À sa retraite des pelotons professionnels il y a six ans, François Parisien a vécu une petite période de flottement. Pendant trois mois, il a complètement arrêté le sport. De son propre aveu, il ne « se sentait pas très bien dans sa peau » et se « cherchait un peu ».

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

« Cette période est vraiment difficile. Tu ne sais pas comment réagir quand tu es un athlète professionnel, que tu as fait du vélo pendant 25 ans et que tu es confronté au monde normal », révèle Parisien.

Le constat n’a pas tardé. Après avoir rapidement démarré sa seconde carrière chez PowerWatts, il a dû faire le tri dans les nombreuses propositions qu’il recevait. Ce véritable hyperactif devait aussi dénicher une autre passion pour tourner la page sur sa carrière de cycliste et se sentir mieux.

La solution s’est imposée tout naturellement. Elle était face à lui, comme un signe du destin. « Pour le travail, j’ai pris un appartement dans l’arrondissement du Sud-Ouest face au centre d’escalade Allez Up, raconte-t-il. Ça m’a pris trois mois avant de trouver le gym. Mais la journée où je l’ai trouvé, ça s’est bien passé. Je suis tombé en amour et je fais maintenant quatre ou cinq entraînements par semaine. »

Je pratique l’escalade aussi intensément que le cyclisme à l’époque où j’étais coureur professionnel.

François Parisien

Il suffit de jeter un œil à son compte Instagram pour confirmer les propos de celui qui a été le premier cycliste québécois à remporter une course de niveau UCI World Tour. Ce n’est plus du matériel de vélo que l’on voit dans son chalet, mais des prises d’escalade sur les murs, voire au plafond. Il ne possède d’ailleurs plus de vélo depuis un an.

« Quand j’ai lâché le vélo et que j’ai découvert l’escalade, je savais exactement où je voulais m’en aller, raconte celui qui animera le Psicobloc au parc Jean-Drapeau (du 22 au 25 août). Je faisais de la haute performance en vélo et je voulais faire de la haute performance en escalade.

« Tout de suite, j’ai côtoyé des coachs de l’équipe nationale et des coachs en chef ici. Comme ce sont maintenant mes meilleurs amis, on se voit six fois par semaine. On soupe ensemble, on s’entraîne ensemble, on regarde les championnats du monde ensemble et on débat ensemble. »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

En plus de pratiquer l’escalade, François Parisien anime plusieurs événements d’envergure, comme le Psicobloc.

Des changements

Contrairement au parcours traditionnel, Parisien, qui ne connaissait rien à la discipline, a démarré par l’escalade de glace et l’escalade traditionnelle avant de se tourner vers les blocs. Le défi physique l’a tout particulièrement attiré.

Mais il y a quand même un monde d’écart entre le cyclisme professionnel et l’escalade. Les sollicitations, d’un point de vue physique, ne pourraient pas être plus opposées, reconnaît le champion canadien de 2005.

Le challenge, c’était de métamorphoser mon corps, et je suis encore en train de le faire cinq ans plus tard. Le vélo, c’est le bas du corps et le cardio. Dans l’escalade, c’est le haut du corps et la force physique pure.

François Parisien

« L’aspect mental et le contrôle de la peur se rapprochent beaucoup, explique-t-il. Les gens ne s’en rendent peut-être pas compte, mais quand tu roules à 55-60 km/h en vue d’un sprint, la peur est vraiment présente. Je retrouve beaucoup ça dans l’escalade avec le vertige ou le fait d’habituer son cerveau à travailler, en hauteur, dans le vide. »

En plus de pratiquer l’escalade, Parisien anime également plusieurs événements d’envergure. Il sera ainsi au micro lors de la deuxième édition du Psicobloc, une compétition d’escalade libre extrême réalisée sans corde ni filet. De jeudi à dimanche, les participants graviront une paroi inversée de 55 pieds (16,7 m) surplombant une piscine du parc Jean-Drapeau.

« Le Psicobloc, c’est vraiment une discipline hybride. Les organisateurs combinent une voie, au-dessus de l’eau, avec de la vitesse. C’est l’événement d’escalade le plus gros que j’anime et l’un des plus gros qui existent en Amérique du Nord. Il attire beaucoup de gens et tout le gratin de l’escalade de haut niveau comme Sasha DiGiulian cette année. C’est un show spectaculaire. »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

François Parisien a été le premier cycliste québécois à remporter une course de niveau UCI World Tour.

Le vélo, « ce qui me définit »

Malgré cet intérêt pour l’escalade et même s’il ne roule plus à vélo, Parisien reste un passionné. Outre les contrats d’images de marque et ses passages à RDS à titre d’analyste, il occupe le poste de directeur des opérations chez PowerWatts.

En fin d’entrevue, on lui pose d’ailleurs une colle. Qu’aurait-il fait s’il avait découvert l’escalade, qui sera présente aux Jeux olympiques de Tokyo, plus tôt dans sa vie ?

« Le vélo, ç’a a été et c’est toujours une partie de moi. C’est ce qui me définit. Mais c’est certain que je me pose la question : “Qu’est-ce qui serait arrivé avec moi si j’étais tombé dans la soupe plus jeune et si j’avais réussi à travailler mes tendons plus jeune ?” Par contre, l’escalade est comme le vélo. On peut la pratiquer de manière récréative et chacun peut y trouver son compte. »

S’entraîner en s’amusant, c’est d’ailleurs de cette manière qu’il conçoit et définit l’escalade. « Tu ne t’en rends pas compte, mais tu fais des mouvements très difficiles. Tu fais beaucoup de gainage et ça tonifie vraiment le corps. Ça a aussi des bienfaits au niveau du mental. »

Personne n’est mieux placé que lui pour le savoir. Après trois mois de flottement, quatre ans pour se sentir parfaitement bien dans sa nouvelle vie, Parisien a trouvé sa voie. Elle est dans les blocs.