Bien des amateurs de vélo de montagne sont en deuil : le réseau du Chantecler, sous sa forme actuelle, vit ses derniers mois.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Pendant des années, le propriétaire, Jacques Goupil, a permis à la population de Sainte-Adèle et des environs d’utiliser gratuitement ses terres pour faire du vélo de montagne, de la randonnée, de la raquette et du ski de fond. Il y a quelques semaines, il a annoncé son intention de mettre en branle un important projet immobilier en 2020.

« Ce n’est pas une bonne nouvelle, mais ça fait longtemps qu’on savait que ça devait arriver d’une façon ou d’une autre », dit le président du conseil d’administration de Plein-Air Sainte-Adèle (PASA), Philip Malette. « C’est une demi-surprise, mais ça reste décevant. »

La Ville de Sainte-Adèle ne peut pas contrer le projet puisque celui-ci respecte le zonage. Elle a décidé de réagir en créant un autre grand terrain de jeu, le parc du Mont Loup-Garou.

« On espère faire une belle annonce à la population l’automne prochain », lance la mairesse de Sainte-Adèle, Nadine Brière. « On met tout en place pour avoir le plus de subventions possible. »

Mais elle ne diminue pas pour autant l’importance de la perte du Chantecler.

« Au conseil de ville, on trouve ça triste de perdre ces terres. Le fait de pouvoir les utiliser pour le plein air, c’était un joyau pour nous. »

Elle rappelle que l’hôtel et le centre de ski Chantecler ont longtemps constitué l’un des fleurons de la municipalité.

« Après la fermeture de l’hôtel, les citoyens ont pris d’assaut les terres du Chantecler afin de créer des sentiers. Il y avait déjà des sentiers de ski de fond, mais, au cours des dernières années, ça a pris une ampleur plus importante, notamment avec l’engouement pour le vélo de montagne. »

PHOTO FOURNIE PAR PLEIN-AIR SAINTE-ADÈLE

Des bénévoles participent à une corvée d’automne sur les sentiers du Chantecler.

La Ville a subventionné Plein-Air Sainte-Adèle pour notamment s’occuper de l’aménagement et de l’entretien des sentiers. On parle maintenant d’une vingtaine de kilomètres de sentiers de ski de fond et d’une cinquantaine de kilomètres de sentiers de vélo de montagne. Ceux-ci constituent le cœur du réseau de vélo de montagne de la MRC Les Pays-d’en-Haut.

« Une notoriété s’est établie tranquillement », indique Mme Brière.

La municipalité et la Chambre de commerce ont voulu avoir une idée de l’apport économique des activités de plein air au Chantecler, hiver comme été. Une étude de la Chaire de tourisme Transat de l’Université du Québec à Montréal a donné des réponses : plus de 88 000 visiteurs par année, des retombées de 2,7 millions de dollars à Sainte-Adèle uniquement.

« Après leurs activités, les gens dépensent localement chez nous. »

La municipalité était bien consciente que 90 % des sentiers de plein air de la région étaient situés sur des terres privées et qu’ils étaient donc tributaires de la bonne volonté des propriétaires. Elle a commencé à chercher des solutions de rechange. Son regard s’est porté sur le mont Loup-Garou, plus haut sommet de la MRC Les Pays-d’en-Haut avec 485 mètres d’altitude.

« Il y a un refuge au sommet, rappelle Mme Brière. La municipalité en a fait l’acquisition au début de l’année 2017 à la suite du décès de la propriétaire. »

PHOTO ANDRÉ CHEVRIER, FOURNIE PAR LA MUNICIPALITÉ DE SAINTE-ADÈLE

Refuge au sommet du mont Loup-Garou

Le site est reconnu par « les Jack Rabbit de ce monde », affirme-t-elle. On y trouve des sentiers de ski de fond patrimoniaux, comme la piste Loup-Garou.

Pour l’instant, on n’y trouve pas de sentiers officiels de vélo de montagne, mais les amateurs ont déjà commencé à explorer l’endroit.

« C’est un secteur qu’on tient à protéger et à développer en matière de parc. »

L’annonce de la fermeture du réseau du Chantecler vient un peu injecter un sentiment d’urgence dans le processus.

La municipalité voudrait créer un parc récréotouristique de 810 acres dans le mont Loup-Garou – l’équivalent de 612 terrains de football. Mais, pour cela, il faudrait faire l’acquisition de neuf terrains. Les coûts du projet devraient atteindre 3 millions, somme évidemment trop élevée pour une seule municipalité.

« Nous allons demander des subventions auprès du gouvernement fédéral et du gouvernement provincial, et des dons de la part de fondations et de grands donateurs. »

La municipalité entend aussi organiser une campagne de sociofinancement.

Évidemment, PASA appuie le projet, comme une bonne partie de la population et du milieu des affaires.

« C’est évident que ça doit aller de l’avant, lance M. Malette. Ce serait très positif pour la région d’avoir finalement un parc pérenne sur lequel on peut travailler et investir. »

Il explique que, dans le cas du Chantecler, PASA ne se lançait pas dans des initiatives onéreuses justement parce qu’il s’agissait d’un terrain privé qui pouvait devenir inaccessible à tout moment.

M. Malette refuse toutefois de pleurer tout de suite la disparition du réseau du Chantecler.

« Un projet de développement, ça ne se fait pas en entier dès le départ, rappelle-t-il. Il peut rester encore d’excellentes années d’utilisation du Chantecler, le temps que le projet arrive à maturité. »

Il souligne que le propriétaire est de bonne foi.

« Je ne pense pas que son but est d’interdire le passage sur tout le territoire. »

M. Malette espère qu’il sera possible d’« arrimer le plein air » dans le projet de développement du Chantecler, et de conserver ainsi certains sentiers.

« C’est certain qu’il y aura des changements, mais j’ai confiance que le propriétaire verra un gain dans le fait de donner à sa clientèle un accès au plein air. »