40 ans, 11 mois et 1 jour : les trois chiffres sont restés gravés dans la mémoire de Marc-André Paillé. Ils sont un malheureux tournant et une trace indélébile qui le conduisent aujourd’hui à l’assaut d’un grand défi étalé sur 12 mois.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

40 ans, 11 mois et 1 jour, c’est l’âge de son père au moment de sa mort soudaine. Lui, le jeune ado de 12 ans qu’il était, n’avait pas le recul pour comprendre entièrement le contexte.

Tout le monde me disait que mon père était mort jeune, mais à 12 ans, je ne comprenais pas pourquoi ils me disaient ça. Je trouvais que c’était vraiment loin. Mon premier choc, ça a été plus tard, à 30 ans. Je me suis dit : “C’est juste dans 10 ans. C’est tellement jeune”.

Marc-André Paillé

En faisant un demi-Ironman, en 2015, il a un flash. Il veut rendre hommage à son père en réalisant une grosse épreuve sportive le jour où il aura lui-même 40 ans, 11 mois et 1 jour. Cela tombera en août 2020. Il pense d’abord à un Ironman, épreuve de 226 kilomètres qui combine la natation, le vélo et la course à pied. Ce passionné de course en sentier imagine ensuite accomplir un ultra-marathon. Une amie lui suggère plutôt le concept des 12 travaux de Marc-André. Bingo. Pendant un an, il réalisera un défi, lié au plein air, chaque mois.

Sa durée lui permet de varier les activités en fonction des différentes saisons. Par exemple, il vivra neuf jours de façon autonome dans un igloo au mois de février. En juin, il nagera 14 kilomètres dans les eaux du lac Wapizagonke. Encore un clin d’œil à son père puisque c’est dans le Parc national de la Mauricie qu’il l’a très vite initié au plein air.

« Je suis un touche-à-tout du plein air. Je ne suis pas le plus rapide des coureurs ni le plus lent. J’aime aussi faire du ski de randonnée, du vélo ou de la natation. »

J’ai choisi tous les sports que j’aimais faire et, arrivé à un cul-de-sac, j’ai consulté mes amis pour poursuivre la réflexion. Qu’est-ce qui pourrait être assez gros pour être impressionnant, mais pas trop exagéré non plus pour que ça soit accessible ?

Marc-André Paillé

En vrac, il s’alignera sur des ultra-marathons, fera plus de 100 kilomètres en ski de fond ou en canot, partira pour de longues promenades en vélo ou traversera les Chic-Chocs (Gaspésie) en ski de randonnée. L’aventure a commencé au début du mois de septembre avec la traversée aller-retour de Charlevoix, soit environ 200 kilomètres dans les sentiers.

Il ne craint aucune épreuve en particulier, même si l’une d’elles a retenu l’attention. Le 11 novembre, jour du Souvenir, le résidant de Saint-Jean-sur-Richelieu parcourra cinq kilomètres avec un sac de sable de 100 livres sur le dos. Chaque fois, il devra retourner au point de départ pour en chercher un nouveau.

« C’est l’épreuve que les gens trouvent la plus intense. C’est beaucoup, je sais, mais c’est aussi une analogie. Je veux montrer que les jeunes en situation de vulnérabilité ont un poids supérieur à 100 ou 500 livres sur les épaules. Je pense que ça vaut la peine de faire ce défi pour le montrer. »

Car au-delà de l’hommage à son père et de la « célébration de la vie », le projet comporte un volet communautaire. Il s’est ainsi associé à L’Étoile, un organisme de Saint-Jean-sur-Richelieu qui offre des services de pédiatrie sociale. En plus des dons que son histoire peut engendrer, il s’implique personnellement dans les activités de L’Étoile.

D’après moi, on va changer la vie de certains jeunes et pas juste avec l’argent. On veut leur montrer les belles valeurs, la persévérance et la résilience. Une maman a même écrit qu’elle était contente que son fils me prenne comme modèle. Le cœur m’a tourné.

Marc-André Paillé

Pour les inclure le plus possible, il a imaginé une activité non sportive au mois de décembre. En guise de clin d’œil aux Douze travaux d’Astérix, dans lequel Obélix engouffre un repas gargantuesque, il a prévu une raclette en plein air. Une famille utilisant les services de L’Étoile y participera gratuitement lors de la vente de chaque paire de billets. « Je souhaite une mixité et un échange entre des dirigeants d’entreprises et les habitants du Vieux Saint-Jean », illustre-t-il.

Pas peur de l’échec

Grand sportif et entraîneur, Marc-André Paillé ne craint pas l’échec dans l’une ou plusieurs épreuves. Ça ne remettrait pas en cause la portée du défi et son message, dit-il. Bien au contraire.

« Je vais pouvoir aller voir les jeunes et tous ceux qui me suivent pour leur dire : “J’ai vécu une épreuve, j’ai échoué à cause de telle ou telle raison, je me relève et je continue”. Dans la vie, il y aura d’autres défis et je m’attaque au suivant quand même. »

En août 2020, l’aventure se conclura au mont Saint-Grégoire avec 41 boucles de 2,2 kilomètres réalisées en courant. Il effectuera la dernière avec sa fille afin de lui transmettre symboliquement l’héritage venant de son père.

Ensuite ? Certains partenaires lui ont suggéré de ne pas s’arrêter en si bon chemin. « Je crois qu’il y aura une suite à tout ça, mais je ne sais pas quelle forme ça va prendre. Comme je le dis toujours, toutes les réponses viennent lorsqu’on est en plein air. Pendant l’une de mes épreuves, je suis convaincu que j’aurai un flash. »