La canoéiste Laurence Vincent-Lapointe était le plus bel espoir québécois de médaille aux Jeux de Tokyo, l’été prochain. Treize fois championne du monde. Une athlète dominante. La Usain Bolt du canoë, écrivais-je mardi dernier.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Mauvaise comparaison.

Depuis hier, et jusqu’à preuve du contraire, elle est plutôt la Ben Johnson du canoë. L’athlète de 27 ans a échoué à un test antidopage. Elle est suspendue jusqu’à nouvel ordre. Sa qualification pour les Jeux olympiques est évidemment compromise.

Qu’a-t-on trouvé dans son urine ? Du ligandrol. Une cochonnerie. « Une substance qui permet d’augmenter la masse musculaire sans les effets secondaires des stéroïdes », explique l’agence antidopage australienne. L’impact à long terme sur la santé ? Inconnu. Pas surprenant que ce soit la drogue à la mode chez les athlètes d’élite. Une dizaine d’entre eux ont été suspendus depuis trois ans pour avoir consommé du ligandrol.

« Il y en avait en très petite quantité, juste au-dessus de la limite », m’a expliqué hier une personne de l’entourage de Laurence Vincent-Lapointe. Sauf que la limite est justement fixée à ce niveau pour une raison. Au-delà, le produit procure un avantage à l’athlète dopé.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

La qualification de Laurence Vincent-Lapointe pour les Jeux olympiques de Tokyo est compromise.

Comment tout ça est arrivé ? C’est flou. Laurence Vincent-Lapointe fournira des explications ce matin. Mais déjà, on sait qu’elle va contester. Canoe Kayak Canada a indiqué hier que son athlète « n’a pas intentionnellement pris de substance interdite ».

Une belle excuse.

Malheureusement, on l’a déjà entendue trop souvent. Parmi les cas célèbres d’athlètes dopés à leur insu :

– Alberto Contador, double champion du Tour de France, avait blâmé un morceau de viande contaminée ;

– Ben Johnson, gagnant du 100 m aux Jeux de 1988, croyait qu’un homme avait trafiqué sa « bière de la victoire » ;

– Floyd Landis, cycliste d’élite, expliquait sa hausse de testostérone par sa consommation élevée de whisky ;

– Marco Boriello, joueur de soccer, avait raconté que sa femme souffrait d’une infection vaginale et qu’elle s’était servie d’une crème de cortisone qui l’avait contaminé (l’excuse n’avait pas été retenue) ;

– Daniel Plaza, marcheur olympique, avait justifié son test positif à la nandrolone par un cunnilingus prodigué à sa femme enceinte ;

– Anderson Silva, champion d’arts martiaux mixtes, s’était fait convaincre par son beau-frère d’essayer un produit magique pour augmenter ses prouesses sexuelles ;

– Et ma préférée, le cycliste américain Tyler Hamilton, qui soupçonnait que des cellules sanguines étrangères dans son corps avaient été produites par son frère jumeau… qui était mort-né !

Bref, ça regarde mal pour Laurence Vincent-Lapointe. Non, elle n’est pas innocente jusqu’à preuve du contraire. Ses deux échantillons étaient positifs. C’est plutôt à elle de prouver sa non-culpabilité.

Bonne chance.

Les champions sortent rarement gagnants de ce combat. D’abord, ils sont responsables de tout ce qu’ils ingèrent. Point. La skieuse Therese Johaug l’a appris à la dure ; elle a été suspendue parce que son baume à lèvres contenait des traces d’un produit interdit.

Aussi, les athlètes ne peuvent pas plaider la méconnaissance des règles. C’est leur tâche de s’informer sur la liste des drogues interdites. Bon exemple : Maria Sharapova. La joueuse de tennis consommait un produit depuis une dizaine d’années. Elle a continué de le prendre après qu’il a été placé sur la liste noire. Résultat : une suspension de 15 mois. 

Dans le cas des athlètes qui ont subi un contrôle positif au ligandrol, tous ont été suspendus.

Selon le Sydney Morning Herald, la majorité des fautifs sont exclus pour quatre ans. Une lutteuse canadienne s’en est sortie avec une peine d’un an. Le basketteur Joakim Noah avec seulement 20 matchs. Mais la NBA n’est pas reconnue pour sa collaboration avec les agences antidopage.

Une suspension à long terme semble donc inévitable.

Alors à quoi s’accroche Laurence Vincent-Lapointe ?

Peut-être au cas de Shayna Jack. Elle aussi reconnue coupable de dopage au ligandrol, la championne australienne de natation défend sa réputation avec acharnement. Elle aussi affirme qu’elle n’a pas ingéré sciemment la drogue. Elle blâme un supplément contaminé. Elle cherche à faire réduire sa peine, afin de pouvoir participer aux Jeux de Tokyo, où elle aurait de bonnes chances d’être médaillée avec l’équipe de relais. L’histoire – qui suscite les passions en Australie – n’a pas encore été réglée.

La bataille de Laurence Vincent-Lapointe ne fait que commencer. Mais le vent de face est fort. Même pour la meilleure canoéiste au monde.

Un grand homme

L’ancien capitaine et directeur général du Canadien Serge Savard est un homme de projets. Pendant qu’il protégeait la ligne bleue du Tricolore, il avait fondé la Ligue collégiale AAA, un circuit de haut niveau sans violence. Il propose depuis longtemps la création d’un trophée remis au meilleur défenseur défensif de la LNH. C’est aussi un homme qui a connu des succès dans les affaires.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Serge Savard

Sa dernière idée ? La création d’un fonds de 5 millions destiné aux étudiants-athlètes de l’Université de Sherbrooke. Il s’est engagé à remettre personnellement 400 000 $. Un don remarquable, qui aidera grandement les jeunes à concilier le sport et les études. Tous en profiteront – pas juste les joueurs de l’équipe de football.

Le Fonds Serge-Savard a déjà 1 million dans ses coffres. Le Sénateur comptait sur son tournoi de golf au club Islesmere, hier, pour augmenter les provisions. Plusieurs grands noms du hockey – Bob Gainey, Larry Robinson, Pete Mahovlich, Jacques Lemaire – étaient présents. Une belle complicité pour un projet emballant, qui permettra à l’Université de Sherbrooke de rivaliser avec les autres établissements québécois.

Un grand homme (2)

C’était il y a deux ans. Un soir de semaine, après un match de hockey de mon cadet. Dans l’auto, on a mis la radio. À Bonsoir les sportifs, comme toujours. Derek Aucoin était l’animateur. Un homme en détresse a appelé. 

Derek aurait pu raccrocher. Il l’a écouté. Longuement. Avec compassion et humanité. Pendant presque 20 minutes. Un grand moment de radio. Ce soir-là, je suis convaincu qu’il a raccroché son auditeur à la vie.

Aujourd’hui, c’est Derek qui connaît des jours plus difficiles. L’ancien lanceur des Expos souffre d’un cancer du cerveau. « Je suis atteint d’un glioblastome multiforme. Ce n’est clairement pas la nouvelle que j’espérais », a-t-il indiqué hier par communiqué.

Une triste nouvelle. Je lui souhaite des jours meilleurs. Pour lui. Pour sa famille. Pour ses amis. Et pour nous tous aussi. Parce que c’est un homme qui fait le bien autour de lui. Peu de gens ont un cœur aussi grand que ce gentil géant.