Le client hésite entre deux sacs à dos. Il en enfile un, qu’il a lesté avec des sacs de sable pour simuler une charge normale, et se promène un peu dans la boutique de plein air. Puis il essaie l’autre. Il évalue le confort des deux sacs, compare leur poids et leur capacité.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Bizarrement, même si les deux sacs affichent la même capacité, un petit regard à l’intérieur semble indiquer le contraire : l’un semble beaucoup plus spacieux que l’autre. Comment les fabricants de sacs à dos font-ils pour déterminer la capacité de leurs produits ? La réponse : ils jouent avec des billes !

« Pour déterminer la capacité de nos sacs, nous utilisons un système de billes vides de 20 millimètres de diamètre, indique Matthew Connor, chef de produit chez Gregory Mountain Products. Nous remplissons le sac et les pochettes qui se ferment avec une fermeture éclair. Une fois le sac plein, nous vidons les billes dans un grand cylindre gradué qui nous permet de mesurer la capacité totale du sac. »

On ne prend pas les choses à la légère.

« Lorsque le sac à dos se ferme avec un cordon de serrage, nous remplissons le sac jusqu’à ce que l’ouverture ne soit plus que de 100 millimètres, précise M. Connor. Nous remplissons les pochettes de façon réaliste : nous ne les remplissons pas au point de déformer le sac. »

Il ajoute que Gregory ne remplit pas, et donc ne calcule pas, les pochettes extérieures qui sont en filet ou en tissu extensible. Osprey et Arc’teryx suivent sensiblement les mêmes règles.

« Nous utilisons une norme ASTM (American Society for Testing Material) pour calculer la capacité, fait savoir un designer d’Osprey dans un courriel à La Presse. Nous utilisons de petites billes pour remplir tous les espaces fermés, soit le compartiment principal et les pochettes qui se ferment avec une fermeture éclair, une sangle ou un rabat. »

C’est ainsi qu’un sac ayant plusieurs pochettes fermées pourrait très bien avoir une plus grande capacité qu’un autre sac ayant un plus grand compartiment principal, mais moins de pochettes.

Les pochettes ont leur importance, fait valoir André Labelle, conseiller à la boutique MEC de Laval. « C’est là pour une raison, affirme-t-il. Tu peux y mettre les choses que tu veux avoir à portée de main : les barres tendres, une tuque, des gants. »

Confusion

Lorsqu’on parle de sac à dos, il faut réaliser que le nom du modèle peut prêter à confusion. Ainsi, un sac Aether 70 d’Osprey n’a pas nécessairement une capacité de 70 litres, et un sac Zulu 55 de Gregory n’a pas nécessairement une capacité de 55 litres. Tout dépend de la taille du sac à dos.

PHOTO FOURNIE PAR OSPREY

Sac à dos Aether 70 d’Osprey

En effet, le même modèle de sac à dos peut avoir des tailles différentes (petit, moyen, grand, etc.) afin d’accommoder différentes longueurs de dos.

« Le modèle Aether 70 qui convient aux dos plus longs aura une plus grande capacité que celui qui convient aux dos plus courts, explique Mark Smith, directeur du marketing du distributeur canadien d’Osprey. Tout le sac est plus gros pour correspondre au dos plus long. »

Pour les sacs à dos pour homme, c’est la taille moyenne ou moyenne/grande qui est la référence : la taille moyenne de l’Aether 70 a une capacité de 70 litres, alors que la taille grande a une capacité de 73 litres. Quant au Zulu 55 de Gregory, il a une capacité de 55 litres pour la taille moyenne et de 53 litres pour la taille petite.

Par ailleurs, c’est la taille petite/moyenne qui est la taille de référence pour les sacs à dos pour femme : le Jade 53 de Gregory (la version féminine du Zulu) a une capacité de 53 litres.

PHOTO FOURNIE PAR GREGORY MOUNTAIN PRODUCTS

Sac Jade 53 de Gregory Mountain Products

Il est évidemment important de choisir un sac à dos qui a une capacité appropriée pour l’activité choisie. « Pour faire une randonnée d’un jour, un sac de 20 litres peut facilement faire l’affaire, indique André Labelle, de la boutique MEC. Si c’est l’été, parce que l’hiver, on a besoin de plus de choses. »

Pour une randonnée en autonomie de plusieurs jours, il conseille un sac d’au moins 65 litres, selon la saison. « On peut toujours tricher si le sac a un rabat au-dessus, note M. Labelle. En allongeant les sangles de ce rabat, on peut ajouter jusqu’à 20 litres de capacité. On peut ainsi transformer un sac de 50 litres en un sac de 65 litres. »

En fait, Arc’teryx calcule aussi cette capacité supplémentaire, indique Vincent Beasse, responsable de la mise en marché des produits. Toutefois, l’entreprise n’utilise que la mesure effectuée sans l’extension pour présenter ses sacs à dos.

Lorsque vient le temps de remplir son sac à dos, il est important d’atteindre un équilibre, insiste André Labelle : apporter le nécessaire, pas plus, pas moins. « Plus le sac est gros, plus on a tendance à mettre des choses dedans », lance-t-il.

Dans les boutiques de plein air, les sacs de 35 ou 40 litres ont la cote : c’est la taille maximum d’un sac qu’on veut embarquer comme bagage à main dans un avion. « Les gens ne veulent pas payer un extra pour un bagage enregistré », explique André Labelle.