Malgré son contrôle antidopage positif, la canoéiste Laurence Vincent Lapointe conserve le soutien de B2Dix, qui croit en son innocence.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Interdite de participation à toute activité de l’équipe nationale ou d’un club affilié en raison de sa suspension provisoire pour un test antidopage positif, la canoéiste Laurence Vincent Lapointe peut au moins compter sur l’appui de B2Dix, qui croit en son innocence.

« C’est un cas particulier », a fait valoir lundi Dominick Gauthier, cofondateur et directeur des opérations de l’organisme privé destiné à soutenir la préparation des meilleurs athlètes canadiens pour les Jeux olympiques.

Du 15 au 18 octobre, Vincent Lapointe a pris part à une retraite des athlètes de B2Dix à Tofino, sur l’île de Vancouver. Avant chaque présentation des Jeux olympiques, l’organisme réunit son groupe quelques jours pour une série de conférences et d’ateliers de discussion dans une ambiance détendue.

Deux mois après l’annonce de sa suspension pour un test positif au ligandrol, un produit interdit associé aux anabolisants, la canoéiste de 27 ans a pu faire partager son expérience à 15 collègues comme le cycliste Hugo Barrette, la coureuse Melissa Bishop et le sauteur en hauteur Derek Drouin.

Sa présence n’a suscité ni débat ni malaise, assure Gauthier. Au contraire, tous les participants l’ont appuyée « de façon extraordinaire », ajoute-t-il.

« Dès qu’on leur en a parlé au départ, les athlètes ont complètement compris. Non seulement ils ont compris, mais ils ont vraiment intégré Laurence dans le groupe. Il n’y a eu aucune situation inconfortable, même pas [avec] sa partenaire Katie Vincent. »

PHOTO FOURNIE PAR BALINT VEKASSY

Laurence Vincent Lapointe et Katie Vincent

Katie Vincent a gagné l’or en C-2 avec Vincent Lapointe aux Championnats du monde de 2018. Aux derniers Mondiaux de Szeged, en Hongrie, l’Ontarienne n’a pas pris part à l’épreuve de double en l’absence de la Québécoise, suspendue juste avant le début de l’événement. Au C-1 200 m, la médaillée de bronze de 2018 a pris le cinquième rang, qualifiant de justesse l’embarcation pour les Jeux de Tokyo l’été prochain.

« Autant [Laurence est] sa compétitrice, c’est aussi sa coéquipière, a souligné Gauthier au sujet de Vincent. Si elle a triché, c’est sûr qu’elle ne veut pas qu’elle soit là à Tokyo comme compétitrice. Mais si elle n’a pas triché, si c’est une erreur, je pense qu’elle comprend qu’elle peut devenir sa coéquipière. […] La seule athlète que ça aurait pu choquer, je pense que c’est Katie Vincent. Et elle a dit : regarde, je comprends pourquoi elle a été invitée et c’est bien cool comme ça. »

« Ça fait huit ans qu’elle gagne »

Ancien athlète et entraîneur en ski acrobatique, Gauthier a toujours été l’un des pourfendeurs les plus ardents des dopés dans le sport. Encore mardi, dans une chronique publiée sur le site internet de Radio-Canada, il condamnait la tiédeur de la sanction contre les Russes, suspendus pour quatre ans des grandes compétitions pour avoir falsifié des données destinées à l’Agence mondiale antidopage.

Il admet avoir été ébranlé dans ses convictions quand il a appris le contrôle positif de Vincent Lapointe, que B2Dix aide depuis un an avec Vincent par l’entremise de Canoë Kayak Canada et du Centre canadien du sport atlantique de Halifax.

D’emblée, Gauthier ne comprenait pas pourquoi une championne dominante comme Vincent Lapointe aurait tenté de tricher à ce stade de sa carrière. « Ça fait huit ans qu’elle gagne, et l’année des Olympiques, où elle sait qu’elle va se faire tester 250 fois, [elle] oserai[t] [s]e donner un autre petit boost ? »

Avec J.D. Miller, un autre cofondateur de B2Dix avec la médaillée d’or olympique de ski acrobatique Jennifer Heil, Gauthier a voulu en savoir davantage. Il dit avoir sondé de nombreux intervenants qui l’ont convaincu de l’innocence de Vincent Lapointe. « Il y a des détails que je ne peux pas partager et d’autres que je ne connais pas, mais selon ce qu’on sait et à qui on a parlé, on a confiance, tout simplement. »

Je pense qu’on n’est pas les seuls dans le milieu du sport qui croient sa version.

Dominik Gauthier, cofondateur et directeur des opérations de B2Dix

Dans les circonstances, Gauthier ne craint pas de se faire reprocher un double discours : « J’ai assez d’informations et de gens en qui j’ai confiance. Eux m’ont donné confiance de croire que s’il est arrivé [quelque chose], c’était une erreur. Que ce soit par [une consommation] par inadvertance ou quelque chose de contaminé. »

La décision de maintenir le soutien à la canoéiste québécoise n’a néanmoins « pas été facile ». Les mécènes de B2Dix, un groupe de riches gens d’affaires, ont donné leur aval.

« C’est un jugement qu’on a fait, dit Gauthier. On l’a fait avec beaucoup de diligence. On a pris le temps de faire nos devoirs, on a vraiment parlé à plusieurs personnes pour en arriver à une conclusion. À se dire : nous, on croit à son histoire, on l’encourage comme personne et comme athlète, et on va espérer que l’histoire se dénoue comme il faut. »

Cauchemar

Écartée de l’équipe canadienne en août dès la notification d’un contrôle anormal, alors qu’elle était en stage en Allemagne, Vincent Lapointe s’entraîne seule dans sa ville natale de Trois-Rivières, selon Gauthier.

« La fédération, le comité olympique, il y a plein de gens qui ne peuvent même pas lui parler parce que ce sont les règles. Lorsqu’il est pris, l’athlète est mis de côté. La beauté de B2Dix, c’est qu’on n’est pas pris dans des règlements et qu’on peut parfois essayer d’aller voir un peu plus loin et de se servir de notre indépendance de cette façon-là. »

Au dire de Gauthier, la retraite de Tofino a fait le plus grand bien à Vincent Lapointe, pour qui « la vie est un cauchemar depuis trois, quatre mois ». « Elle nous l’a dit à maintes reprises : à quel point ça lui a redonné de l’espoir et la motivation de regarder vers l’avant, de se remettre au travail et de se sentir vraiment acceptée et crue. »

Lundi, à Lausanne, Vincent Lapointe a plaidé sa cause devant le comité de contrôle du dopage de la Fédération internationale de canoë. Une décision sur la sanction doit être rendue dans les 30 prochains jours. D’ici là, Gauthier l’a invitée à venir s’entraîner avec d’autres athlètes à Montréal. B2Dix compte lui offrir son appui « tant qu’il y a de l’espoir ».