Lorsqu’un joueur de hockey gagne la Coupe Stanley, cet exploit se retrouve au cœur de plusieurs de ses entrevues. Idem pour une joueuse de tennis qui a gagné un tournoi du Grand Chelem ; ce titre définit bien souvent sa carrière.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Mais lorsqu’une athlète domine son sport comme Laurence Vincent-Lapointe domine le monde du canoë-kayak, – surtout au 200 m individuel –, c’est plutôt la fois où elle n’a PAS gagné qui retient l’attention !

Vincent-Lapointe compte à son actif 13 titres de championne du monde, ce qui fait d’elle l’athlète canadienne la plus titrée, tous sports confondus. Hier, elle rencontrait les médias québécois pour la dernière fois, au Bassin olympique de Montréal, avant de s’envoler pour un camp d’entraînement de deux semaines en Allemagne.

Ce camp lui servira de préparation pour les Championnats du monde de canoë-kayak, qui se tiendront du 21 au 25 août à Szeged, en Hongrie.

Aux Mondiaux, elle aura donc la chance d’ajouter deux, sinon trois titres à sa collection : C1 200 m, C2 500 m et, si elle y participe, le C1 5000 m.

La Trifluvienne est si impériale sur 200 m qu’on tient pratiquement pour acquis qu’elle reviendra au Québec avec son 14e titre mondial. Mais n’allez pas croire qu’une médaille d’or est devenue banale pour elle…

« Depuis ma défaite en 2015, j’ai renouvelé ma passion pour le canoë. Avec l’annonce en 2017 que le canoë sera aux Jeux olympiques de 2020, ça m’a encore plus poussée. Là, quand j’arrive sur une ligne de départ, quand je gagne un titre, c’est une nouvelle victoire. Ce n’est pas : je continue. C’est : encore une fois, j’ai réussi. Ça me rend de plus en plus fière, chaque fois. »

Des fois, on me demande : 13 fois, tu ne te tannes pas ? Au contraire, je me rends compte que ça a de plus en plus de valeur chaque fois que ça arrive, surtout à l’approche des Jeux olympiques.

Laurence Vincent-Lapointe

Vous l’avez vu, c’est Vincent-Lapointe elle-même qui évoque d’abord sa défaite de 2015. C’était aux Championnats du monde, elle avait fini quatrième. « Je me souviens d’être sur la ligne de départ. Intérieurement, je panique, je suis déjà en acide lactique et la course n’est pas commencée ! », se remémore-t-elle.

Bien des athlètes sont avares de mots quand ils reviennent sur leurs échecs, mais pas elle. Elle se souvient encore de tous les détails, qu’elle livre généreusement. L’athlète compétitive en a tiré des leçons.

C’est pourtant la seule fois de sa carrière que l’or au C1 200 m lui a échappé aux Mondiaux. À toutes les autres occasions, elle a triomphé : 2010, 2011, 2013, 2014, 2017 et 2018. Six en sept. Pas trop mal.

Un premier pas vers Tokyo

Cette fois, cependant, les Championnats du monde auront une signification additionnelle. Ils servent aussi de première étape dans le processus de qualification olympique.

« Le but des Championnats du monde, c’est de classer le Canada dans le plus de courses possible aux Jeux olympiques. Ensuite, on va avoir les essais nationaux pour déterminer qui, du Canada, ira aux Jeux », précise-t-elle.

Les Jeux de Tokyo s’ouvriront d’ailleurs dans un an, jour pour jour. Ce sera alors l’occasion de corriger une anomalie historique, avec l’inclusion d’un volet féminin aux épreuves de canoë. Les canoéistes masculins participent aux Jeux depuis 1936, mais il a fallu attendre à 2017 avant que le Comité international olympique ajoute des épreuves féminines…

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Laurence Vincent-Lapointe est l’athlète canadienne la plus titrée, tous sports confondus.

Toutes sortes de prétextes ont été évoqués pour justifier l’exclusion des femmes, de la puissance des athlètes à des « inquiétudes » sur la santé reproductive des canoéistes, en raison de la position à bord de l’embarcation. On en discute à bâtons rompus avec la jeune femme de 27 ans et on ne la sent guère impressionnée par ces arguments paternalistes qui sont enfin écartés.

Toujours est-il que le rêve olympique est de plus en plus tangible pour Vincent-Lapointe. Mais la date symbolique d’aujourd’hui le décompte de 365 jours, compte bien peu pour elle, car elle est fébrile depuis beaucoup plus longtemps.

« Depuis qu’ils l’ont annoncé, en 2017, je le sens, je le goûte. Je ne vois pas de différence aujourd’hui. Ce feeling-là, je l’ai eu il y a deux ans. Ce n’est pas comme les athlètes des autres sports olympiques, qui fonctionnent par cycles, et l’année avant les Jeux, ils sentent vraiment que ça s’en vient. Moi, c’est à partir du moment où j’ai su que j’aurais la possibilité d’y aller que je le sens. »

Une participation – et idéalement, une médaille d’or – l’aidera assurément à augmenter son rayonnement, et par le fait même, faire le plein de commandites. L’inclusion de son sport aux Jeux lui a déjà permis d’obtenir du financement du gouvernement fédéral (le « carding »).

« Avant, j’avais seulement le financement d’Équipe Québec, qui a été d’une très grande aide. Mais les Jeux vont me donner de la visibilité, souligne-t-elle. On en parle de plus en plus, parce que je suis un espoir de médaille. Avant, il y a cinq ans, personne ne savait qui j’étais, même si j’étais déjà championne du monde. Ça va me donner de la visibilité et la chance de travailler avec plus de gens. »

Aucun doute : avec son palmarès, elle constituera alors un des meilleurs espoirs de médaille du Canada.