Impersonnels, les chèques-cadeaux ? Peut-être, mais ils sont parfois à la source de belles découvertes et même d’un changement de vie. Valérie Boileau était entraîneuse dans un gymnase bien connu lorsque son copain de l’époque lui a offert un certificat pour se familiariser avec le CrossFit pendant un mois.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

« Il m’avait dit : “Je pense que tu vas aimer, ça ressemble beaucoup à la façon dont tu entraînes tes clients. C’est très dynamique.” J’ai utilisé mon chèque-cadeau et je suis tombée complètement en amour avec ce sport. »

Le mois s’est étiré. Elle a accroché sur le mélange entre la compétition et l’entraînement. Elle a également apprécié la variété des exercices qui puisent dans la gymnastique, l’haltérophilie ou les sports d’endurance.

Cinq ans plus tard, la Montréalaise de 29 ans est gérante du Reebok CrossFit YUL à Dollard-des-Ormeaux, entraîneuse et athlète. Elle a obtenu son premier podium lors d’une compétition internationale en récoltant la médaille d’argent du French Throwdown (du 27 au 30 juin). Elle participe à la catégorie RX, qui se situe juste en dessous des élites.

Le French Throwdown est l’un de ses grands objectifs de la saison, avec le Wodapalooza à Miami et les jeux Atlas à Montréal. Il s’agit de l’une des plus grandes compétitions européennes de CrossFit avec un processus de qualification particulièrement difficile. La sélection est également très minutieuse puisque seulement 20 athlètes sont choisies dans chaque catégorie.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

Valérie Boileau est titulaire d’un baccalauréat en kinésiologie.

« Dans ma catégorie, celle des femmes de 18-34 ans, nous étions environ 500 à faire le processus de qualifications en ligne, stipule Valérie Boileau. L’organisation annonce les épreuves et tu dois les faire dans ton gym sous la supervision d’un juge accrédité qui te filme. Il y a un gros classement mondial en ligne, puis une équipe technique se charge de regarder les vidéos. Je me suis qualifiée 4e sur 500. »

Pour la deuxième année consécutive, elle a donc pris le chemin de Paris. L’apprentissage de 2018, avec ses erreurs logistiques, a été capital dans ses succès du mois de juin.

« L’an dernier, je m’étais mis énormément de pression. J’avais sous-estimé à quel point c’était difficile de faire un voyage outre-mer et de composer avec le décalage horaire ou un environnement différent. On n’est pas chez nous et on ne mange pas notre nourriture habituelle. Ça m’a déphasée et l’expérience avait été plus difficile. Cette année, je suis arrivée quatre jours avant et j’ai eu besoin de ce temps pour m’acclimater à la canicule. »

La chaleur a d’ailleurs eu raison de bien des athlètes lors de la compétition. L’épreuve de course à pied, d’une distance de 9,5 km entrecoupée de 500 m en planche à bras (paddleboard), s’est notamment déroulée alors que le soleil était à son zénith. Malgré les conditions, ce genre d’efforts est celui dans lequel elle tire son épingle du jeu.

« Mes forces sont plus axées autour de l’endurance. Je ne suis pas exactement l’athlète la plus forte physiquement. Mes barres, comme à l’arraché ou à l’épaulé-jeté, ne sont pas les plus lourdes. J’ai un gabarit un peu plus petit que la moyenne des femmes qui font du CrossFit. Je me démarque dans les épreuves qui demandent beaucoup d’endurance et de capacités cardio-respiratoires. »

« Être mince »

Le sport a toujours fait partie de la vie de Valérie Boileau. Plus jeune, elle pratiquait le soccer et la ringuette. Celle qui est titulaire d’un baccalauréat en kinésiologie accordait aussi beaucoup d’importance à sa silhouette. Trop même.

« Au début de l’âge adulte, j’ai réalisé que mon corps changeait. Je suis alors passée par un chemin que beaucoup de femmes prennent. Je voulais être mince et c’était mon seul but. Je suis tombée dans le cercle vicieux en pensant que c’était les exigences de la société. »

Avec le temps, la pratique du CrossFit a modifié sa perception et ses motivations. L’activité physique n’est plus une façon de perdre du poids et de brûler un maximum de calories tout en se privant par ailleurs.

« J’ai maintenant des objectifs de performance, de bien-être et de santé. Je suis passée du mode esthétique à celui de la performance. Et c’est à partir de ce moment que mon corps a vraiment commencé à changer. Si on tombe en amour avec ce qu’on fait, les résultats vont parler d’eux-mêmes. »

Valérie Boileau

Évidemment, elle surveille son alimentation à l’approche d’une compétition d’envergure. Mais, par ailleurs, elle ne se prive plus des plaisirs gastronomiques.

« Avant et pendant une compétition, je suis suivie par un coach en nutrition. Il s’assure que j’aie tous les nutriments nécessaires et que je ne souffre d’aucune carence alimentaire. Je m’entraîne deux fois par jour et on sait que les athlètes ont tendance à ne pas manger suffisamment. Mais, après les compétitions, comme maintenant, je peux un peu plus profiter de l’été. Je n’aime pas être stricte toute l’année. Ça enlève tout le plaisir. »