La réponse fuse comme l’une des balles qu’elle parvient à envoyer à 200 kilomètres/heure. Face à ce professeur d’université qui lui conseille de choisir entre ses études de médecine ou sa carrière de racquetball, Frédérique Lambert conclut l’échange avec aplomb. « Laissez-moi vous prouver que je suis capable de faire les deux. »

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

Maintenant âgée de 27 ans, Frédérique Lambert a tenu promesse. Elle a été médaillée aux Jeux panaméricains de 2015, a remporté un premier titre sur le circuit professionnel, en simple, l’année suivante et a longtemps occupé le deuxième rang mondial. Ah ! oui, elle a aussi obtenu son doctorat de médecine au début de l’été. « J’ai réussi à le faire même si c’était difficile mentalement et physiquement d’être souvent sur la route. »

À la décharge de ce professeur, peu de gens la croyaient capable de combiner des études exigeantes et une carrière qui l’obligeait à faire des déplacements fréquents aux États-Unis ou en Amérique latine. « Fais attention à ta santé, c’est beaucoup, ce que tu demandes à ton corps », insistaient, par exemple, ses parents.

« Moi, je disais : “Ça va être correct, je vais être capable”, indique-t-elle. C’était un horaire chargé parce que je jouais sur le circuit professionnel à temps plein et j’étais dans l’équipe canadienne aussi. Entre les mois de septembre et mai, on avait 16 tournois, et je devais m’absenter du jeudi après-midi au dimanche. Des fois même, mon avion se posait à 7 h, le lundi, et je devais être en cours à 8 h 30. Sans compter les vols retardés… »

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L’amour de Frédérique Lambert pour le racquetball a été testé durant le premier semestre de l’année 2019. En raison des examens de fin d’année, elle a dû se résoudre à ne disputer aucun tournoi.

Sans recevoir de passe-droit, Frédérique Lambert, championne du monde junior en 2007 et 2011, a dû mettre les bouchées doubles entre deux tournois. Mais pas question de privilégier une sphère de sa vie plutôt que l’autre. En quête d’équilibre, elle avait autant besoin de pratiquer son sport que d’étudier en médecine, un rêve de longue date.

« Probablement que j’aurais eu des meilleurs résultats [sportifs ou scolaires] si je n’avais pas combiné les deux, mais je n’aurais jamais fait l’un sans l’autre. »

Sans le sport, je n’aurais jamais été à l’école. L’école, je déteste ça et j’ai toujours détesté ça. Rester sur une chaise pendant huit heures, ça ne fonctionne pas. Et avec uniquement du sport dans ma vie, je me serais ennuyée du côté intellectuel.

Frédérique Lambert

« Je sais que je n’ai pas choisi la carrière la plus facile pour combiner les deux. Les autres filles professionnelles peuvent s’entraîner huit heures par jour. Moi, je m’applaudis si je fais huit heures par semaine. »

Des Jeux inattendus

Son amour du racquetball a été testé durant le premier semestre de l’année 2019. En raison des examens de fin d’année, elle a dû se résoudre à ne disputer aucun tournoi. Ses entraînements dans une salle de conditionnement de Brossard se sont aussi espacés. Elle qui s’y rendait plusieurs fois par semaine ne jouait plus qu’une ou deux fois par mois. Dans ces conditions, et avec la résidence qui s’amorçait, elle avait fait une croix sur les Jeux panaméricains, disputés cet été au Pérou.

« Avec ma résidence, je me suis dit qu’ils ne me laisseront jamais partir. Mais finalement, ma directrice de programme m’a dit que je pouvais prendre un mois sans solde. J’ai dû mettre les bouchées doubles parce que je n’avais quasiment pas joué ou touché à une raquette depuis le mois de janvier. Là-bas, ça n’a pas été ma meilleure performance, mais compte tenu des circonstances… »

Au-delà des résultats – avec une élimination dès le premier tour en simple –, ses troisièmes Jeux panaméricains ont ravivé la flamme de la compétition. Elle qui se voyait à la retraite lorsqu’elle commencerait sa résidence a décidé de continuer encore un peu. Il y aura, pour commencer, les Championnats du monde. Elle verra ensuite ce qui l’attend.

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« Je sais que je n’ai pas choisi la carrière la plus facile pour combiner les deux. Les autres filles professionnelles peuvent s’entraîner huit heures par jour. Moi, je m’applaudis si je fais huit heures par semaine. »

Pour l’instant, donc, elle jonglera entre des heures irrégulières à l’hôpital et ses entraînements de racquetball. Cette double vie entre la formation en médecine et le sport professionnel n’est pas sans rappeler celle longtemps portée par Laurent Duvernay-Tardif.

« Tout le monde m’en parle. J’ai fait des événements pour sa fondation et c’est un honneur de me faire comparer à lui. C’est un être exceptionnel d’avoir été capable de faire de la médecine en étant dans la NFL. »

Le parallèle ne s’arrête pas là. Comme lui, elle aimerait apporter sa contribution afin que les jeunes fassent davantage d’activité physique et, pourquoi pas, du racquetball. « En tant que médecin, je voudrais éviter qu’ils viennent me voir pour des problèmes qui peuvent être réglés par de l’activité physique ou par une marche dehors. Je voudrais faire en sorte qu’ils sortent un peu de leur écran. »

Un autre vaste défi en perspective…

Racquetball 101

Voisin du squash, le racquetball se joue sur un terrain à quatre murs de 6,10 mètres de large et de haut, ainsi que 12,20 mètres de long. Il peut opposer deux joueurs (simple) ou quatre joueurs (double) lors de parties disputées au meilleur des trois manches. Les deux premières se jouent jusqu’à 15 points tandis que la troisième se rend jusqu’à 11 points.

Contrairement à ce que l’on voit en squash, un joueur inscrit un point uniquement lorsqu’il est en possession du service. L’échange s’arrête lorsque l’un des joueurs laisse la balle faire deux bonds ou lorsqu’il commet une erreur. Il n’y a pas de filet imaginaire tracé sur le mur frontal.

Sur le plan du matériel, la raquette est plus courte que celle du squash et présente un cordage différent. La balle, de plus grand diamètre, entraîne de plus grands rebonds. Le racquetball a été inventé aux États-Unis à la fin des années 40.