La coupure est assez nette sur son compte Instagram. En l’espace de quelques jours et de quelques photos, François Hamelin est passé de patineur olympique sur courte piste à coureur à pied assidu rêvant d’accomplir un premier marathon.

Pascal Milano
Pascal Milano La Presse

On était alors en mars 2018, un mois après les Jeux olympiques de Pyeongchang et quelques jours seulement après les Championnats du monde à l’aréna Maurice-Richard.

« Je savais qu’il fallait que je me trouve une autre activité sportive pour rester en forme. Quand tu as une vie d’athlète et que ton quotidien est de performer, tu n’as pas à t’en préoccuper », déclare le médaillé d’or au relais aux Jeux olympiques de Vancouver, en 2010.

Cette nouvelle passion, qui le mènera jusqu’au marathon de Toronto dimanche, allait de soi. Quand venait le temps de rebâtir son endurance et son aérobie entre deux saisons de courte piste, c’est cette discipline qu’il choisissait. En guise de barème, lors de son entraînement estival, il se fixait l’objectif de courir 10 km en 40 minutes ou moins.

Il y avait, aussi, l’exemple de son père qui courait également beaucoup.

En blague avec lui [son père], je me suis un peu lancé l’objectif de battre tous ses temps sur toutes les distances.

François Hamelin

PHOTO CHARLES OUIMET, REFINEDMOMENT

François Hamelin fait tout de même des semaines de 75 à 90 km, ce qui occupe une très grande partie de ses temps libres.

Malgré son passé d’athlète de haut niveau, Hamelin reconnaît que sa méthode laissait à désirer au cours des premières semaines. Il courait, sans véritable structure, avec l’objectif d’accumuler du volume. Ce n’est qu’en travaillant avec un entraîneur qu’il a trouvé le bon encadrement.

« Dans ma tête, j’avais hâte de faire des 150 km par semaine, mais il m’a vite ramené à la réalité. De toute façon, surtout avec le travail, je ne vois pas comment je pourrais rentrer tout ça dans mon horaire. C’est tellement de temps et d’énergie », reconnaît ce père de deux jeunes enfants.

Il fait tout de même des semaines de 75 à 90 km, ce qui occupe une très grande partie de ses temps libres. D’ailleurs, en l’espace de 18 mois, la course a pris une place énorme dans sa vie. Il la positionne tout juste derrière la famille et le travail. « C’est ce qui me rend le plus marabout si je ne parviens pas à la placer dans mon quotidien », précise-t-il.

« Il y a beaucoup de monde dans mon entourage qui se demande pourquoi je fais ça, parce que je m’impose quand même une rigueur. Ce matin, je me suis levé, je suis allé porter mon enfant tôt à la garderie et je suis allé courir 20 km pour arriver tôt au travail, illustre-t-il. Même ma femme me dit : “Tu n’es pas obligé de courir, pourquoi tu t’infliges ça ?” J’ai de la misère à mettre une raison, et d’ailleurs même moi, je me demande parfois pourquoi je fais ça. »

Une retraite occupée

Bien avant d’accrocher ses patins, Hamelin avait pris le temps de dresser les contours de son après-carrière. Il avait déjà lancé Balboa, une agence de marketing sportif. Son premier enfant, Roméo, était né quelques mois auparavant. Bref, son calendrier s’est rapidement chargé en dehors de la glace.

« J’avais beaucoup de choses sur la table faisant en sorte que mon après-carrière allait avoir une direction. C’est en intégrant la course dans mon quotidien que j’ai réalisé que c’est une nécessité et un besoin. »

Pour me donner une rigueur, il me faut un but et des objectifs de performance. Si ça n’avait pas été la course, ç’aurait été autre chose.

François Hamelin

L’objectif a rapidement été de disputer un marathon à l’automne 2019. L’an dernier, il s’est concentré sur la vitesse en ne disputant que des 5 et 10 km. Il a augmenté la distance dès ce printemps avec un premier demi-marathon, à Montréal, qu’il a terminé en 1 h 18 min 41 s. Le mois dernier, il a parcouru sa plus grosse distance lors du 30 km des Rives de Boucherville. Sa stratégie était de maintenir l’allure souhaitée pendant 25 km avant d’accélérer jusqu’à la ligne d’arrivée.

Et à Toronto ? « Mon objectif est de le courir en 4 min du km. On est toujours dans une zone inconnue, mais on pense que ce sera conservateur. Je pourrais essayer de le faire comme à Boucherville, c’est-à-dire entre 3 min 55 s et 4 min au km. 2 h 48 min, c’est l’objectif que je veux absolument faire, mais je pense pouvoir faire mieux, comme 2 h 46 ou 2 h 47. Je ne sais pas si je suis trop ambitieux, mais j’ai le feeling que c’est possible. »

48 médailles

Âgé de 32 ans, Hamelin a participé à trois Jeux olympiques et cinq Championnats du monde, et a récolté 48 médailles sur la scène internationale. Il a patiné devant des millions de téléspectateurs depuis son entrée au sein de l’équipe canadienne senior en 2007-2008. Mais croyez-le ou non, il ressent tout de même une certaine nervosité sur la ligne de départ d’une épreuve de course à pied.

PHOTO JEFF MCINTOSH, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Âgé de 32 ans, Hamelin a participé à trois Jeux olympiques et cinq Championnats du monde, et a récolté 48 médailles sur la scène internationale.

« Le stress que je ressens, c’est du stress que j’ai toujours eu et que j’ai besoin de reproduire. La satisfaction d’avoir accompli quelque chose et de m’être amélioré, ça me valorise en tant que moi, ajoute-t-il.

« Ça a toujours fait partie de ma vie. Je ne pensais pas le réintégrer, mais maintenant que c’est fait, je ne vois pas comment je m’en départirais. J’ai besoin d’avoir ces éléments pour me sentir qui je suis. »

Hamelin compte rester sur la distance du marathon après Toronto même s’il ne sait pas si son emploi du temps lui permettra de poursuivre un entraînement aussi intensif. Au-delà de la performance, l’objectif, à plus long terme, est cependant tout tracé : disputer les six épreuves des World Marathon Majors.