(Mont-Tremblant) Une bonne heure après leur arrivée, Cody Beals et Lionel Sanders étaient encore en train de bavarder. Entre le duo canadien, qui a fait cavalier seul durant une bonne partie de la journée, on perçoit beaucoup de respect et même une certaine amitié.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

« C’est certain que l’on est des amis. J’aime le mot “frenemies” », précise Beals en utilisant la contraction des mots amis et ennemis en anglais. Amis dans la vie et rivaux lors des compétitions, donc, les deux hommes se sont livré une bataille de haut vol, hier.

Au final, Beals a conservé son titre en pulvérisant le record du parcours de Mont-Tremblant avec un temps de 7 heures, 58 minutes et 34 secondes. Sanders, de retour après une sérieuse blessure au bas du dos, a terminé sept minutes plus tard et gagné une place inespérée pour les Championnats du monde.

Mon temps a été un choc complet. Je ne suis pas porté à regarder ma montre ou mon cyclomètre durant la course et je n’avais aucune idée de mon temps en arrivant. Quand Mike [Reilly] me l’a dit, j’ai été plus étonné qu’autre chose. Je ne pensais pas que c’était possible sur ce parcours.

Cody Beals

Pour Sanders, la performance de son ami, âgé de 29 ans, s’inscrit comme l’une des plus belles de l’histoire de l’Ironman. On a d’ailleurs rapidement su que le rythme de cette compétition allait être rapide. L’identité du vainqueur, par contre, s’est brouillée au fil des kilomètres.

Lors de la portion de vélo, par exemple, Beals est longtemps resté à quelques secondes de Sanders. Il a ensuite été sans réponse face à l’accélération de son « ennami ».

« J’ai donné tout ce que j’avais pour pouvoir le suivre jusqu’au 130e kilomètre. J’ai ensuite pris la décision tactique de le laisser aller, mais d’un autre côté, je sais que ç’a aurait été impossible de le suivre. Je pensais que la course était jouée quand il m’a distancé », a avoué Beals.

Au terme des 180 km de vélo, Sanders s’était forgé une avance de plus de cinq minutes. On l’imaginait remporter son premier Ironman, ici, après avoir gagné quatre demi-Ironman sur ses mêmes lieux. Peu après le 30e kilomètre de course, Beals a cependant repris la tête avec un rythme de 3 minutes et 51 secondes du kilomètre. À la ligne d’arrivée, il a longuement étreint son copain, James, avant de saluer un Sanders boitillant.

Sanders a appris

Qui est le plus satisfait ? Beals, qui est passé sous la barre symbolique des huit heures, ou Sanders, qui a effectué un retour magistral après une année ruinée par une fracture de stress au sacrum ? Deuxième des Championnats du monde de 2017, Sanders avait tout misé sur Mont-Tremblant afin de gagner sa place pour la mythique épreuve hawaïenne.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Lionel Sanders a obtenu son billet pour les Championnats du monde.

Après de longues semaines à travailler dans l’ombre, dans son sous-sol (sa pain cave), il s’est présenté au Québec sans trop de certitudes. « Je ne savais pas si j’allais être en mesure de remporter mon billet pour les Mondiaux. Je savais que ça allait être difficile. »

Le diagnostic de sa blessure est tombé à la mi-avril, hypothéquant ainsi une grande partie de sa saison. Malgré les doutes sur sa participation aux Mondiaux, la période a été riche en enseignements sur le plan méthodologique.

« Je faisais les entraînements en poussant à fond chaque fois. Si je ne criais pas sur le vélo ou à la course à pied, je me disais que ce n’était pas une bonne séance. Tu ne peux pas faire ça sur une longue période, a convenu Sanders. J’ai passé trois mois sans courir, ce qui a été extrêmement difficile par moments, surtout que je venais de passer presque 10 ans sans rater d’épreuves. »

Nathan Killam, de Surrey, en Colombie-Britannique, a pris le troisième rang d’un podium entièrement canadien. Rappelons qu’un Ironman comporte 3,8 km de nage, 180 km de vélo et 42,2 km de course à pied.