Elle s’appelle Micha Powell. Ça vous dit quelque chose ? Son nom de star ressemble à celui de son père, Mike Powell, détenteur du record du monde au saut en longueur. Sa mère, la Montréalaise Rosey Edeh, a réalisé le meilleur temps canadien de l’histoire au 400 m haies.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Alors, devinez comment Micha Powell tire profit de ses gènes de champions ?

En courant.

Vite vite vite.

Sa spécialité ? Le 400. Comme sa mère. Mais sans les haies. Elle l’a déjà réussi en moins de 52 s. Elle aimerait monter sur le podium et battre son record personnel, cette semaine, aux Championnats canadiens d’athlétisme, à Montréal. Un temps sous les 51,80 s la qualifierait pour les Mondiaux.

Comme elle est la fille de deux détenteurs de records, on pourrait croire que Micha Powell foule les pistes depuis qu’elle sait marcher. Ce n’est pas totalement faux. Elle n’avait que 1 an lorsqu’elle a assisté à ses premiers Jeux olympiques. Comme spectatrice, évidemment. C’était à Atlanta, en 1996, pendant que sa mère enfilait les tours de piste. Mais par la suite, Micha Powell a surtout fréquenté d’autres types de plateaux sportifs des quartiers sud-ouest de Montréal.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Micha Powell participera aux Championnats canadiens d’athlétisme, ce week-end, à Montréal.

« Mes parents ne m’ont jamais poussée vers l’athlétisme », indique l’athlète de 24 ans dans un français impeccable. Son débit est aussi rapide que ses foulées. « Mais j’ai joué au soccer. J’ai fait de la gymnastique. Du patinage artistique – j’ai même encore mon certificat du groupe des jolies poupées ! »

Parmi toutes ses activités, elle en avait une préférée. Le tennis. « Parce que ma grand-mère adorait ce sport. On regardait les matchs ensemble. Surtout ceux des sœurs Williams et de Maria Sharapova. Je rêvais d’être comme elles. »

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Après son enfance à Montréal, Micha Powell a suivi sa mère pour le travail à Toronto. L’adolescente a continué sa progression au tennis. Avec succès. Il y avait toutefois un problème avec son jeu. « Mon coach trouvait que je courais… trop vite. C’était vrai. Je fonçais souvent dans le filet. »

Puis vinrent les Jeux de Londres, en 2012. Micha Powell avait 17 ans. C’est à cet instant qu’elle a eu le coup de foudre pour la course. C’est arrivé précisément pendant la finale masculine du 100 m, avec Usain Bolt. « Je trouvais ça vraiment cool. J’ai demandé à ma mère si je pouvais essayer. »

Rosey Edeh raconte le moment du déclic. « On habitait juste à côté d’une piste d’athlétisme. Micha m’a dit : maman, maman, viens me chronométrer. Nous sommes allées. Sans crampons. Sans échauffement. Rien. Je lui ai dit : à vos marques, prêts, go ! Elle a couru un 100 m en près de 13 s. Elle m’a demandé si c’était bon. C’était pas mal du tout ! »

À son retour en classe, Micha Powell s’est inscrite au club de course de son école. D’abord en cross-country. Pourquoi cette épreuve ? « Parce que c’était la première de la saison ! Je courais assez vite. Mais dans les 200 derniers mètres, je clenchais tout le monde au sprint. » Ça l’a menée à découvrir le 400 m. L’équivalent d’un tour de piste. Elle a rapidement trouvé sa zone de confort. En un an, son temps est passé de 59 à 55 s. Une progression remarquable. À l’Université du Maryland, elle a même réussi à courir un tour sous les 52 s. Un record de l’établissement. Ses chronos lui ont valu un laissez-passer pour les Jeux de Rio, en 2016. Un exploit pour une athlète qui ne courait que depuis quatre ans.

Malheureusement, l’expérience olympique a viré au cauchemar.

