(MONT-TREMBLANT) Voilà ce qu’entendront les athlètes lorsqu’ils franchiront – enfin ! – la ligne d’arrivée, cet après-midi, après tous les efforts déployés pour terminer cette 8e édition de l’Ironman de Mont-Tremblant. Et ils l’entendront de la bouche même du légendaire Mike Reilly, l’homme – et surtout la voix – qui accompagne les triathloniens depuis des décennies.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

La voix de l’Ironman en guise de récompense

Au bout de l’effort, qui s’est accompagné de tant de douleurs et de doutes pour le commun des mortels, il y a la récompense. Oui, il y a cette ligne d’arrivée qui apparaît finalement après 226 kilomètres de natation, de vélo et de course à pied. Mais la bande sonore ajoute une autre dimension à ce moment. You are an Ironman ! (Tu es un Ironman !), lance Mike Reilly inlassablement.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

La voix de l'Ironman, Mike Reilly.

Comme un Michael Buffer qui galvanise la foule avec son Let’s get ready to rumble ! avant une finale de boxe, Mike Reilly atteint les spectateurs autant que les athlètes ou leurs familles en lançant cette simple phase de quatre mots.

Combien de triathloniens, peu importe leur niveau, se sont entraînés durant de longs mois en entendant la voix si distinctive de Reilly dans leur tête ?

« C’est un honneur qu’ils veuillent que ce soit moi qui le fasse, déclare Reilly en entrevue. Ces quelques mots sont un point d’exclamation après tout ce qu’ils ont traversé pour se rendre à la ligne de départ. Et quand ils franchissent la ligne d’arrivée, c’est la cerise sur le gâteau. »

Je garde toujours une chose en tête : tout ce qui compte, c’est les athlètes. Je veux prendre soin d’eux… et le reste de l’événement va bien se passer.

Mike Reilly

Comme souvent, le hasard a bien fait les choses. Reilly a trouvé sa formule, en 1991, lors d’une rencontre avec un ami avant les Championnats du monde à Kona. Cherchant à le rassurer, il lui a glissé : « Ne t’inquiète pas, Dan, tu seras un Ironman ! » Quand ce même Dan a fini l’épreuve, Reilly a instinctivement répété : « Dan Trone, tu es un Ironman ! »

Devant la réaction de la foule et de son ami, il a immédiatement su qu’il tenait quelque chose. Chaque annonceur a besoin de posséder son ton, son style et sa signature. Vingt-huit ans plus tard, cela fonctionne toujours aussi bien.

« Si je n’avais pas trouvé cette formule [en 1991], je crois que je serais encore annonceur, puisque j’ai toujours fait ça. Mais peut-être que quelqu’un l’aurait trouvée ou peut-être que quelqu’un m’aurait demandé de la lui dire. Mais ça s’est passé comme ça et certaines choses arrivent pour une bonne raison. Oui, ça m’est tombé dessus pour une bonne raison », croit l’annonceur, qui est membre des Temples de la renommée de l’Ironman, de USA Triathlon et de Running USA.

« Comme à la maison »

Reilly a commencé sa carrière d’annonceur à la fin des années 70. Il se concentre désormais sur les courses de l’Ironman. Son calendrier de 2019, pour lequel il a de nouveau fait voter les internautes, comprend 11 dates, dont des crochets en Nouvelle-Zélande, en Irlande et, donc, à Mont-Tremblant. Qu’aime-t-il de cet événement pour y revenir chaque année depuis 2012 ?

« Qu’est-ce qu’on pourrait ne pas aimer à Mont-Tremblant ? corrige-t-il. Dès que tu mets les pieds dans le village, tu peux sentir la passion et l’énergie de la communauté. On y est très bien accueilli. Que ce soient les athlètes ou nous qui y travaillons, on se sent comme à la maison. »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

En 2015, Mike Reilly avait assisté è une demande en mariage sur la ligne d’arrivée de l’Ironman
de Mont-Tremblant.

Aux côtés d’Alain Cyr, Reilly aura les clés sonores du village jusqu’à minuit. Le matin, avant l’épreuve de natation sur le lac Tremblant, son ton est calme et rassurant. Quand la nuit tombe, l’instant est davantage propice à l’émotion. Les dernières heures sont « spéciales » et « émouvantes », reconnaît-il, en raison du profil des athlètes, bien loin des professionnels.

« C’est émouvant parce que les athlètes sont partis depuis un long moment. À 23 h, je descends de ma tour, j’agite une serviette et j’essaie de faire en sorte que la foule embarque encore plus, décrit-il. Ce moment appartient aux athlètes et je veux que la foule donne tout ce qu’elle a. Les gens peuvent ne pas connaître la personne qui arrive, mais si je raconte son histoire, ils peuvent se mettre à pleurer. C’est une famille, ou Ohana, comme on dit à Hawaii. »

Pour se préparer, Reilly, la voix de l’Ironman, passe à travers les noms et la base de données fournis par l’organisation. C’est là qu’il prend connaissance du parcours et de l’histoire de chacun des participants. Selon des estimations, il aurait annoncé l’arrivée de 400 000 athlètes. Dans tout l’éventail des finissants, avec parfois des histoires particulièrement touchantes, un nom retient son attention : Andy Reilly. Son fils a en effet fini l’Ironman de l’Arizona en novembre 2013.

Regardez l'arrivée d'Andy Reilly

« Il avait 2 ans quand j’ai commencé à faire ce travail pour l’Ironman. Je ne pensais jamais qu’il allait en faire un ou que je ferais ça aussi longtemps. Ce moment est presque impossible à décrire. Il y avait ma femme, sa grande sœur, mon gendre et toute la famille. Je savais aussi par quoi il était passé. Il était un ancien joueur professionnel de baseball et il avait perdu du poids. Je ne voulais pas craquer et me mettre à pleurer, mais je tenais à le faire. C’était très touchant. »

Aujourd’hui, il n’y aura pas fiston à l’arrivée, mais tout de même 2700 personnes qui attendent le célèbre You are an Ironman ! Reilly se voit comme celui qui les aide à réaliser leur rêve après tant d’efforts et de sacrifices. Il est le chaînon final de tout un processus qui culmine avec cette journée hors norme.

« Un Ironman, ce n’est pas seulement finir une course, explique-t-il. C’est aussi voir qui tu vas devenir après l’avoir finie. Avoir été si loin, ça te change pour le mieux. »

Dernière inspection avant le départ

C’est le grand jour pour des milliers d’athlètes inscrits à la 8édition de l’Ironman de Mont-Tremblant. Mais avant de prendre place sur la ligne de départ, ils ont d’abord pris le temps, hier, d’inspecter une dernière fois leur monture.