le fait d’être en équipe pour essayer d’amasser le plus de points possible, c’est complètement différent. Ça rend ça très agréable. […] Je trouve qu’on a besoin de changements dans la natation. Je pense que c’est la bonne façon de donner plus de visibilité à notre sport. Reste à voir si les gens ont apprécié. » L’ISL est diffusée sur plusieurs grands réseaux un peu partout dans le monde. Au Canada, CBC en assure la webdiffusion.

« Messi c. Ronaldo »

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Le duel entre le Français Florent Manaudou et l’Américain Caeleb Dressel a retenu l’attention à Naples.

Le duel entre l’Américain Caeleb Dressel (13 titres mondiaux en 2017 et 2019) et le Français Florent Manaudou (or sur 50 m aux JO de 2012) a retenu l’attention à Naples. Dressel, des Cali Condors, s’est imposé dans le « skins » final de 50 m, mais Manaudou, sorti de sa retraite pour l’ISL, a remporté la compétition avec ses coéquipiers d’Energy Standard. « Alors qu’ISL se développera, ils nageront l’un contre l’autre beaucoup plus souvent, a soulevé James Gibson, l’entraîneur d’Energy Standard. La natation a besoin de ces rivalités. Elle a besoin d’un Messi contre Ronaldo, ce genre de choses. L’avenir s’annonce bon pour nous et j’ai hâte d’en faire partie. » Nageur par excellence en Italie, Dressel a récolté un total de 18 500 $ US en bourses. Sjöström a décroché le même honneur chez les femmes, accumulant des gains de 12 900 $ US. Les membres de chaque franchise signent un contrat dont le montant varie selon le statut de l’athlète.

La suite

L’ISL se poursuit ce week-end à Lewisville, au Texas, avec l’entrée en scène de quatre nouvelles équipes, dont le LA Current de l’Américain Nathan Adrian et l’Iron de la Hongroise Katinka Hosszu, la « dame de fer » en personne. La ligue se déplacera à Budapest (26-27 octobre), à College Park, au Maryland (16-17 novembre), à Londres (23-24 novembre) et à la grande finale au Mandalay Bay Resort and Casino de Las Vegas (20-21 décembre), qui réunira les deux meilleures équipes européennes et américaines. Détentrice du maximum de huit points avant son troisième rendez-vous à Londres, l’Energy Standard de Mary-Sophie Harvey a d’excellentes chances de participer à cette finale.