« En 2016, les réseaux sociaux gagnaient en importance, se souvient Rosey Edeh. Micha écrivait à ses amis : tu peux me regarder, je vais courir dans le relais 4 x 400 mètres. Ses amis étaient fiers. Ils voulaient organiser des visionnements publics. »

Micha Powell s’est donc rendue à Rio. Quelques heures avant la finale, son entraîneur l’a convoquée pour lui annoncer qu’il lui avait préféré quatre relayeuses plus expérimentées. La recrue allait devoir regarder la finale comme spectatrice. « Ç’a été très difficile pour Micha, indique sa mère. Elle était très déçue. Dévastée. Ça lui a pris du temps pour passer par-dessus cette épreuve. »

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Difficile d’imaginer Micha Powell triste. Cette jeune femme est une bombe d’énergie positive. Elle rit toutes les dix secondes. Son enthousiasme est contagieux. « Elle a toujours été comme ça », confirme Rosey Edeh, qui est maintenant son entraîneuse.

Après chaque course, peu importe son chrono, elle va aller voir les autres coureuses et leur dire : bonne job ! Moi, je n’étais pas comme ça [rires].

Rosey Edeh, mère de Micha Powell

Au-delà de cette différence, la mère et la fille conviennent qu’elles se ressemblent beaucoup. « Ma mère, c’est mon inspiration », confie Micha. Et ça va au-delà de leur intérêt commun pour l’athlétisme.

Les deux sont particulièrement douées pour les communications. Après avoir accroché ses crampons, Rosey Edeh a été journaliste et lectrice de nouvelles. Encore là, Micha Powell suit les traces de sa mère. Elle vient de terminer ses études en journalisme à l’Université du Maryland. Elle a obtenu un stage au réseau sportif ESPN. Parmi ses passe-temps, sur le site d’Athlétisme Canada, elle mentionne la lecture du Washington Post. Ça change des hockeyeurs qui se font une fierté d’affirmer qu’ils ne lisent pas les journaux.

Je lui ai donc donné rendez-vous pour l’entrevue à La Presse, pensant que ça pouvait l’intéresser. Je ne m’étais pas trompé. Powell, qui vit maintenant à Montréal, a notamment passé près de cinq minutes devant une série de photos montrant l’évolution de la salle de rédaction à différentes époques. « C’est un métier qui m’intéresse. Mais pas tout de suite. J’ai commencé à courir sur le tard. Il me reste encore plusieurs bonnes années pour progresser. Je sais que je ne suis pas rendue au bout de mon potentiel. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Micha Powell est spécialisée dans l’épreuve du 400 m.

L’entrevue achève et on n’a toujours pas parlé de son père, Mike Powell, une légende de l’athlétisme. En 1991, l’Américain a réussi un saut de presque neuf mètres. Je reprends les mots de Pierre Foglia, dans La Presse : « Le record du monde le plus invraisemblable de tout l’athlétisme. 8,95 mètres. Essayez de figurer, c’est plus long qu’un autobus… »

Micha Powell le voit à l’occasion. Comme dans cette vidéo, tournée l’année dernière, dans une compétition en Europe.

Malgré la distance, les deux sont de bons complices. « Il vit en Californie, alors je le vois moins. Mais je lui parle quand même souvent. Comme il travaille avec beaucoup d’athlètes qui font la transition entre l’université et les pros, il est de bon conseil. Il m’aide surtout avec le côté psychologique. »

– Et le saut en longueur, ça t’intéresse ?

– (Rires) Le mois dernier, je lui ai dit que si le 400 m ne me plaisait plus un jour, j’essaierais peut-être le saut en longueur ! 

Elle a déjà la force, la vitesse et les crampons.

Il ne manque qu’un ruban à mesurer.

Les Championnats canadiens sont présentés de demain à dimanche au complexe sportif Claude-Robillard, à Montréal. La finale du 400 m féminin aura lieu samedi, à 19 h 45. Consultez l’horaire complet ici.