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Pierre-Luc Poulin : pourquoi se prendre au sérieux ?

Pierre-Luc Poulin a mis derrière lui un hiver... (PHOTO FOURNIE PAR PASCALE TOUPIN)

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Pierre-Luc Poulin a mis derrière lui un hiver d'entraînement de misère, où il a failli laisser sa santé et son amour du sport.

PHOTO FOURNIE PAR PASCALE TOUPIN

Inspiré par la biographie du cycliste slovaque Peter Sagan, le kayakiste Pierre-Luc Poulin a mis derrière lui un hiver de misère pour remporter ses deux courses aux Essais nationaux la fin de semaine dernière.

Rendu à la dernière bouée, Pierre-Luc Poulin n'a même pas osé célébrer sa victoire. « Je n'y croyais pas vraiment : "Ça vient-tu d'arriver ? C'est vraiment ça ? Quelqu'un que je n'ai pas vu est-il déjà rentré au quai ?" »

Non, le kayakiste de Lac-Beauport ne rêvait pas. Il avait bel et bien remporté le K1 200 m des Essais nationaux, samedi, au bassin olympique de l'île Notre-Dame.

Poulin n'est pourtant pas le dernier venu. Il avait déjà gagné toutes les autres épreuves au programme. Mais, depuis trois ans, il consacre presque toutes ses énergies au K4 500 m. Et sur la ligne de départ de ce 200 m individuel, il se mesurait au tenant du titre, Dominik Crête, 12e des derniers Mondiaux, et au vétéran Mark de Jonge, double champion mondial sur la distance et médaillé de bronze aux Jeux olympiques de Londres.

« J'avais de grands souliers à chausser », fait le jeune homme de 23 ans, qui a finalement devancé le Néo-Écossais Alexander Scott par la marge appréciable de neuf dixièmes. Crête et De Jonge ont respectivement fini troisième et quatrième.

Le lendemain, Poulin et ses coéquipiers De Jonge, Nicholas Matveev et Simon McTavish ont, sans surprise, dominé la finale du K4 1000 m.

« 100 % de notre faute »

Grâce à ces deux victoires, le Québécois de 1,90 m et 95 kg a assuré sa participation aux Coupes du monde de Poznan, en Pologne, la semaine prochaine, et de Duisbourg, en Allemagne, du 31 mai au 2 juin. Sa place dans le K4 pour les Mondiaux de Szeged (du 21 au 25 août), en Hongrie, devrait normalement être confirmée.

Peut-être encore plus important, Poulin a mis derrière lui un hiver d'entraînement de misère, où il a failli laisser sa santé et son amour du sport.

Pour bien comprendre, il faut revenir à l'été précédent, où le K4, autour duquel s'articule tout le programme masculin canadien depuis le désastre des Jeux de Rio, a fait fausse route. D'abord aux Mondiaux des moins de 23 ans, où il a fini sixième alors qu'il visait un podium, ensuite aux Mondiaux seniors, où il a carrément sombré en ratant même la finale B (top 18).

« On ne s'est pas plantés aux Mondiaux, on s'est plantés dans la préparation », a précisé Poulin, joint hier à Lac-Beauport. Le « coup à l'estomac » des Mondiaux U23 a percolé dans tout l'équipage. Les relations se sont tendues, la motivation a pris le bord.

« Au lieu de chercher une solution entre nous, de se dire : "on a un travail à faire", on est restés dans le mode : "on ne s'entend pas bien, aussi bien finir l'entraînement tout de suite". C'est 100 % de notre faute, on n'a pas été bons là-dessus. »

Perte de confiance ?

À l'hiver, en Floride, Poulin a senti que cet échec avait entraîné une perte de confiance de la part du directeur haute performance de Canoe Kayak Canada (CKC), Graham Barton. À la fin d'un entraînement exigeant à la fin de février, le kayakiste dit avoir levé « le drapeau blanc », « brûlé physiquement et mentalement ».

« Je cherchais un peu de soutien, [à me faire dire] "on se revoit demain, ce sera un jour meilleur", mais ce n'est pas la réponse que j'ai reçue. Des courriels, des réunions, plein d'affaires ont suivi. Ça a pris beaucoup d'énergie. En gros [ça sonnait comme] : "On n'a pas confiance, des efforts ne seront pas mis dans ton projet ni dans celui du K4." »

Graham Barton réfute cette interprétation. Il souligne que CKC a réinvesti dans le K4 en y affectant trois entraîneurs plutôt qu'un seul. L'entraîneur-chef du kayak masculin, Frédéric Jobin, ne pouvait en effet s'engager à temps plein l'hiver en Floride, comme il le faisait par le passé. L'entraîneur-chef national, Anders Gustafsson, a donc été mis à contribution, tout comme le responsable du développement, Mark Granger.

« On a dû composer avec ça dans le suivi des athlètes, a expliqué Barton. De toute évidence, quand trois personnes essaient de couvrir tous les athlètes, la communication est un peu plus segmentée. Ce n'est pas un athlète et un coach qui communiquent tout le temps. Ç'a été un défi. »

Quant à Poulin, Barton estime qu'il s'était heurté à un mur : « C'est normal que des athlètes traversent des périodes où leur performance n'est pas aussi bonne. C'est difficile pour eux, émotionnellement et physiquement. On doit alors s'ajuster, et c'est ce qu'on a fait. On a vu les résultats ce week-end. La ligne est mince entre là et où vous voulez être. Parfois, vous dépassez les limites. Vous avez alors besoin de refaire vos forces. C'est ce qui est arrivé dans le cas de Pierre-Luc. Il ne l'a pas vu venir, nous non plus. Je ne crois pas qu'on ait fait quoi que ce soit de mal. »

Le principal intéressé a beaucoup souffert de la situation, au point de ressentir de violentes migraines pendant plusieurs jours. De multiples visites et examens à l'hôpital n'ont pas permis de déterminer l'origine de son mal. À un certain moment, il est rentré au Québec pour en avoir le coeur net. Après deux jours à l'urgence, ses céphalées ont disparu.

« On pensait que j'avais une hémorragie au cerveau. Finalement, c'était un mystère de la médecine. On n'a jamais compris pourquoi [j'avais mal] », mentionne Pierre-Luc Poulin.

Contre l'avis de son médecin, il est retourné en Floride, se sentant redevable auprès de ses coéquipiers. « Pour la première fois de ma carrière, je me suis dit que je ne ferais pas plus qu'une olympiade. Je vais m'organiser pour réaliser mon rêve. On verra après ce qui se présente devant moi. »

Poulin était dans cet état d'esprit jusqu'à ce qu'il tombe sur la biographie de Peter Sagan, My World, à une semaine des Essais de Montréal. Il s'est senti interpellé par la philosophie du triple champion mondial de cyclisme, empruntée au personnage du Joker dans l'un des films de Batman : « Why so serious ? [Pourquoi se prendre tant au sérieux ?] »

« Ça avait tellement de sens pour moi à ce moment-ci de ma carrière. Ç'a été un gros tournant. Eille, c'est du kayak, ça fait 15 ans que j'en fais ! Je me suis dit : "Les cartes sont déjà jouées, il ne me reste plus qu'à m'amuser." »

Et à gagner.




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